Dimanche 14 octobre 2012 - 28e dimanche de l’année B - Messe de rentrée de la Maison Alésia jeunes

Sauve-toi, la vie t’appelle !

Sagesse 7,7-11 - Psaume 89,12-17 - Hébreux 4,12-13 - Marc 10,17-30
dimanche 14 octobre 2012.
 

Pour Boris Cyrulnik, qui titre ainsi son dernier livre, il s’agit évidemment du cri intérieur qui le somme d’échapper à la mort. En effet, à l’âge de six ans il réussit à se cacher dans la synagogue où les SS avaient rassemblé des juifs promis à l’extermination, puis à s’enfuir. Mais la même phrase peut se comprendre à l’envers : n’arrive-t-il pas aussi qu’on se cache et s’enfuie pour échapper à l’appel de la vie, parce que la vie fait peur ?

Ainsi Adam dans le jardin s’est caché quand Dieu l’a appelé. De même aujourd’hui, l’homme riche s’enfuit quand Jésus lui offre de le suivre. Sans doute est-ce la perspective d’avoir à se dépouiller de ses biens qui l’épouvante. Mais ces richesses ne sont-elles pas justement la carapace où il se cache pour échapper à la vie ?

Les biens de cette terre sont nécessaires, mais si nous cédons à la tentation de les accumuler sans fin, ils étouffent notre esprit. Nos possessions, en effet, tendent à nous posséder. C’est pourquoi Jésus dit qu’il est difficile à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. Celui qui ne manque de rien, souvent, croit qu’il a la belle vie alors qu’il passe à côté.

Les jeunes ne connaissent que trop cette tension et ce tiraillement. Ils aspirent à ce qui est vrai et bon : l’amour, l’aventure du don de soi à de grandes causes, la création d’un nouvel avenir pour la vie du monde. Mais ils sont aussi tentés par le pire et le mensonge : la drogue, la drague, la destruction de soi et de l’autre. Plus habituellement, ils leur arrive de se cacher parce qu’ils ont peur de la vie, et de fuir.

Aussi les parents se battent-ils avec leurs enfants. Je dis bien « avec eux » : ils luttent avec ce qui veut vivre en eux contre ce qui en eux les menace de mort. D’où les sentiments contradictoires des adolescents envers leurs géniteurs. Quant aux éducateurs, ils doivent aider les parents dans ce rôle irremplaçable de continuer à appeler à la vie ceux à qui ils l’ont donnée. Alors écoutons bien, enfants, parents et éducateurs, la leçon de l’évangile de l’homme riche. Ce n’est pas en donnant toujours davantage de choses aux jeunes gens qu’on leur ouvre un chemin de vie, mais en leur offrant de donner et de se donner eux-mêmes. Car là est leur désir profond, comme en tout homme : la joie d’aimer et d’être aimé, et non la tristesse de posséder et d’être possédé.

La parole de Dieu, comme une épée à deux tranchants, vient faire la vérité en nos cœurs, le discernement entre ce qui est un simple bon goût pour les choses de ce monde, et ce qui relève d’un attachement mortifère. La vraie sagesse se reconnaît d’abord dans le juste usage des biens matériels. Évidemment, ils sont nécessaires. Mais plus encore, ils sont motifs de gratitude car ils viennent de Dieu qui les a faits pour nous, par amour. D’ailleurs, sinon, pourquoi Jésus promettrait-il une abondance de biens en récompense à ceux qui ont tout laissé pour le suivre ? Tout ce qui est désirable est bon à recevoir et à partager avec action de grâce, pourvu que cela ne fasse pas de mal.

Mais la promesse de Jésus à ses Apôtres est aussi un avertissement supplémentaire. Toutes ces richesses accordées à ceux qui ont tout laissé font ressurgir les tentations qu’ils avaient surmontées en laissant tout. Elles relancent la nécessité du combat. Sachez-le, jeunes gens, le chemin d’une consécration particulière à Dieu n’est pas la cessation de la lutte avec soi au sujet des possessions, du pouvoir et de la gloire. En effet, quand Jésus ajoute à la liste des biens désirables « avec des persécutions », cet « avec » ne signifie pas seulement « en plus », mais aussi « qu’avec » ces biens reviendront nécessairement les persécutions intérieures que sont les tentations liées aux richesses.

Heureux qui connaît le bien suprême, préférable à tous les autres et capable de les compenser tous, le Christ lui-même, avec le Père et l’Esprit Saint toujours donnés avec lui. Non seulement lui seul en personne peut combler le désir de Vie qui habite les profondeurs de tout être humain, mais personne d’autre ne peut nous libérer du pire des enfermements qui menace chacun en son for intérieur : l’enfermement en soi-même.

C’est pourquoi, si le Seigneur m’en fait la grâce, non seulement je répondrai pour mon bonheur à l’appel qu’il me lance de tout laisser pour lui, mais encore je ne cesserai de lui demander : « Sauve-moi, toi qui m’appelles à la Vie ! »