Dimanche 5 août 2012 - 18e dimanche de l’année B

Je veux être aimé pour moi-même

Exode 16,2-4.12-15 - Psaume 77,3.4ac.23-24.25.52a.54a - Éphésiens 4,17.20-24 - Jean 6,24-35
dimanche 5 août 2012.
 

Un milliardaire ou une riche héritière peuvent soupçonner qu’on tente de les séduire uniquement pour s’emparer de leur argent. Mais, en général, il n’est pas si évident de faire la différence entre la personne elle-même et ce qu’on apprécie en elle.

Les enfants, par exemple, reçoivent de leurs parents tout ce qui est bon pour eux et s’y attachent pour cela. Mais on voit bien qu’ils les aiment lorsque, tout ce bien leur étant prodigué par un autre, ils désirent néanmoins leur présence en personne. D’ailleurs, une mère est elle-même pour son nourrisson ce qu’il consomme avec bonheur. Et chacun de nous a été le nourrisson de sa mère, au moins pendant neuf mois.

Pour faire l’éducation de son peuple, Dieu l’a nourri au désert, nous venons de l’entendre dans la première lecture. Il l’a pourvu directement d’une provende tombée du ciel afin qu’il puisse identifier précisément le donateur et découvrir ainsi qui, en fait, lui procure toujours ce qui est nécessaire à la vie.

Quand Jésus, à son tour, nourrit les foules au désert, il se donne à reconnaître comme le Fils de ce Père nourricier, « donnant le pain à toute chair », qui accomplit ses œuvres. Mais, ensuite, il semble reprocher aux bénéficiaires de ses largesses de le rechercher « parce qu’ils ont été rassasiés de pain ». S’agirait-il de la coquetterie de qui veut être aimé pour lui-même et non pour ce qu’il peut apporter avec lui ?

Non, c’est de bon cœur qu’il distribue ses cadeaux et il sait mieux que nous que, comme des enfants, nous aimons ceux qui nous font du bien plus encore que leurs bienfaits. Mais il sait aussi que les hommes ont été pervertis par le soupçon dont le tentateur est le maître, au point de « guerroyer le Seigneur de ses dons », selon l’expression de saint Louis. Ils en sont venus à vouloir garder la création en rejetant le Créateur, en y mettant leur point d’honneur !

Ils ont oublié que le Donateur de toutes choses était meilleur pour eux que tous ses dons, au point que, pour qui voit les choses clairement, les plus grandes richesses apparaissent tout juste comme l’indice du bien véritable, le Donateur qui s’offre lui-même. C’et pourquoi Jésus dit : « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés. »

La pleine lumière, en effet, nous vient dans le Christ. Non seulement il rassasie les foules de pain et de poisson, mais se donne lui-même à manger et à boire. Il est en personne « la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle ». Les aliments prodigués lors de la multiplication des pains ne sont que le signe du corps et du sang du Christ partagés dans le repas de l’Eucharistie.

Bien sûr, Jésus ne veut pas que nous rejetions ses cadeaux ordinaires pour prouver que nous apprécions le don parfait qu’il est en lui-même. Quels parents seraient assez fous pour priver les enfants du nécessaire à la vie d’ici-bas afin qu’ils s’attachent à eux pour eux-mêmes ? En revanche, les enfants privés de leurs parents montrent parfois, par la façon dont ils refusent alors de s’alimenter, que la personne aimée de leur père ou de leur mère leur est plus nécessaire et plus chère que la vie. Ils sont ainsi pour nous une leçon que nous voudrions bien ne pas devoir recevoir de cette manière. De même, certains saints en viennent à se nourrir exclusivement de l’hostie consacrée, mais, si leur témoignage nous est précieux et vénérable, ce n’est ni une généralité à souhaiter ni un exemple à imiter.

Plus simplement, comprenons que c’est une grande misère pour les hommes que de manger leur pain en ignorant le Dieu qui a tout fait pour eux et qui fait tout encore, et qui s’offre surtout à eux pour les combler au-delà de leurs espérances. Rendons-lui grâce de nous guérir de cet oubli en nous donnant part à l’Eucharistie de son Fils.

Si nous le recevons avec adoration dans cette célébration, c’est afin de recevoir aussi toutes les bonnes choses de la vie, et la vie elle-même, comme le signe qu’il est en personne notre vie pour toujours. Et que nous l’aimions pour cela jusqu’à nous donner nous-mêmes aux autres de semblable façon, pour qu’ils vivent et en rendent gloire à notre Père des cieux.