Dimanche 28 octobre 2012 - 30e dimanche de l’année B

Hardi petit ! Courage ! Allez ! Vas-y !

Jérémie 31,7-9 - Psaume 125,1-6 - Hébreux 5,1-6 - Marc 10,46b-52
dimanche 28 octobre 2012.
 

Un enfant ne peut pas se lancer dans la vie sans la confiance de ses parents ou d’un plus grand. Malgré la force du désir de vivre qui l’habite, un nourrisson peut négliger de téter le sein de sa mère si elle-même est dépressive. Nous ne cessons jamais d’être des enfants, au fond, en la matière. Voyez comme les champions les plus dominateurs et motivés dépendent pourtant des encouragements qui leur sont prodigués par le public ou leur entourage. L’onde de choc de leur soutien rejoint en eux la volonté qui les anime et la décuple.

De Bartimée, on ne sait ni l’âge ni les causes de sa misère. Mais le voilà comme un enfant dont l’élan intérieur nécessite l’exhortation de ses « supporters » pour passer du cri vers Jésus au bondissement jusqu’à lui. Pourtant, ce cri-là n’est pas seulement l’expression inarticulée d’un puissant désir. Il signifie déjà une véritable confession de foi. En effet, la traduction liturgique rend par « Jésus de Nazareth » ce qui est littéralement en grec « Jésus le nazarénien ». Or, cet adjectif est porteur de la controverse sur l’identité de cet homme qui divise ses contemporains : est-il simplement « de Nazareth » (de Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ?), ou bien une sorte de « nazir », un saint homme consacré à Dieu depuis son enfance, ou même le « nètsèr », le rejeton promis par la prophétie d’Isaïe à la souche de Jessé, c’est-à-dire le Messie fils de David ? En choisissant d’interpeller Jésus par ce dernier terme, Bartimée se décide pour l’interprétation qui tend à la plénitude de la foi : il le reconnaît comme Christ.

Mais la connaissance intellectuelle, même bien intériorisée, ne suffit pas. Elle peut entraîner un grand désir, qui s’exprime chez Bartimée par son vibrant appel à l’aide, il faut encore qu’elle se transforme en une résolution de tout l’être et une implication de la vie entière. Or, cela n’arrive pas à notre aveugle mendiant sans le concours de ceux qui l’exhortent : « Allez, vas-y, il t’appelle ». Et ceux qui l’encouragent ainsi ne le font que grâce à Jésus qui s’arrête et leur commande : « Appelez-le ! » L’onde de choc qui atteint Bartimée en passant par les « supporters » vient clairement du Seigneur. De plus, le récit indique de bien des manières que l’origine de cette onde est précisément la croix du Christ. Le contexte : nous sommes ici dans la dernière ligne droite de la montée de Jésus à Jérusalem où il doit souffrir sa passion. La mention que Jésus « s’arrête » : lui qui ne cesse d’aller, du début de l’évangile de Marc jusqu’au terme de la croix, c’est bien là qu’il est « arrêté ». Le nom gréco araméen de Bartimée, « le fils de Timée », qui signifie « fils de l’honneur », ou « du prix » : le salut de cet aveugle mendiant est le résultat, le fruit, du sacrifice du Fils de l’homme venu « donner sa vie en rançon pour la multitude ». Et quand les assistants lui lancent : « Courage, lève-toi », le verbe « se lever » est celui même utilisé pour la résurrection de Jésus : c’est bien à la vie nouvelle du Ressuscité que Bartimée est appelé.

Cet évangile est donc une merveilleuse catéchèse baptismale : c’est toujours en aveugle et en mendiant que l’homme peut recevoir la grâce du salut dans la mort et la résurrection de Jésus. Mais, s’il s’adresse parfaitement aux catéchumènes, il convient tout autant à leurs accompagnateurs et à tous les fidèles. En effet, pour que les assistants passent de l’attitude d’obstacle (ils rabrouaient l’aveugle) à celle de serviteur de la grâce (courage, lève-toi), il leur faut entendre Jésus commander : « appelez-le ». Autrement dit, si nous sommes vraiment chrétiens, un mouvement intérieur doit nous pousser à annoncer aux autres le salut qui nous a été donné par grâce. Mais sans l’aide d’un encouragement extérieur, il reste sans force suffisante. Ainsi, de même que Bartimée doit entendre « Vas-y, il t’appelle » pour passer du cri assis au bondissement vers Jésus, de même devons-nous, pour passer de la ferveur immobile à l’enthousiasme évangélisateur, ouvrir notre cœur au commandement apostolique du Seigneur : « Allez, de toutes les nations faites des disciples ! »

N’ayons pas honte de notre faiblesse qui nécessite sans cesse l’aide extérieure pour que nous puissions répondre à notre vocation : Jésus lui-même, notre grand prêtre, a partagé cette faiblesse. Lui aussi a dû recevoir de bien des manières l’encouragement d’autres pour pouvoir répondre à sa vocation. Tout petit, il a bénéficié du regard aimant de sa mère, la Vierge Marie, pour accepter de bon cœur la vie qui lui était donnée. Et par la suite, bien souvent dans l’évangile, l’initiative de ceux qui viennent à lui le détermine à accomplir ce qu’ils demandent. L’onde de choc de la vie et de l’appel à la vie, qui n’est autre que l’Esprit Saint, vient de son Père pour lui et pour tous ceux qu’il est venu sauver.

Confiance, mes amis, Dieu nous appelle à vivre de sa vie et à la transmettre : « Va, petit troupeau, tu porteras du fruit ! »