Dimanche 1er juillet 2012 - 13e dimanche de l’année B

La femme, c’est la vie.

Sagesse 1,13-15 et 2,23-24 - Psaume 29,3-6.12-13 - 2 Corinthiens 8,7-9.13-15 - Marc 5,21-43
dimanche 1er juillet 2012.
 

Cette affirmation s’enracine profondément dans l’Écriture, et d’abord dans le nom que l’homme donne à sa femme : Ève, « car elle est la mère de tous les vivants ». Le texte hébreu joue sur l’assonance en cette langue du nom Ève et du substantif vivant. Il se trouve aussi dans cette phrase une pointe d’avertissement contre le risque pour l’homme d’idolâtrer la femme. En effet, le nom est donné après la chute, et seul Dieu est l’auteur de tous les vivants. D’ailleurs, le risque symétrique est signalé dans l’affaire du fruit défendu, lorsque la femme se défend en disant que le serpent l’a séduite. Mais il demeure que la femme se définit comme celle qui conçoit et nourrit en son propre corps tout enfant des hommes.

S’il n’y a plus de femme, il n’y a plus d’homme. Si l’humanité n’est plus structurée par la différence entre l’homme et la femme, elle n’a plus de sens. Pourtant, l’humanité est commune à l’un et à l’autre. D’ailleurs, féminité et masculinité sont présentes à des degrés divers chez les uns et chez les autres. De plus, beaucoup d’individus ne sont pas bien définis quant à leur sexe. Ils n’en sont pas moins pleinement des personnes humaines dignes de considération et d’amour.

Cela dit, qu’il y ait des femmes bien déterminées comme telles dans la cohérence des éléments physiques, psychiques et culturels et qu’il y ait des hommes repérables de même est structurant pour tous. Ceux qui se marient ne le font pas seulement pour eux-mêmes, mais pour tout le corps social ; de même, ceux qui sont bien déterminés dans leur sexe le sont aussi pour la structuration des autres.

En bonne théologie, « ce qui n’est pas assumé n’est pas sauvé ». C’est-à-dire que Jésus, le Fils de Dieu, sauve tout l’homme selon qu’il s’est fait homme. Or, il était de sexe masculin et non féminin. Donc, s’il sauve aussi la féminité de l’humanité - et personne de sensé n’a jamais prétendu le contraire - c’est qu’il l’assume en lui-même sans préjudice de sa détermination masculine. Que Jésus soit venu sauver notre vie réelle, physique, s’entend donc particulièrement dans l’évangile d’aujourd’hui où il accomplit deux miracles enlacés pour des femmes éprouvées en leur corps, en leur corps de femme. Comme l’ont souligné beaucoup de commentateurs, il s’agit en effet clairement de la féminité comme pouvoir de concevoir, porter et nourrir un enfant en son corps.

Une tendance qu’on peut qualifier de masculine, nous porte à idéaliser et abstraire la foi chrétienne en un système de valeurs ou de principes, ou en une simple théorie de sagesse ou de spiritualité. Mais si Jésus a véritablement souffert de tout son corps, si sa passion est réellement le supplice que disent les évangiles et sa mort tout aussi réelle, c’est bien pour sauver physiquement nos vies d’êtres corporels. Si le Fils de Dieu s’est incarné, ce ne n’est pas pour nous désincarner, mais pour que l’Esprit saint nous sanctifie au cœur de notre chair. De cela, les femmes sont bien placées pour être témoins, la Vierge Marie en tête.

Le passage du Livre de la Sagesse que nous venons d’entendre mériterait d’être appris pas cœur. La série d’affirmations dont il est constitué développe merveilleusement la première : « Dieu n’a pas fait la mort ». Si la liturgie le rapproche de l’évangile que nous venons d’entendre, c’est bien parce que ce que l’un dit en forme théorique, l’autre l’énonce de façon historique et concrète. Et c’est le plus concret qui se révèle le plus convaincant, car il est au plus près de la réalité qui est tout l’objet du salut. C’est pourquoi Dieu veut que les femmes soient parfaitement respectées, honorées et protégées, et que leurs enfants le soient de même, bien sûr.

Frères, puissions-nous parler et nous conduire de façon assez convaincante au milieu des hommes de notre temps qui sont si troublés au sujet de la vie et de la mort, comme de l’homme et de la femme. Nous ne nous tournons contre aucune catégorie et nous ne voulons l’asservissement de personne. Bien au contraire nous cherchons la liberté et la vie en plénitude de tous, au nom de la vérité que tous peuvent reconnaître en raison. Qu’il soit clair que la cause de tout être vivant, et la cause des femmes en particulier, est aussi la nôtre comme elle est celle de Dieu.