Dimanche 10 juin 2012 - Saint-Sacrement de l’année B - Messe de fin d’année de la Maison Alésia Jeunes

Ça vous ferait plaisir ?

Exode 24,3-8 - Psaume 11512-13.15-18 - Hébreux 9,11-15 - Marc 14,12-16.22-26
dimanche 10 juin 2012.
 

Ça vous ferait plaisir si je vous parle d’obéissance ? ça paraît difficile. Je vais essayer quand même.

D’abord, là où est l’obéissance, là aussi, forcément, est le commandement. Et ça fait plaisir de commander, c’est sûr. Même aux femmes. Même aux enfants. Même les tout-petits aiment ça, il suffit de les voir réclamer avec autorité ce dont ils ont besoin.

D’ailleurs, c’est bien connu, la Bible est tout entière affaire de commandements et d’obéissance. La première lecture nous le rappelle avec force : il s’agit bien de mettre en pratique les paroles du Seigneur rapportée par Moïse. Et dimanche dernier nous l’entendions déjà. À la fin de l’évangile selon saint Matthieu, quand Jésus envoie ses Apôtres en mission il leur dit de baptiser toutes les nations et : « Apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. » Seulement, il semble bien que, dans cette histoire, le Bon Dieu se garde le beau rôle et nous laisse le mauvais : c’est lui qui commande et nous, nous n’avons qu’à obéir ! Mais il faut peut-être y regarder de plus près.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, nous voyons Jésus commander à tour de bras : Allez ! Suivez ! Dites ! Faites ! Que d’impératifs ! D’ailleurs, non seulement il commande à ses disciples, mais encore il leur commande de commander. Or, mes amis, Jésus est le plus obéissant de tous les hommes. Pour nous, il s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. « Tout Fils qu’il était, il apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance », dit aussi la Lettre aux Hébreux que nous venons d’entendre en deuxième lecture. Il ne fait rien de lui-même, nous dit-il, mais tout ce qu’il voit faire au Père, il le fait de même. Lui qui est Dieu, ce Dieu qui commande, il s’est fait homme, et homme parfaitement obéissant : celui qui tient enfin la parole donnée par le peuple à Moïse.

Mais cette parole, « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons », que signifie-t-elle exactement ? Mettre en pratique, n’est-ce pas déjà obéir ? Alors pourquoi ajouter « nous y obéirons » ? En fait, le verbe hébreu « chama’ » traduit ici par obéir signifie d’abord « entendre ». D’où, en effet, écouter puis obéir, mais aussi comprendre. Alors tout devient clair : pour comprendre les paroles du Seigneur, il faut les mettre en actes. D’ailleurs, les parents et les éducateurs le savent bien : quand il s’agit des réalités les plus vitales et les plus importantes, les enfants n’apprennent bien que ce qu’ils pratiquent. Et c’est vrai aussi, au fond, pour les adultes.

En Français, « entendre » a, comme en hébreu, aussi le sens de comprendre. Quant à « apprendre », ce verbe désigne aussi bien l’acte de celui qui transmet une connaissance que la participation de celui l’acquiert. Ici s’aperçoit la profonde réciprocité de la relation du maître et de l’élève, et même la communion qu’induit entre eux l’événement de l’apprentissage. En effet, les efforts sont consentis des deux côtés - car il en faut, des efforts ! - mais le plaisir est également partagé des progrès accomplis, et la joie de la réussite du processus dans lequel l’un rejoint l’autre, car « le disciple bien formé sera comme son maître », dit Jésus.

Ainsi se découvre le sens profond de la communion au « Saint Sacrement du Corps et du Sang du Seigneur ». Il nous nourrit de sa Parole et de sa propre chair de manière à nous rendre capables de mettre en pratique comme lui tous les commandements en accomplissant l’unique précepte d’aimer Dieu et son prochain. Et, puisque rien ne fait nos délices comme d’aimer en actes et en vérité, fût-ce au prix de grands efforts, voire du sacrifice ultime, nous trouvons bien notre plaisir dans l’obéissance, si seulement il s’agit de ce libre consentement total à la volonté du Père qui est celui du Fils lui-même.

« Le Christ est le grand prêtre du bonheur qui vient », avons-nous entendu. Quel bonheur en effet, mes frères, au-dessus de tous les plaisirs de la terre, d’apprendre de lui, dans la communion à son Corps et à son Sang offerts en sacrifice, à aimer comme nous l’avons été, jusqu’au don de sa vie !