Dimanche 3 juin 2012 - Sainte-Trinité de l’année B

Croyons-nous au même Dieu ?

Deutéronome 4,32-34.39-40 - Psaume 32,4-6.9.18.20-22 - Romains 8,14-17 - Matthieu 28,16-20
dimanche 3 juin 2012.
 

Certains disent que c’est le cas des « trois monothéismes ». Mais les musulmans doutent que nous en soyons un, puisque nous croyons au Père, au Fils et au Saint-Esprit. À quoi des chrétiens rétorquent qu’eux seuls croient à un Dieu Père.

Mais, pour le coup, il semble que les païens nous rejoignent sur ce point : le Dieu suprême des Romains antiques s’appelle « Jupiter », altération de « Jiu-pater », qui signifie littéralement « Dieu père ». Ce « Jiu » latin, comme le grec « Zeus », vient de l’indo-européen « Dyeu » qui se retrouve dans notre « Dieu ». Et les Grecs anciens voyaient aussi en Zeus le « père des dieux et des hommes ».

Nos livres d’école qualifient les religions antiques de « polythéismes », mais les anciens cultivés croyaient bien au fond à l’unicité de Dieu, comme Socrate, par exemple. Tous les croyants croiraient donc au même Dieu ? Et les athées, ne croient-ils pas aussi en quelque chose, précisément à l’inexistence de Dieu ? Finalement, tout se vaudrait en la matière ?

Bien sûr que non. Car parler est facile, mais seuls comptent les actes. Comme dit saint Jacques, « si quelqu’un croit être un homme religieux alors qu’il ne sait pas mettre un frein à sa langue, il se trompe lui-même, sa religion ne mène à rien. » (Jc 1,26). Et encore : « Montre-moi donc ta foi qui n’agit pas, moi c’est par mes actes que je montrerai ma foi. Tu crois qu’il y a un seul Dieu ? Tu as raison. Les démons aussi le croient. Et ils tremblent. » (Jc 2,18-19).

Mais alors, la foi serait chez chacun, plus qu’une conviction personnelle, une fonction de son comportement ? Parfaitement, mes amis. Voyez les Apôtres dans l’Évangile d’aujourd’hui : tous se prosternent devant Jésus ressuscité, même ceux qui « ont des doutes ». Ceux-là veulent croire, et ils croient avec leur corps même si leur esprit hésite. De cette manière aussi ils sont un exemple pour nous. La foi la plus profonde est celle qui nous fait choisir d’agir en conformité avec la volonté du Père, comme le Fils, par la puissance de l’Esprit. En somme, frères, montre-moi comment tu te conduis, je te dirai comment tu crois.

Si tu respectes tout homme, le faible et le petit comme le grand ou le puissant, tu crois en Dieu quand bien même tu prétendrais le contraire : tu auras beau dire qu’il n’existe pas, Dieu sait, lui, que tu crois en lui ! Sinon, non.

Bien plus, si tu traites chacun comme un frère en humanité, comme si c’était ta propre chair, tu crois en un Dieu Père de tous qui veut que ses enfants aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance. Sinon, non.

Bien plus, si tu places au-dessus de toute valeur et de tout idéal la sainteté qui consiste à renoncer à soi-même pour l’amour de l’autre, tu crois au Fils éternel que son Père a envoyé dans le monde pour le sauver. Sinon, non.

Bien plus, si tu ne te contentes pas de porter ton regard vers un tel idéal mais que tu t’efforces de le réaliser dans ta propre vie comme si c’était possible, tu crois à l’Esprit Saint que le Fils envoie d’auprès du Père pour faire des disciples dignes de lui. Sinon, non.

Bien plus... Comment cela, bien plus ? Que pourrait-il y avoir de plus après la Sainte-Trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit ?

Eh bien si : bien plus, disais-je, si, considérant ta propre faiblesse et ta fragilité, tu ne mets pas ta confiance en toi-même mais dans la communauté sainte de ceux qui s’efforcent d’accomplir l’espérance d’une humanité digne de ce nom, tu crois l’Église qui croit au Père, au Fils et au Saint-Esprit, un seul Dieu à qui appartiennent le règne la puissance et la gloire pour les siècles des siècles.