Samedi soir 26 mai 2012 - Veille de Pentecôte

L’Esprit de la Loi

Exode 19,3-8.16-20b - Psaume 18,8-11 - Romains 8,22-27 - Jean 7,37-39
samedi 26 mai 2012.
 

Pourquoi parler de loi aujourd’hui ? Parce que la Pentecôte est d’abord la fête juive du don de la Loi. C’est ce qui rassemblait à Jérusalem au temps des Apôtres les foules qui furent témoins de leur transformation spectaculaire par le don de l’Esprit Saint. Elle avait lieu sept semaines après Pâques, ce que rappelle son nom hébreu, « Chavouot », qui signifie « semaines ». D’ailleurs, les juifs la célèbrent demain et après-demain. « Pentecôte » était son nom grec, parce que cinquante est le nombre de jours obtenu en ajoutant un aux sept fois sept des sept semaines pour signifier le débordement de la plénitude.

« L’esprit de la loi », donc : sans doute influencés par l’ouvrage célèbre de Montesquieu, les légistes emploient souvent cette notion pour soutenir leur interprétation des textes au-delà de la lettre. En tout cas, aucune disposition juridique ne se comprend sans tenir compte du contexte social et des meurs du peuple auquel elle prétend s’appliquer. La forme élémentaire de la loi est la « coutume », c’est-à-dire la tradition orale qui, au fil des générations, fixe la prescription de « ce qui se fait ou ne se fait pas ». D’ailleurs l’éthique et la morale, qui sont des synonymes différant simplement par l’origine grecque ou latine du vocable, en dépit des théories plus ou moins fumeuses qui veulent les distinguer radicalement, ne signifient pas autre chose au fond. En somme, l’équipement législatif d’un corps social fait partie de sa culture.

Israël se distingue historiquement des autres nations par la nature singulière de sa Loi : elle ne lui vient pas de tel ou tel sage ancien qui l’aurait conçue de lui-même, mais de Dieu en personne qui en fait le don à Moïse sur la montagne sainte. Nous venons de l’entendre dans la première lecture, tirée du Livre de l’Exode. Loin de se réduire à une liste de préceptes, le Loi de Dieu est l’ensemble de l’Ancien Testament, comme Livre de l’Alliance d’amour avec son peuple. Comme telle, la Bible est tout entière pleine d’Esprit Saint. C’est pourquoi l’on dit, dans le credo de Nicée-Constantinople, « Il a parlé par les prophètes ». Voyez l’image de la Pentecôte sur votre feuille : c’est un thème classique de l’iconographie orientale. Les Douze Apôtres sont assis, pieds bien visibles sur le « cosmos », tandis que les langues de feu qui les atteignent ont leur origine dans la main du Père dont les deux doigts tendus sont le Fils et l’Esprit. Mais quel est ce personnage barbu et couronné qui tient en ses mains une sorte de linge contenant douze rouleaux ? L’interprétation traditionnelle y voit le prophète Joël, celui des « douze petits prophètes » qui a annoncé l’effusion de l’Esprit. Mais rien ne nous empêche de voir plus loin. C’est toute l’Écriture qui prophétisait la venue du Messie et la grâce répandue sur toute chair en vertu du sacrifice pascal. Ce roi qui a pris la place du bas et lavé les pieds de ses disciples au moment de passer de ce monde à son Père, c’est lui aussi qui, élevé au plus haut des cieux, a répandu sur eux l’Esprit promis. Ainsi, dans cette seule image, pouvons-nous voir tous les éléments de l’histoire du salut rassemblés dans leur unité : le dessein d’amour de Dieu de nous délivrer du péché afin de nous établir dans la Vie.

L’Esprit de la Loi qui est l’Écriture n’est autre que l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie. Si certains points de ce texte semblent contraires à cet Esprit, cela relève de ce que le Seigneur dit à ses adversaires au sujet de le prescription d’un acte de répudiation en cas de divorce : « C’est en raison de votre endurcissement que Moïse vous a donné ce commandement. » Le principe n’est pas atteint pas ses dérogations rendues nécessaires pour limiter le mal qui se fait dans le monde : au contraire, elles confirment le principe en rappelant qu’elles y dérogent. Ainsi, si la peine de mort est prescrite dans certains cas par les textes législatifs de la Bible, cela ne relativise pas le principe « Tu ne tueras pas », mais doit nous rappeler sa vigueur essentielle et définitive.

En Jésus seulement apparaît dans toute sa clarté l’Esprit de la Loi de Dieu donnée à son peuple, par lui seulement nous vient l’Esprit de vérité et de Vie que le Père répand sur toute chair pour qu’elle soit sauvée. C’est pourquoi Jésus s’écrie au jour solennel de la fête des Tentes, fête complémentaire de celle de Chavouot en ce qu’elle rappelle les jours merveilleux de l’Alliance où le peuple vivait au désert dans la proximité de son Dieu et annonce leur accomplissement plus merveilleuse encore : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l’Écriture : ‘Des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur’. »

Éditorial

NOUS NE SAVIONS MEME PAS QU’IL Y A L’ESPRIT

L’Esprit Saint compte parmi les redécouvertes promues par Vatican II. Naguère, beaucoup de catholiques pouvaient dire, comme ces personnages des Actes baptisés seulement du baptême de Jean : « L’Esprit Saint ? Nous n’en avons même pas entendu parler » (Ac 19,2).

Depuis, il faut dire que les temps et l’environnement ont changé, marqués de plus en plus par le pentecôtisme chrétien, mais aussi par toutes sortes de « spiritualités », jusqu’à celle de l’athéisme, carrément. Après un certain silence sur l’Esprit, nous sommes passés à un trop plein qui confine au vacarme et à la cacophonie. Si nous voulons vraiment savoir ce qu’est l’Esprit Saint, ou plutôt qui il est, les textes de cette fête de Pentecôte sont à notre disposition, afin que nous écoutions ce qu’ils disent, et non notre imagination. Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende !

Premièrement, l’Esprit Saint est inséparable de Jésus Christ, le Fils de Dieu venu dans la chair et monté au ciel, comme lui-même est inséparable du Père. Il ne jaillit en abondance que de la source parfaite qu’est le côté du crucifié ouvert pour donner la vie au monde. Il n’est reçu de même que par ceux qui croient en lui. Deuxièmement, celui qui croit et reçoit l’Esprit devient lui-même source au milieu du monde : « Des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur », dit Jésus (Jn 7,38). Ainsi les saints font-ils énormément de bien autour d’eux, pour leurs frères dans le Christ et pour tous les hommes. Troisièmement, l’Esprit Saint se reconnaît justement à ses bienfaits merveilleux, et pas autrement.

Nous qui entendons aujourd’hui cette parole, nous ne pourrons plus dire que nous ne savions pas. Ouvrons donc largement notre cœur pour le laisser purifier et transformer en fontaine de grâce par l’Esprit de Dieu qui est Seigneur et qui donne la Vie.