Jeudi 1er novembre 2012 - La Toussaint

La belle vie

Apocalypse 7,2-4.9-14 - Psaume 23,1-6 - 1 Jean 3,1-3 - Matthieu 5,1-12a
jeudi 1er novembre 2012.
 

L’avez-vous connue, la belle vie, l’espérez-vous « un jour » ? Et comment la voyez-vous ? Selon le bon sens commun, il s’agit de n’avoir ni tracas ni soucis et d’être pourvu de tout ce qui fait plaisir.

Mais posez-vous plutôt la question : « Qu’est-ce qui rend ma vie belle ? » Et là, je gage que les grands-parents penseront à leurs petits-enfants, malgré la charge qui leur en revient peut-être un peu trop souvent. Et les parents à leurs enfants, malgré les tracas et les soucis. Et les conjoints justement aux heures où ils ont porté ensemble le manque et l’insécurité dans la force de leur amour.

Au fond, s’il nous arrive d’envier la vie tranquille et comblée de ceux qui en ont les moyens, nous ne la trouvons pas belle pour autant. Nous admirons plutôt les gens généreux et bienfaisants qui payent de leur personne pour le bien des autres. Ou encore, qui supportent de grandes épreuves avec courage et manifestent ainsi le trésor de vitalité et d’espérance de leur cœur.

Ce merveilleux évangile des Béatitudes rejoint finalement le meilleur sens commun de nos pensées. Trois groupes de trois peuvent s’y repérer. À la fin, les engagés et les acteurs : artisans de paix, persécutés pour la justice ou pour le Christ. À l’autre bout, au début, les personnes éprouvées ou vulnérables : pauvres, faibles ou affligés. Entre les deux, ceux qui brûlent d’amour vrai : passion de la justice, de la miséricorde ou de la vérité.

Mais la grande différence de l’Évangile, c’est l’espérance : chaque béatitude est assortie d’une promesse. Ce qui fait la beauté de la vie maintenant est cela même que Dieu établit déjà dans la vie éternelle par la résurrection de son Fils. De cette perspective vient aussi la joie qui traverse en rayon de lumière les masses ténébreuses de la souffrance, des peines et des angoisses. Le saint curé d’Ars vécut ainsi jusqu’au bout dans le tourment de sa conscience qui lui reprochait fautes et péchés. Il savait pourtant le bien immense que le Seigneur accomplissait par ses mains, et il s’en réjouissait déjà au milieu de son quotidien si douloureux qu’il voulut plus d’une fois s’enfuir de son village.

Alors, profitons-en, frères et soeurs bien-aimés : laissons la lumière de cet évangile éclairer notre propre vie et celle de nos proches pour y discerner ce qui la rend belle. Laissons apparaître ces veines précieuses de notre existence, enfouies dans la gangue du péché. La parole de Jésus la perce de son pardon, cette gangue, et ses mots appellent ces pierres d’attente à resplendir de sa grâce comme le chœur bien accordé répond au chant du soliste.

N’y a-t-il pas en nous la soif de la justice ? Notre âme n’aspire-t-elle pas à la miséricorde pour ceux que nous aimons ? Ne demeure-t-il pas au fond de notre cœur un petit coin de prière d’enfant, un pur désir de voir le Père ? Ces mouvements bons de notre être semés en nous par notre Créateur ne viennent-ils pas parfois au jour dans des actes ou des paroles qui les mettent courageusement en pratique ? Et si notre lot, souvent, reste la pauvreté du coeur, l’impuissance à faire le bien que nous voudrions et l’amertume de cet échec, ne pouvons-nous entendre les paroles de consolation et d’encouragement du Seigneur comme un appel à relever la tête et à relancer notre course ? Comme le disait récemment le pape Benoît XVI, le péché et la sainteté s’entrelacent mystérieusement. Ne laissons pas le péché ligoter la sainteté en nous, offrons-nous à la grâce qui veut libérer nos élans vers le bien.

Tous les saints du Bon Dieu, la Vierge Marie en tête, nous encouragent : rendons grâce pour notre vie que le Seigneur veut sanctifier de plus belle et laissons grandir en nous la foi et la joie dans l’espérance de ce qui nous attend au ciel. La belle vie, c’est celle que n’arrête pas la mort, mais que sa traversée rend plus belle encore.