Dimanche 20 mai 2012 - 7e Dimanche de Pâques de l’année B

Au nom de la Loi, du Roi ou de la vérité ?

Actes 1,15-17.20a.20c-26 - Psaume 102,1-2.11-12.19.22 - 1 Jean 4,11-16 - Jean 17,11b-19
dimanche 20 mai 2012.
 

"Au nom de la vérité" : cette expression peu habituelle rappelle une formule bien connue : « Au nom de la Loi ». Sous l’Ancien Régime, agissaient « Au nom du Roi » ceux qui détenaient un mandat ordinaire ou exceptionnel du souverain pour ce faire. Avec la Révolution, l’expression s’est transformée en « Au nom du Peuple » ou « Au nom de la Loi ». En particulier, nul ne pouvait ni ne peut porter la main sur personne de son propre chef, mais seulement au service d’une autorité suprême. D’où la formule consacrée : « Au nom de la Loi je vous arrête. » La Loi, comme le souverain, revêt ainsi en toute culture un caractère sacré.

Pourtant, les lois ne sont pas forcément justes, cela se sait depuis longtemps. Toute loi est imparfaite et doit donc être considérée avec respect mais sans illusion. D’ailleurs, toute autorité de ce monde est plus ou moins indigne : il faut la respecter, mais non l’idolâtrer. Il y a même des lois scélérates, directement contraires à la dignité humaine, auxquelles il ne faut donc pas obéir, comme celles qui privèrent des personnes de droits élémentaires, et jusqu’au droit de vivre, au nom d’idéologies racistes ou matérialistes. Et puis il y a des lois plus ou moins bonnes, et plus ou moins mauvaises. La sagesse commande de discerner soigneusement en quoi elles sont bonnes ou mauvaises, et de prendre une part active dans le débat public en la matière pour les infléchir autant que possible dans le bon sens.

Dans la période politique qui s’ouvre en notre pays, on peut légitimement s’inquiéter des lois qui s’annoncent au sujet de la famille. L’Église ne fait pas mystère de son opposition à ce qui viendrait obscurcir la notion fondamentale de mariage, en tant qu’alliance d’un homme et d’une femme pour la vie et pour donner la vie. Ou encore de ce qui pourrait porter atteinte au droit essentiel à la vie de tout être humain, de sa conception à sa mort naturelle. Mais au nom de quoi parlons-nous ainsi ? Est-ce une opinion parmi d’autres, une conjecture, une habitude de pensée, une réclamation spécifique, une revendication catégorielle ? Non, mes amis. Nous parlons ainsi au nom de la vérité.

En matière scientifique, nous savons bien ce que signifie la vérité : il s’agit précisément de ce qui est le cas, que cela plaise ou non à quiconque. Que la vitesse de la lumière soit une limite ou non ne dépend pas des désirs des uns ou des autres, c’est une question dont on débat à coups d’arguments bien formés en raison et fondés sur l’expérience. Lorsque nous parlons de l’homme, nous n’entendons pas traiter uniquement des chrétiens. Nous nous adressons à l’intelligence de nos contemporains sur le registre commun de la recherche de la vérité. Il s’agit alors nécessairement d’une discussion sans violence, menée dans l’humilité partagée de notre humanité en quête de compréhension d’elle-même et du monde.

Certes, quant à nous, nous croyons et nous savons que la vérité est une personne : précisément Jésus Christ, le Fils de Dieu. Mais lui-même nous montre le chemin de la conversation respectueuse avec ses frères, les enfants de la terre. Utiliser d’autres moyens que lui, ceux qu’il a préféré subir jusqu’à mourir plutôt que de les infliger aux autres, nous rendrait infidèles à la mission qu’il nous a confiée et ruinerait notre témoignage. Savoir qu’il est la vérité nous montre bien que nous ne la possédons pas, mais qu’elle nous oblige plutôt. Comme dit saint Jean : « Mes enfants, nous devons aimer : non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. En agissant ainsi nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité » (1 Jean 3,18). C’est pourquoi, au moment de passer de ce monde à son Père, il l’a prié en disant : « Consacre-les par la vérité ».

Attention, donc, mes frères : au nom de la vérité nous parlons en faveur de tous les hommes, même de ceux qui nous méprisent et nous persécutent. Et nous devons gager nos paroles par nos actes. Car le Christ est venu pour sauver ce qu’il y a de plus sacré sous le ciel : l’homme, créé à l’image de Dieu, pour qui le Fils a donné sa vie.