Dimanche 26 août 2012 - 21e dimanche de l’année B

Nul n’est courageux s’il n’a peur Ou Le doute fait-il partie de la foi ?

Josué 24,1-2a.15-17.18b - Psaume 33,2-3.16-17.20-23 - Éphésiens 5,21-32 - Jean 6,60-69
dimanche 26 août 2012.
 

Le courage, c’est de surmonter sa peur. Celui qui n’a peur de rien est simplement un inconscient. Mais le courageux prend sur lui, il décide d’affronter le danger et accepte les risques qu’il court ainsi. Le courage est une vertu qui s’enseigne et se cultive. Non seulement il n’exclut pas la prudence, mais il s’affine et se renforce de se développer en si bonne compagnie : une capacité, en effet, n’est vraiment estimable que si elle reste maîtrisée. Ainsi, le meilleur dans un art de combat est celui qui ne se contente pas de pouvoir porter des coups très forts, mais sait aussi les doser, voire les retenir. En somme, nul n’est courageux s’il n’a peur.

De même, on peut dire que la foi consiste à surmonter le doute et qu’elle ne peut se passer de la sagesse grâce à laquelle on ne s’en débarrasse pas à n’importe quel prix. Par exemple, renoncer à se poser des questions et à vouloir comprendre peut bien endormir l’inquiétude, mais la foi n’en sort pas renforcée, au contraire. La « foi du charbonnier » est bonne pour le charbonnier, mais, pour l’homme cultivé, elle ne constitue qu’une chape bien fragile posée sur des braises qui couvent sous la cendre et n’attendent qu’une bourrasque pour se réveiller et tout mettre à feu.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, les auditeurs de Jésus sont tout déconcertés par son insistance à affirmer la nécessité de manger sa chair et boire son sang pour recevoir la vie. Le désarroi général est tel que « beaucoup de ses disciples s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui. » Les Douze eux-mêmes sont assez ébranlés pour qu’à la question du maître : « Voulez-vous partir, vous aussi ? », Simon-Pierre fasse une réponse peu enthousiaste. S’ils restent, c’est parce qu’ils n’ont pas de meilleur choix, en somme !

Le sujet de perplexité est clairement ici la question eucharistique. Pour les contemporains de Jésus, le « Comment ? » porte sur la façon dont cet homme peut donner sa chair à manger. Pour nous, le problème est plutôt la transformation du pain et du vin en corps et sang du Christ. Mais il s’agit du même mystère : le Fils de Dieu se donne lui-même aux hommes en nourriture de vie éternelle. À nous comme à ses contemporains, Jésus ne donne guère d’explications, mais seulement une indication : « Cela vous heurte ? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant ?... »

Cette contre question sibylline de Jésus évoque certainement son mystère pascal : sa mort « élevé sur la croix », sa résurrection et son ascension à la droite du Père, à la place qui était la sienne de toute éternité. Mais quel est le rapport de cette évocation avec le problème du moment ? Surtout que le Christ a l’air de dire : si vous butez sur la question eucharistique, qu’en sera-t-il devant l’obstacle bien plus redoutable de ma Pâque ? Au lieu de résoudre une difficulté sérieuse pour nous, il nous en annonce une pire !

Bien sûr, le Seigneur ne veut pas nous décourager ni se montrer désabusé, comme un professeur qui penserait : si mes élèves sont incapables d’acquérir les connaissances élémentaires, inutile de songer à leur enseigner les supérieures. C’est donc qu’il y a une leçon à recevoir de cette invitation à passer par une difficulté plus grande. En somme, lorsque nous butons sur un point de la foi en particulier, nous devons nous replacer devant le mystère central de la passion et de la résurrection du Seigneur.

Quelle explication satisfaisante, en effet, allons-nous trouver au fait que le Fils éternel de Dieu se soit fait chair et se soit offert au sacrifice de la croix pour le salut des pécheurs ? Si nous pensons résoudre ce problème de manière à en avoir fini avec lui, alors penchons-nous ensuite sur les autres questions de la foi. Mais sinon, si nous en sommes réduits à une contemplation humble et adorante du mystère de l’amour vainqueur sur la croix, mettons-nous de même en présence de l’eucharistie.

Encore une fois, cette attitude ne consiste pas à renoncer à toute interrogation, à toute réflexion. Au contraire, elle permet une méditation efficace qui mobilise toutes les ressources de la culture et de la raison pour entrer de manière plus fructueuse dans l’intelligence du mystère. Si nous reconnaissons comme Pierre que là seulement s’ouvre pour nous le chemin de la vie, aucun obstacle ne nous rebutera au point de nous détourner de lui, et nous patienterons autant qu’il faudra, sûrs non de nous-mêmes, mais de lui qui nous fera passer quand et comme il voudra.

Tout doute, en effet, nous remet au pied de la croix, là où le diable pense avoir gagné dans son rejet de Dieu, mais où il perd en réalité, puisque l’amour ne s’est pas laissé vaincre, puisque la vie est redonnée, nouvelle et éternelle, à celui qui l’a perdue pour que nous soyons sauvés. Plus fort que le doute est la foi qui naît de cet amour.