Dimanche 21 octobre 2012 - 29e dimanche de l’année B - Journée mondiale de la Mission universelle de l’Église

À quoi faut-il s’oppposer ? À quel ministre en particulier ?

Isaïe 53,10-11- Psaume 32,4-5.18-20.22 - Hébreux 4,14-16 - Marc 10,35-45
dimanche 21 octobre 2012.
 

S’opposer à tout, en effet, est contre-productif comme on dit aujourd’hui. Plus efficace est de bien choisir sa cible. Au fait, vous savez sans doute d’où vient le mot ministre ? Du latin minor qui signifie « plus petit, moindre », par opposition à major, « plus grand ». Minor donne minister, « serviteur », d’abord pour désigner le prêtre d’un dieu. Et, certes, si c’est un dieu, il est plus grand, et son serviteur est moindre. Mais comme prêtre, ce serviteur dispose d’un grand pouvoir sur le peuple. Et si le dieu est favorable, en le servant, le prêtre sert aussi le peuple.

Ainsi, quand Jésus déclare à ses disciples : « celui qui veut devenir grand sera votre serviteur », il n’est pas révolutionnaire comme on l’imagine. Il s’appuie sur une intuition présente chez les païens, même si elle reste souvent purement formelle. « Parmi vous il ne doit pas en être ainsi » vise donc plutôt la mise en pratique du principe que le principe lui-même, comme c’est d’ailleurs le cas pour la morale en général. Le Christ ne vient pas pour condamner la nature humaine, mais pour la délivrer de ce qui l’empêche de se déployer dans sa bonté créaturale.

Prenons-y donc garde, mes amis. Les chrétiens sont parfois tentés de prendre les autres hommes de haut et de front, sûrs qu’il n’y a rien à en tirer et qu’il faut purement s’opposer à eux et à leurs mœurs. Or, cette attitude n’est pas chrétienne. Au contraire, nous devrions reconnaître avec humilité que bien des hommes ignorants du Christ sont de bons « ministres » pour leurs assujettis, exerçant leur pouvoir en esprit de service, tandis que certains ministres de l’Église ne semblent pas pratiquer pour eux-mêmes ce que leur bouche proclame au nom du Seigneur. Il en va de même pour les autres vertus qu’il vaut mieux prêcher par l’exemple. Les missionnaires l’ont toujours su, et ils le savent bien encore aujourd’hui, en cette journée de la Mission universelle de l’Église : aucune conversion n’est possible si l’Église ne « démontre » pas l’Évangile par l’amour dont elle vit en elle-même et hors d’elle-même.

Prêcher par l’exemple, c’est ce que fait Jésus de façon suprême en allant jusqu’à la croix : là est le sacrifice où il devient notre grand prêtre, le serviteur souffrant annoncé par Isaïe, le ministre de notre salut proclamé par la lettre aux Hébreux. Là se révèle aussi le seul adversaire auquel le Christ s’oppose absolument : le diable. Or, précisément, la suggestion du démon que Jésus doit repousser est la tentation de refuser la croix. C’est pourquoi Pierre, lorsqu’il veut s’opposer au Seigneur, se fait dire clairement : « Passe derrière moi, Satan ! » Il est Satan en tant qu’il « tente » le Christ de se dérober à la volonté du Père, il doit passer derrière en tant que disciple appelé à suivre son Seigneur sur ce chemin d’obéissance qui va jusqu’à la Passion et la mort.

Vous me direz peut-être que, cette fois, Le Christ s’oppose vraiment au mouvement de la nature incarné par Pierre, celui de la vie qui refuse la souffrance et la mort. Eh bien je ne le crois pas. Certes, la mort nous fait horreur - et à Jésus plus encore ! Bien sûr, nous devons combattre tout ce qui fait souffrir, éviter et atténuer la souffrance autant que possible - et Jésus mieux qu’aucun d’entre nous ne mène ce combat. Mais le cœur humain ne connaît-il pas l’amour qui veut se donner à l’aimé jusqu’à, si nécessaire, supporter la souffrance et même la perte de sa vie ? Ce mouvement se voit déjà chez les animaux supérieurs, combien plus s’observe-t-il chez l’homme au meilleur de sa capacité d’aimer.

C’est pourquoi, même quand il commande à chacun de prendre sa croix, Jésus ne s’oppose pas à la nature, il l’appelle à son meilleur, car il s’agit d’amour. En fait, Jésus ne s’oppose à rien. Ou plutôt, il ne s’oppose qu’à ce rien qu’est l’Adversaire, ce néant d’amour, le diable qui nous tourmente et veut nous perdre. Pour le combattre et le vaincre, il sait devoir prendre exactement le chemin que lui indique le Père : à lui, il ne s’oppose absolument pas, si grand soit le sacrifice demandé. Car il sait que, dans sa faiblesse - puisqu’il a pris sur lui nos faiblesses ! - , le Père ne manquera pas de lui prodiguer le secours au temps voulu. « Il a connu l’épreuve comme nous, et il n’a pas péché », dit la lettre aux Hébreux.

Voilà pourquoi il est appelé le Serviteur, et le grand prêtre, le ministre parfait et unique de notre salut. Nous n’avons à nous opposer qu’à ce qui nous détournerait de l’aimer et de le suivre. Heureux serons-nous en tout temps, même au temps de la Passion, si nous n’attendons que de lui le secours. Alors déjà, en sa présence au plus près de nous, nous goûterons la joie de sa résurrection.