Dimanche 15 juin 1997 - Onzième Dimanche de l’année B

Qu’est-ce que vous connaissez à l’amour, à la souffrance, à la mort ?

Ezéchiel 17,22-24 - Psaume 91,1-2.13-16 - 2 Corinthiens 5,6-10 ; Marc 4,26-34
dimanche 15 juin 1997.
 

Est-ce que vous êtes déjà mort ? Comment pourriez-vous savoir ce que c’est ? Pourtant, quand on a connu la mort d’un proche, quand on a été à ses côtés jusqu’au bout, on sait un peu : être proche, être aux côtés, ce n’est pas rien. Mais ce n’est pas comme être celui-là même qui meurt, qui souffre, qui aime. Cette différence entre "être proche" et "être celui-là même" structure notre passage évangélique d’aujourd’hui, ce que le texte grec permet de percevoir. D’une part, le mot grec "parabole" signifie littéralement "rapprochement", "mise à côté". D’autre part, là où vous avez entendu : "en particulier, il expliquait tout à ses disciples", le texte grec porte "à ses propres disciples" ; et le mot "propre" est le même que celui utilisé pour former l’expression "en particulier". Cette insistance souligne le mouvement progressif d’une totale identification du disciple à Jésus. Dans la parabole du grain, le grain semé en terre, c’est Jésus lui-même, lui qui est "le Verbe", la Parole. "Par le Sauveur tombé en terre, Dieu a béni sa terre", dit Origène. Vous avez entendu : "nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève... " ; mais, littéralement, c’est : "et qu’il dorme, et qu’il soit levé, de nuit, de jour..." : le grain qui dort dans la terre, puis qui est levé en épi, c’est Jésus, mis à mort par les hommes et ressuscité par Dieu. La tige, c’est le Seigneur ressuscité ; l’épi, c’est la communauté naissante des chrétiens ; le blé qui remplit l’épi, ce sont les Apôtres. La moisson, c’est la fin du monde, et c’est donc aussi la Pâque du Christ, à laquelle il donne part à ses Apôtres. C’est pourquoi après la parabole du grain, Jésus reprend la parole en associant

rhétoriquement ses interlocuteurs à lui-même comme auteurs avec lui de ce qui va suivre. Cette association, qui évoque l’envoi en mission des Apôtres chargés de dire la parole même du Seigneur, marque une étape décisive dans le passage du "rapprochement de Jésus" à "l’identification à Jésus". Vient alors la parabole de la graine de moutarde. Les plantes potagères, ce sont les plantes du jardin - cela rappelle le jardin des premiers jours. La plante qui surpasse jusqu’aux arbres du jardin, c’est le Seigneur lui-même, véritable Arbre de vie. C’est donc son corps qui est l’Église, et qui remplit l’univers jusqu’aux extrémités de la terre, et le ciel jusqu’au trône du Très-Haut. l’Église, corps du Christ, ce sont les disciples de plus en plus nombreux, fruits de la mort et de la résurrection de Jésus et qui le suivent sur le chemin qu’il leur a tracé. Le disciple qui accomplit le sacrifice du Christ en s’offrant lui-même à sa suite devient "celui-là même", c’est-à-dire le Christ lui-même, c’est pourquoi l’Apôtre dit : "Ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi." Alors la parole est reçue en clair, et non plus en parabole : la parole absolument directe, la seule qui ne soit pas du tout parabole, c’est la parole silencieuse de la croix, qu’entend parfaitement seulement celui qui y est associé en sa chair par la grâce et la puissance de l’Esprit II devient "Celui-là même" qui a aimé, qui a souffert et qui est mort en toute vérité. Ainsi vous connaissez de l’amour, de la souffrance et de la mort ce que la grâce de Dieu vous donne d’expérimenter de Jésus Christ mort et ressuscité pour nous. Et tout sacrifice offert en celui du Fils est agréé du Père, c’est pourquoi il porte du fruit ; un fruit magnifique et infiniment savoureux qui remplit l’univers et demeure à jamais.