Dimanche 16 septembre 2012 - 24e dimanche de l’année B

Vous connaissez le joli nom du guide ?

Isaïe 50,5-9a - Psaume 114,1-6.8-9 - Jacques 2,14-18 - Marc 8,27-35
dimanche 16 septembre 2012.
 

Certains auront deviné l’allusion à la chanson. Gilbert Bécaud s’y inspirait d’un voyage à Moscou où il s’était apparemment moins intéressé à la ville qu’aux beaux yeux de Nathalie qui la lui montrait. C’est le paradoxe du guide qui doit se faire transparent pour laisser le visiteur voir ce qu’il est chargé de lui révéler.

Jésus applique ce principe pour ses disciples. Certes, il est lui-même aussi le but. Mais tant que nous ne l’avons pas atteint, il reste d’abord le chemin et le guide que nous devons suivre sans dévier, même lorsqu’il semble nous emmener au diable, comme aujourd’hui.

Césarée de Philippe, en effet, est triplement au diable. D’abord, parce que située fort loin au nord de la terre d’Israël. Ensuite, pour le vieux sanctuaire païen du dieu Pan installé là, aux sources du Jourdain. Enfin, puisque construite et dénommée à la gloire de César, l’empereur romain qui se faisait vénérer comme un dieu.

Pour se manifester comme celui qui révèle le vrai Dieu sans lui faire écran, Jésus adopte une stratégie de la disparition : il laisse apparaître des visages qui semblent le sien, mais les efface aussitôt. Est-il Jean-Baptiste ? C’est une bonne idée, puisque le Précurseur lui ressemble au point que lui-même semble le copier. Mais la figure du Baptiste doit s’évanouir devant lui. Élie, alors ? Certes, Jésus est comme Élie qui parut tel un feu et fut enlevé au ciel jusqu’au jour de son retour attendu. Mais il n’est pas Élie. Serait-il un prophète, plus exactement le « prophète premier », Moïse, qui promit de la part de Dieu la venue d’un « prophète comme lui » ? Il l’est, ce prophète annoncé. Mais il est plus que cela, plus qu’un prophète.

Il est donc le Messie, le Christ ? Oui, il l’est. Mais, cette fois, c’est nous qui devons aller au-delà de l’idée que nous nous en faisons. Ainsi Jésus se révèle progressivement : chaque fois que nous pensons le saisir, il disparaît pour nous mener plus loin. Jusqu’au jour où il s’effacera tout à fait sur la croix, jusqu’à « ne plus avoir visage humain », et c’est alors que le centurion le reconnaîtra comme « le Fils de Dieu ».

Nous ne pouvions imaginer que le Messie irait jusqu’à la disparition de la croix. Là, en effet, il s’efface de la terre des hommes, mort et enterré. Là, il va au diable. La passion du Christ est l’heure des ténèbres et du prince des ténèbres. Pas seulement parce que le diable est l’ennemi de Dieu et des hommes qui cause la souffrance et la mort. Le diable est plus malin que cela. Plus encore que de détruire le corps du Fils de Dieu, il voudrait, si c’était possible, briser son âme en le détournant d’accomplir jusqu’au bout la volonté du Père. Telle est la grande tentation que subit déjà Jésus quand Pierre veut s’interposer, c’est pourquoi il l’appelle Satan.

Pierre n’est pas plus le diable que nous. Nous ne sommes pas moins que lui tombés au pouvoir du Malin au point d’en venir à servir inconsciemment ses desseins. C’est la raison qui motive, justement, le fait que le Christ aille jusqu’à la croix pour nous affranchir de Satan. Sans lui, nous restons accrochés à notre vie jusqu’à la perdre, esclaves complices de la mort que nous redoutons.

Mais cette libération acquise dans la mort et la résurrection de Jésus ne nous advient que si nous suivons le Sauveur sur le chemin d’effacement qu’il a pris lui-même. C’est cela, « prendre sa croix ». Jésus l’explique ici : c’est « renoncer à soi-même », laisser tomber progressivement son ego pour que grandisse en soi quelqu’un de plus grand que soi.

Personne ne peut renoncer à moi-même à ma place. Si quelqu’un veut renoncer à moi, c’est très aimable, mais cela ne fait pas l’affaire. Moi seul peut renoncer à moi-même comme le Christ me le demande. Ce n’est pas sans douleur ni sans peur, mais c’est ainsi que la mort et la résurrection de Jésus sont à l’œuvre en moi. À la mesure dont j’avance dans le renoncement à moi-même à la suite de Jésus, lui-même me révèle son véritable visage de Fils.

C’est ce qu’exprime l’évangile de Jean quand Jésus répond à Philippe - l’Apôtre, pas le roitelet bâtisseur de Césarée - : « Philippe, qui m’a vu a vu le Père. » Tant que nous ne voyons pas le Père en Jésus, nous ne savons pas qui il est, nous ne croyons pas en lui de la foi qui est la véritable connaissance de Dieu.

Heureux sommes-nous ni nous prenons notre croix à la suite du chef de notre foi : alors nous connaissons le beau nom du guide, celui qu’il a reçu comme prix de son sacrifice, « afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, au ciel, sur terre et sous la terre », et que toute langue proclame qu’il est le Christ, « le Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. »