Dimanche 30 septembre 2012 - 26e dimanche de l’année B

« Voici des fleurs, des fruits, des feuilles et des branches » : les amoureux font des cadeaux.

Nombres 11,25-29 - Psaume 18,8.10.12-14 - Jacques 5,1-6 - Marc 9,38-43.45.47-48
dimanche 30 septembre 2012.
 

Mais pourquoi des branches ? Verlaine se serait-il ainsi simplement préparé une belle rime à « blanches », deux vers plus loin ? Ou bien le soupirant serait-il en train, dans son enthousiasme naïf, de jouer son va-tout ?

Pourtant, si fleurs, fruits, feuilles et branches semblent former un ensemble bien disparate, leur unité végétale est certaine : une même sève irrigue tous ces éléments de la plante. De même, notre assemblée regroupe des personnes fort diverses, mais elle est appelée à former un seul corps du Christ, animé par un seul Esprit qui vient de lui.

Les enfants sont comme les fleurs de cet arbre de vie, les jeunes en sont les fruits, les vieux les feuilles et les très vieux les branches. Cette comparaison avec les quatre saisons de la vie est peu satisfaisante, sans doute. Moins que de voir dans les quatre éléments énumérés par Verlaine les quatre saisons de la nature qui font varier la couleur des jours, tandis que son « cœur qui ne bat que pour vous », offert aussi à l’aimée au vers suivant, manifeste sa constance.

On pourrait évoquer encore la variété des sensibilités : les uns sont comme les branches et le tronc, fermes dans la fidélité aux racines, tandis que d’autres volètent au moindre vent comme des feuilles souvent près de se détacher pour aller plus loin. Les « fleurs » se parent des vertus chrétiennes et les montrent, tandis que les « fruits » s’efforcent aux réalisations plus concrètes du bien que fait le corps chrétien à tous les hommes.

Mais peu importe l’à-peu-près de nos efforts pour filer la métaphore, la question centrale de l’évangile aujourd’hui est celle de notre unité concrète. Sa composition, en effet, comme souvent chez Marc, peut laisser une impression de disparate : l’évangéliste, dans sa maladresse supposée, aurait ramassé un « fagot » de paroles de Jésus plus ou moins liées par le fil des associations de mots ou d’idées. Or, tous ces éléments ont en commun de nous interroger sur la réalité physique de notre cohésion ecclésiale.

Que nous soyons ici ce matin en chair et en os pour l’Eucharistie est la condition de notre constitution réelle comme corps du Christ. L’unité visible de l’Église dans le rapprochement de ses membres et leur attachement les uns aux autres ne se fait pas seulement en paroles, mais surtout en actes. Toutefois, le visible est parfois trompeur : certains qui semblent dedans n’y sont pas, tandis que d’autres, qui y sont, semblent dehors, comme nous le rappelle le pape Benoît XVI. L’évangile, en effet, et déjà la première lecture, nous parlent de cela.

Quelle en est la clef de compréhension, quel critère décisif nous est donné ? À l’évidence, la communion personnelle de foi et de charité à la personne même du Christ. Qui s’attache à celui qui lui est attaché, fût-ce par un simple verre d’eau fraîche, se rattache à lui et vit de la vie du Corps. À l’inverse, le membre présent dans le corps qui n’est pas vraiment lié au Christ ne vit pas de lui et pourrait entraîner tout le corps dans la coupure d’avec lui.

La vérité du lien au Christ se trouve, comme nous le savons, dans l’acceptation croyante de sa croix, pour nous comme pour lui-même. C’est pour avoir défailli dans cette acceptation que Simon-Pierre s’est vu traiter de Satan par le Seigneur. La violence des paroles sur le scandale n’est pas celle du Christ, mais la violence du monde et de son prince, ennemi de Dieu et des hommes, qui s’abat sur lui et sur les siens. La refuser comme Jésus, ce n’est pas prétendre y échapper, c’est préférer la subir que de l’infliger, et ne pas refuser de la souffrir si la nécessité s’en présente pour la fidélité du témoignage.

Ainsi, le prétendu membre du corps qui se refuse à la passion du Seigneur peut sembler vivant, mais il est mort, et mortifère pour le corps. Tandis que si nous acceptons humblement la mystérieuse nécessité de la souffrance et de la mort avec le Christ, nous entrons dans le dynamisme de sa résurrection qui donne la vie au monde.

Dans la vérité de son amour en réponse à l’amour infini de son Seigneur, l’Église doit jouer son va-tout en s’offrant tout entière, fleurs, fruits, feuilles et branches, afin d’être tout entière établie dans la vie qui ne connaît pas de fin. C’est ce que nous faisons maintenant dans l’Eucharistie, afin de le vivre aussi au fil des jours, jusqu’au Jour du Seigneur.