Dimanche 18 novembre 2012 - 33e dimanche de l’année B

Je préfère ne même pas y penser - Marc 13,24-32

Daniel 12,1-3 - Psaume 15,5.8-10.1b.11 - Hébreux 10,11-14.18 - Marc 13,24-32
lundi 19 novembre 2012.
 

Quand la catastrophe qui s’annonce dépasse notre capacité d’en supporter l’idée, plutôt que de l’anticiper en pensée pour nous y préparer, nous préférons nous cacher et nous enfouir la tête dans le sable. Cette stratégie de fuite va parfois jusqu’au déni de la réalité, celle de la menace, voire celle de la catastrophe elle-même lorsqu’elle est arrivée.

Le mal extrême est terrifiant, et donc aussi fascinant, au point que nous pouvons, plutôt que de le fuir, choisir de nous y précipiter en provoquant ce que nous redoutons. Pire encore, certains se laissent entraîner par le mal jusqu’à s’en faire les complices ou les auteurs, comme si prendre le parti du diable valait mieux que de subir ses méfaits.

Ces diverses formes de notre défaite montrent, s’il était nécessaire, que le mal est plus fort que nous. Mais le Christ est plus fort que lui. C’est pourquoi il peut nous parler aussi clairement aujourd’hui : oui, il y aura des détresses jusqu’à la fin du monde, aucune génération n’y échappera, et elles ne seront pas moins terribles que celles du passé. Mais vous pouvez les regarder en face.

L’image du soleil qui s’obscurcira, de la lune qui « ne donnera plus son éclat », des étoiles qui tomberont et des puissances qui seront ébranlées fait référence à la création. Elle évoque aussi le Psaume 81 qui dénonce l’injustice faite aux pauvres et aux faibles : « les fondements de la terre en sont ébranlés ». Le péché tend à détruire la création parce qu’il est l’œuvre du diable, ennemi de Dieu et des hommes, attaché à tout anéantir. Or, c’est justement en « s’anéantissant lui-même », et non par une violence contraire, que le Fils de Dieu remporte la victoire sur le mal.

Car le figuier, dont on peut se demander ce qu’il vient faire là après l’évocation des détresses, c’est le Christ en croix : ses mains et ses pieds, et la chair de son côté, se sont faits tendres aux clous et à la lance. À ce moment précis, la résurrection est toute proche, la pleine lumière de la révélation, « l’été » resplendissant qui apporte ses fruits : le don de l’Esprit et l’Évangile proclamé à toutes les nations. Le figuier, en effet, est la Bible, ces paroles consignées dans l’Écriture « qui ne passeront pas » car elles sont l’expression même du Verbe éternel.

La Parole qui contient toutes les autres est celle, muette, de la croix : l’unique sacrifice du grand prêtre éternel demeure pour toujours et atteint tous les temps de la création jusqu’à sa consommation. Lorsque nous célébrons l’Eucharistie, comme chaque fois que nous prions de tout notre cœur, nous entrons dans le temps de Dieu par la porte de la croix. Or, ce temps ne connaît pas de déclin, il ne passe pas comme la vie terrestre et toute chose au monde.

Ce monde aura une fin. Le seigneur nous dit que personne n’en connaît le jour ni l’heure, sinon le Père. Ajoutons que nul ne peut se la représenter au-delà des images traditionnelles de catastrophes ou de rassemblement eschatologique. La seule analogie nette est avec la mort, celle qui attend chacun de nous : la création tout entière passera par la destruction pour donner lieu à la création nouvelle. Les psychologues nous disent que notre mort est tellement inconcevable que nous ne pouvons la rêver : dans nos songes, elle ne n’arrive jamais tout à fait. Et si certains parviennent à la vivre sans angoisse ni révolte, ce n’est que par une forme quelconque du déni que nous évoquions en commençant, à moins que ce ne soit par l’effet de la grâce qui nous donne parfaite confiance en la parole du Christ.

Devant une perspective insupportable, en effet, il n’est pour nous d’autre source de paix ou de courage que la croix de Jésus. Mais cette source est sûre, car la Parole ne passera pas. C’est pourquoi, quand les disciples lui demandent « quand » ces choses arriveront, le Seigneur leur répond « où » : « là où il y a un corps, là s’assembleront les vautours ». Ce corps est le sien, mort sur la croix sous les insultes et les quolibets des oiseaux de mauvais augure, mais ensuite ressuscité et devenu la maison d’éternité de tous les enfants de Dieu.

Si des catastrophes se profilent à notre horizon, mes amis, luttons de toutes nos forces pour les éviter : avec Dieu, nous devons mettre une limite au mal. Mais s’il advient que nous devions les subir, sachons le faire en communion avec le Seigneur en sa Passion. La violence ne peut mettre fin à la violence, ni le mensonge ou la manipulation réduire le menteur et le manipulateur. Mais la participation au sacrifice du Christ nous faits vainqueurs en lui du mal et de la mort.

Ne préférons donc plus, frères, comme les hommes qui n’ont pas d’espérance, ne même pas y penser. Encore moins devons-nous nous laisser entraîner par le mal à le provoquer ou à l’épouser. Tournons-nous plutôt vers notre grand prêtre qui se tient à chaque instant à notre porte pour nous faire entrer dans son éternité bienheureuse.