Dimanche 24 juin 2012 - Nativité de saint Jean-Baptiste

Quelle injustice !

Isaïe 49,1-6 - Psaume 138,1-3.13-15 - Actes 13,22-26 - Luc 1,57-66.80
dimanche 24 juin 2012.
 

Laquelle ? Il y en a tant en ce monde : des milliers, des millions. Mais de toutes, l’une est devenue le type, du moins depuis la Révolution française : l’inégalité de naissance. Je ne sais pas si, depuis l’abolition des privilèges, nous naissons vraiment égaux en droits, mais je suis sûr que nous ne le sommes pas en fait. Qui pourrait réellement y porter remède !

Quel privilège, en tout cas, que celui de saint Jean Baptiste : il est le seul avec le Christ dont nous fêtions solennellement la Nativité (la Vierge Marie n’a rejoint ce cercle très fermé qu’au bout de plusieurs siècles, et ce n’est qu’une « « fête » et non une « solennité »). Jésus affirme lui-même : « En vérité, je vous le dis, parmi ceux qui sont nés d’une femme aucun n’est plus grand que Jean. » Et qu’a-t-il fait, ce Jean, pour être déclaré plus grand que le formidable Élie, que Moïse à qui Dieu a parlé face-à-face, ou qu’Abraham, l’ami du Seigneur et le Père des croyants ? Quoi, sinon d’être né au bon moment ?

Nous le fêtons aujourd’hui, 24 juin, donc six mois avant Noël et trois mois après l’Annonciation, en conformité avec la chronologie de l’évangile de Luc. Ainsi, Jean précède le Christ du début à la fin : depuis l’annonce et la naissance jusqu’au martyr, en passant par le ministère de la prédication et du baptême. Telle est la stupéfiante humilité du Fils de Dieu qu’il a voulu venir en second, choisissant pour cela d’être précédé par « le Précurseur ». Cet incroyable aspect de l’humilité du Seigneur nous étonne parfois plus même que le sacrifice suprême de la croix du Fils de Dieu. D’ailleurs, que Jésus ait été baptisé par Jean et qu’il ait reçu ses leçons, les premiers chrétiens ont eu du mal à l’admettre - les évangiles en témoignent - et c’est encore une difficulté pour certains aujourd’hui.

Il faut quand même préciser que Jean ne représente pas que lui-même. En sa personne, c’est tout le peuple de la Première Alliance que Jésus honore en lui reconnaissant une sorte de préséance. Le privilège d’Israël, son élection qui lui vaut le titre de premier-né, n’a jamais été aboli. Néanmoins, le Seigneur ajoute que « le plus petit dans le Royaume est plus grand que lui ». Nous comprenons aisément que le plus petit en question, c’est lui-même. Il nous faut entendre que c’est aussi quiconque accepte de se faire à sa suite le plus petit et le dernier de ses frères, et le serviteur de tous.

Sachons donc honorer en ce monde ceux qui reçoivent un rang supérieur, dans l’Église aussi d’ailleurs, sans en être dupe. Celui qui est choisi pour présider n’est certes pas forcément le plus grand dans le Royaume, lui-même aurait bien tort de l’oublier. Au contraire, recevoir le dernier de tous avec le respect que lui vaut l’amour de Dieu, puisque le Christ a donné sa vie pour lui, voilà ce qui est digne du Seigneur, et le seul remède contre l’injustice du monde qui fait les hommes inégaux dès la naissance. Si nous savons vivre ainsi entre nous, en effet, elle en sera déjà adoucie, en attendant le jour où elle disparaîtra dans l’éclat de l’amour infini du Sauveur pour chacun des enfants des hommes.