Dimanche 9 septembre 2012 - 23e dimanche de l’année B

À Rome, comme les Romains !

Isaïe 35,4-7a - Psaume 145,7-10 - Jacques 2,1-5 - Marc 7,31-37
dimanche 9 septembre 2012.
 

Autrement dit, il faut adopter les coutumes des gens du pays. Cette maxime est attribuée à saint Ambroise, archevêque de Milan au 4e siècle. Mais Jésus lui-même, dans l’évangile d’aujourd’hui, semble déjà appliquer ce principe : en leur pays, comme les païens.

En effet, sa façon de traiter le sourd-muet ressemble terriblement aux pratiques des guérisseurs qui pullulaient à l’époque, en particulier dans cette Décapole où se côtoyaient toutes sortes de religiosités. Toucher les endroits malades, user de salive, marmonner des incantations et pousser des cris, rien que de très normal, en somme pour les spectateurs païens de l’intervention de Jésus. En revanche, nous pouvons en être un peu gênés, comme le furent sûrement les premiers chrétiens, au point que cet épisode de l’évangile de Marc est soigneusement oublié dans les parallèles de Luc et de Matthieu.

En réalité, sous des apparences semblables, les actes de Jésus portent un sens très différent, et d’abord l’injonction : « Ouvre-toi ! » Il semble évident qu’elle s’adresse à l’homme, puisqu’elle est suivie de l’effet immédiat : « Ses oreilles s’ouvrirent ». Pourtant, grammaticalement, elle pourrait aussi bien viser « le ciel » qui est le premier antécédent de « lui » dans « il soupira et lui dit ‘ouvre-toi’. » Et, justement, le ciel est visé en premier. « Ah, si tu déchirais le ciel et si tu descendais », soupirait déjà le prophète Isaïe.

D’ailleurs, ici Jésus aussi soupire, et même littéralement il « gémit ». L’évocation de la croix sur laquelle il souffrira, rendra le dernier soupir et criera vers son Père est évidente. Pour les spectateurs païens, il s’agit juste d’un guérisseur qui fait les yeux blancs dans le vide, « au ciel », mais Jésus, lui, tourne son regard vers quelqu’un, quelqu’un qu’il connaît bien : le Père. Il semble bredouiller des formules alors qu’il prononce la prière du Fils prenant sur lui toutes nos misères et s’offrant pour notre salut.

Bien plus, en mettant ses doigts dans les oreilles de l’homme, en touchant sa langue avec sa salive, il rappelle le geste créateur du premier homme modelé de la terre par Dieu qui insuffla son souffle en lui comme par un bouche-à-bouche vivifiant. Et c’est dans le corps à corps de la passion, dans le cœur à cœur de son appel à la conversion, qu’il rejoint tout homme païen pour l’ouvrir au don et au salut de Dieu. D’ailleurs, le verbe employé pour le « gémissement » de Jésus est le même, à une préposition près (« sun », « avec »), que celui dont use saint Paul dans la lettre aux Romains pour dire que « la création tout entière gémit dans les douleurs de l’enfantement » (elle gémit avec l’humanité). Avec la rédemption de l’homme, c’est le salut du monde entier que le Seigneur accomplit, comme le chantait déjà si bien en espérance le passage du prophète Isaïe que nous avons entendu en première lecture.

Pour nous, chrétiens, c’est un exemple et un appel à rejoindre l’aspiration profonde de ceux que nous rencontrons et qui sont sourds à la parole de Dieu, muets pour la prière. Osons entrer en communion avec eux dans la proximité de notre humanité fragile, sachons les « prendre à l’écart », c’est-à-dire leur offrir une prise de distance avec le conformisme de l’incrédulité de notre monde. Faisons-les entrer dans notre prière unie à celle du Christ qui nous sauve sur la croix et présentons-les de toute notre foi au Père. La foi : ce trésor que nous devons partager, que nous devons vouloir partager.

Et notre foi, c’est que le Fils de Dieu est venu parmi les hommes comme un homme afin que nous soyons en lui, par l’amour, en Dieu comme Dieu.