Dimanche 29 juillet 2012 - 17e dimanche de l’année B

Qu’est-ce qu’il y a à comprendre : Comment ? pourquoi ? rien ? tout ?

2 Rois 4,42-44 - Psaume 144,10-11.15-18 - Éphésiens 4,1-6 - Jean 6,1-15
dimanche 29 juillet 2012.
 

« Comment », dit le bleu, je voudrais bien savoir comment il a fait ça !

Non, répond le blanc, « Comment » importe peu, mais « Pourquoi », voilà la question. Pas du tout interrompt le rouge : ni comment, ni pourquoi, il n’y a rien à comprendre, mais seulement à croire et à voir : il l’a fait, voilà !

Au contraire, dit Matthieu, il y a tout à comprendre dans ce récit. Je dis Matthieu, parce que nous l’avons entendu vendredi à la messe, dans l’interprétation par Jésus lui-même de la parabole du semeur. Là, il insiste sur la nécessité de comprendre la Parole pour porter du fruit (Matthieu 13,18-23). Puisque c’est Jésus qui le dit, il a raison, bien sûr !

Mais le rouge n’a pas tort quand il parle de ne rien comprendre. Si nous nous mettons vraiment à l’écoute de la parole de Dieu, nous passons forcément par l’étonnement radical devant ces pensées qui ne sont pas les nôtres. Et nous devons découvrir nos résistances à nous engager sur le chemin qu’elle indique, car ses chemins ne sont pas les nôtres ! Le rouge du martyr et de l’Esprit Saint ne peuvent être épargnés au disciple, d’une manière ou d’une autre.

Cela dit, bien sûr que le blanc voit juste en pointant le « Pourquoi ? » comme la question principale. De même que la lumière blanche contient en elle-même toutes les couleurs, ce qu’elle laisse apparaître dans la diffraction qui produit l’arc-en-ciel, de même la Parole recèle une multitude de sens à discerner, dans l’unité de la pensée de Dieu où nous sommes invités à entrer.

Enfin, le bleu se conduit normalement comme le débutant qui s’étonne de ce qui est dit de Jésus et se demande « comment » peuvent s’accomplir des signes aussi prodigieux. Et, à vrai dire, nous sommes toujours de nouveau des débutants à l’écoute de ces récits évangéliques dont le pouvoir de signification n’et jamais épuisé.

Aussi nous demanderons-nous d’abord comment Jésus accomplit la multiplication des pains. Et nous voyons qu’il rend simplement grâce sur les pains qu’il a reçus du jeune garçon, puis qu’il les distribue, de sorte que la multitude est rassasiée et que les restes remplissent douze paniers !

Pourquoi agit-il ainsi ? Parce, ici comme toujours, le Fils fait les œuvres qu’il voit faire au Père, lui qui « rassasie avec bonté tout ce qui vit », nous venons de le chanter avec le Psalmiste. Déjà, il avait nourri Israël au désert en faisant pleuvoir la manne et, en son nom, le prophète Élisée fit de vingt pains le repas de cent hommes, nous l’avons entendu au Livre des Rois.

Ainsi, le « signe des pains » nous révèle-t-il la divinité de Jésus et sa mission de réaliser le dessein d’amour du Père qui veut donner la vie en abondance à tous ses enfants de la terre. Et nous sommes mis de nouveau en présence du mystère insondable de ce Dieu qui s’est fait homme pour que l’homme soit arraché à la mort, et qu’il soit même divinisé en lui à la gloire du Père. Rien, aucune explication, ne peut éteindre l’étonnement que suscite en nous cette révélation que seule l’adoration dans le silence peut accueillir.

Nous avons écouté, nous avons réfléchi et nous avons recueilli un peu de compréhension de ces textes sacrés, comme l’eau de la source vive dont on porte à ses lèvres ce que contient le creux d’une main. Nous ne l’avons pas épuisée, elle contient en surabondance de quoi étancher la soif de tous ceux qui viendront y boire. Mais ce que nous en avons reçu nous rafraîchit sur le chemin à la suite du Christ que nous avons à parcourir.

Déjà nous en rendons grâce, nous qui sommes rassemblés pour être rassasiés du Pain unique partagé à la multitude, afin qu’elle soit un seul Corps du Christ pour porter sa parole au monde. Et nous pouvons aussi comprendre pourquoi Jésus met Philippe à l’épreuve en lui demandant « où » l’on pourrait acheter de pain pour que les hommes aient à manger. Lui, comme nous, s’interroge d’abord sur le « comment » cela serait possible, avec quelle somme d’argent, par exemple. Mais la réponse ultime est le nom du lieu d’où vient ce dont nous avons besoin : Dieu, la source généreuse, le Père qui nous comble gratuitement de tout bien.

Dans la Parole, il y a toujours à comprendre où nous devons trouver son origine, son sens et sa portée : dans le Fils unique, plein de grâce et de vérité, le Verbe éternel qui a pris chair de notre chair pour la sauver.