Dimanche 17 juin 2012 - 11e dimanche de l’année B - Première communion de 71 enfants du catéchisme

On verra bien ce que ça donnera

Ézéchiel 17,22-24 - Psaume 91,1-2.13-16 - 2 Corinthiens 5,6-10 - Marc 4,26-34
dimanche 17 juin 2012.
 

J’ai quelques graines, là, mais de je ne sais quoi. Le plus simple est de les semer : on verra bien ce que ça donnera. Enfin, si ça pousse. J’en connais qui ont arrosé longtemps avant de comprendre qu’ils avaient planté une bille de roulement en plastique. Ils pouvaient toujours attendre. D’autres, paraît-il, ont vu leur appartement envahi par une plante à qui ils n’auraient jamais dû prêter vie s’ils avaient voulu garder la leur.

Bref, ce sont des méthodes de jardiniers amateurs, de dilettantes. Quand je vois ces enfants qui se présentent à leur première communion, je me demande si vous, leurs parents, avez procédé de cette façon pour les élever. Pour les nourrir, on leur donne ce qu’ils veulent et on verra bien si ça leur profite ? Sont-il malade, on leur administre n’importe quel remède et on verra bien si ça les guérit ? Quant à leur éducation, elle se fera au hasard des maîtres et des fréquentations qu’ils trouveront, on verra bien le résultat ? Sûrement pas. Vous qui les avez menés jusqu’ici, vous avez pris le plus grand soin de tout pour eux, et vous avez fort bien fait.

Alors, maintenant, qu’allons-nous semer en eux ? Le corps du Christ, certes. D’ailleurs, en le recevant sous les espèces du pain, ils recevront aussi le sang du Christ. Les espèces, c’est ce qu’on voit. Mais la réalité, le corps et le sang du Christ, ne se voit pas. Saint Paul vient de nous le dire : nous cheminons dans la foi, sans voir. Pour la première communion, il faut attendre l’âge de raison : plus précisément, de « discrétion », c’est-à-dire de discernement. Ils doivent pouvoir distinguer ce qui se voit : du pain, et ce que c’est en réalité : le corps du Christ.

La foi nous donne de voir ce qui est caché sous les apparences. Ainsi, mes enfants, dans la parabole, qu’est en réalité le grain semé ? Dieu ? Nous ? la Parole ? l’Esprit Saint ? Toutes ces réponses sont bonnes, mais la plus précise est : le Christ Jésus lui-même. C’est caché, mais « de nuit et de jour » évoque la passion et la résurrection du Christ. De même, « qu’il dorme ou qu’il se lève » signifie sa mort et le sommeil du tombeau, puis le jour de Pâques où il surgit vivant. Quand les disciples accueillent vraiment la Parole et la foi, ils deviennent comme Jésus lui-même, c’est ce qu’indique en grec l’expression « en particulier ».

En somme, mes amis, si ce qu’on sème en l’homme est vraiment le Christ, cela finit par se voir quand il a grandi en lui au point que, comme dit saint Paul, « Ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi ». Et là, faites bien attention. Ce que vont recevoir les enfants, et nous aussi, est bien le corps du Christ. Mais pour celui qui n’accueille pas sa parole, c’est comme si ce ne l’était pas, comme une bille de plastique qu’on sème au lieu de vraie semence. Ou même pire, s’il y entre de l’hypocrisie, alors il germe une espèce monstrueuse qu’on aurait mieux fait de ne pas planter. C’est pourquoi je vous dis : si l’on n’y croit pas, il ne faut pas communier. Mais qu’à Dieu ne plaise !

C’est vraiment le Christ que vous allez recevoir, mes enfants, lui que vous avez déjà reçu au jour de votre baptême. Plus vous grandirez dans la foi, et plus cela se verra. Du moins aux yeux de qui sait voir, car cela restera caché au regard qui n’est pas éclairé. Le Christ grandira en vous jusqu’à devenir vous-même, mes frères : un jour cela sera révélé à tous. Mais, illuminés par la Parole et l’Esprit semés en nous par le Père, nous le voyons déjà dans la foi, et nous en rendons grâce.