Dimanche 22 juillet 2012 - 16e dimanche de l’année B

Neuf Français sur dix pensent conduire bien, et que neuf Français sur dix conduisent mal. Bizarre.

Jérémie 23,1-6 - Psaume 22,1-6 - Éphésiens 2,13-18 - Marc 6,30-34
dimanche 22 juillet 2012.
 

Nous n’avons pas besoin de berger, disent les brebis folles.

Ah bon, alors c’est qu’il n’y a plus de loups ni de pièges sur le chemin, sans doute ? Bah, répondent les brebis folles, tout ça ce sont de vieilles histoires qu’on nous racontait pour nous faire peur et mieux nous tenir au bercail.

Les brebis folles se trouvent très raisonnables. Par exemple, neuf Français sur dix pensent conduire bien, et que neuf Français sur dix conduisent mal. Bizarre. Du coup, il est à peu près évident pour tous qu’il faut des gendarmes sur la route, à cause des mauvais conducteurs. Mais chacun préférerait qu’il n’y en ait pas sur la sienne.

Notre société a un problème avec l’autorité : comme des adolescents, nous ne pouvons ni nous en passer, ni la supporter. Pour être guidés, enseignés et soignés, nous avons pourtant toujours eu besoin de bergers, à toutes les époques comme à tous les âges de la vie. Certes, l’exercice de l’autorité est marqué des dérives et des abus dans lesquels risquent constamment de tomber ceux qui la reçoivent. Pourtant, l’expérience nous enseigne qu’un mauvais berger est rarement pire qu’une absence de berger.

C’est pourquoi, si Jésus, ailleurs dans l’évangile, ne mâche pas ses mots pour critiquer le mauvais ministère des chefs de son peuple, nous le voyons aujourd’hui tout saisi de pitié devant les foules qui sont comme des brebis sans berger. Nous comprenons ainsi que la première nécessité pour les hommes, ce sont des pasteurs qui puissent leur dispenser l’enseignement, la nourriture et les soins dont ils ont besoin.

Dans son ensemble, ce passage est construit comme une prophétie des actes du Seigneur en faveur de son Église à toutes les époques ultérieures, car il ne cessera pas de la combler de l’Esprit Saint et de lui envoyer des ministres de sa grâce, selon sa promesse. Sur la terre d’Israël, il a donné les Apôtres à la première génération de chrétiens. Mais partout dans le monde, au cours de l’histoire, d’autres foules viendront ensuite qui chercheront à leur tour le Bon Berger. Pour celles-là aussi, Jésus choisira des pasteurs selon son cœur, pour la « succession apostolique ». Littéralement dans notre texte, les Apôtres vont « se reposer un moment », c’est-à-dire mourir et attendre dans la paix le jour du Seigneur, tandis que d’autres « disciples » prendront leur suite dans le ministère apostolique. À chaque fois, c’est toujours le Christ lui-même, vivant pour toujours, qui « débarque » à de nouveaux rivages en la personne de ses envoyés.

Après avoir, un temps, cru pouvoir nous en passer nous prenons une conscience plus aiguë, à mesure qu’ils se font plus rares, du caractère irremplaçable des prêtres. Le sacrement de l’ordre les constitue pour assurer d’une manière toute spéciale le service même du Christ pour son Église et pour tous les hommes. Mais nous aurions tort d’oublier pour autant ce que nous avons appris, ou plutôt « réappris », notamment depuis Vatican II, à savoir que tous les fidèles participent à ce service à leur façon, au titre du sacerdoce commun ou « royal ».

Les sacrements de l’initiation chrétienne, baptême, confirmation et eucharistie, constituent en effet les hommes membres du Christ, prêtre, prophète et roi. En pratique, tout baptisé peut, à l’occasion, devenir l’instrument du Seigneur pour satisfaire, dans une certaine mesure, le besoin de ses frères d’être guidés, enseignés et nourris. Sans doute ne sommes-nous pas assez attentifs à considérer les autres disciples comme une ressource potentielle de cet ordre. De même, chacun devrait être disposé à la possibilité d’être appelé à prendre ponctuellement une telle responsabilité pour les autres.

En somme, si l’idéal de notre société moderne semble se dessiner comme celui d’un individu indépendant et capable de se contenter d’être son propre berger, l’Évangile nous invite à une tout autre attitude, bien plus humaine et digne de l’amour qui seul est plus fort que le mal et que la mort. En vérité, nous devrions davantage nous soucier tous les uns des autres que chacun de lui-même. Tout homme n’a-t-il pas vocation à devenir au besoin « le gardien de son frère » ?

Les brebis sages savent qu’elles ont toujours besoin de bergers, c’est pourquoi elles peuvent aussi devenir bergers pour les autres, à la gloire du Dieu et Père de tous qui nous a envoyé son Fils unique pour nous ramener de toutes nos folies.