Dimanche 15 juillet 2012 - 15e dimanche de l’année B

Offre-t-on encore des panoplies aux enfants ?

Amos 7,12-15 - Psaume 84 - Éphésiens 1,3-14 - Marc 6,7-13
dimanche 15 juillet 2012.
 

Peut-être ne savent-ils même plus ce que c’est. Le mot signifie « tout l’armement » nécessaire à tel type d’homme. De mon temps, une panoplie de cow-boy, par exemple, comportait d’abord un pistolet, ensuite une ceinture avec gaine et un chapeau.

La panoplie d’Apôtre, d’après l’évangile selon saint Marc que nous venons d’entendre, se compose d’abord d’un bâton, ensuite d’une tunique unique et de sandales.

Les sandales doivent chausser les pieds des messagers de la Bonne Nouvelle. La tunique est le Christ lui-même, comme il est dit au nouveau baptisé : « Tu es une création nouvelle, tu as revêtu le Christ ». C’est pourquoi il ne faut pas en prendre une autre de rechange !

Mais le bâton, qui est nommé en premier lieu tout seul, que représente-t-il ? Il peut évoquer le bâton de Moïse et Aaron, au livre de l’Exode. Pour eux, il était l’instrument de prodiges à la face de Pharaon, Moïse l’a levé pour ouvrir la mer sous les pas des fils d’Israël et la refermer sur l’Égypte lancée à leur poursuite, et pour frapper le rocher afin qu’il donne son eau vive aux Hébreux assoiffés dans le désert.

Mais, plus encore, il est le bâton du Berger d’Israël qui guide et rassure le peuple, comme il est écrit au Psaume 22 : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal : ton bâton me guide et me rassure ».

Mais pourquoi les Apôtres devraient-ils officier dans l’inconnu et les dangers ? C’est que leur annonce, la seule formulée dans notre évangile, est qu’il faut se convertir. C’est une véritable déclaration de guerre contre l’ennemi, le mauvais, qui ne cesse de vouloir nous détourner de Dieu, et qu’il faut vaincre et tenir en lisière pour revenir au Seigneur et rester tourné vers lui. Cette annonce, donc, de combats terribles, vaut bien qu’on se munisse en premier lieu de cette arme toute pacifique qu’est le bâton du bon berger des brebis d’Israël.

Écoutons bien, mes amis, cette parole comme un avertissement fait aux fidèles : nul ne peut se passer des bienfaits du bâton pastoral des Apôtres et de leurs successeurs !

Au fait, et la panoplie des chrétiens, quelle est-elle ? Certes, pour ce qui est de la tunique unique, nous sommes tous logés à la même enseigne, nous qui avons été baptisés dans la mort du Seigneur pour avoir part à sa résurrection. Quant aux sandales et au bâton, ils étaient prescrits à tous les fils d’Israël pour l’Exode, la sortie de l’esclavage d’Égypte en cette nuit unique qui reste une nuit de veille pour le Seigneur d’âge en âge.

Pourtant, au jour de notre baptême, nous recevons une espèce de panoplie apparemment différente : le saint-chrême, le vêtement blanc et le cierge. Faudrait-il voir dans le cierge une sorte de bâton ? Mais en fait, vêtement et cierge ne font ensemble qu’un seul et même « habit de lumière » qui signifie, nous l’avons vu, le Christ que nous avons revêtu. C’est donc plutôt le saint-chrême qui signifie la promesse de bâton ou de sandales « en tant que de besoin », c’est-à-dire la promesse de l’assistance de l’Esprit Saint pour tout croyant sommé de rendre compte de l’espérance chrétienne, au moment où il devra témoigner authentiquement de la Bonne Nouvelle en déjouant les pièges du démon.

Inutile, donc, d’agrémenter nos célébrations du baptême d’une parure chrétienne qui associerait au vêtement blanc des sandales et un bâton : il n’en est pas besoin, car pour « tout armement », nous n’avons que des forces spirituelles. Même l’habit de lumière, s’il est matérialisé pour un instant dans la liturgie du baptême, doit rester un signe éphémère. Non, on ne donne pas d’autre panoplie aux enfants de Lumière renés de l’eau et de l’Esprit Saint que la grâce de Dieu.