Dimanche 16 décembre 2012 - 3e dimanche de l’Avent, Année C

Juste le temps de se préparer (Luc 3,10-18)

Sophonie 3,14-18a - Cantique Isaïe 12,2.4-6 - Philippiens 4,4-7 - Luc 3,10-18
dimanche 16 décembre 2012.
 

Juste le temps de se préparer, c’est l’idéal.

On va, on vient, on ouvre, on ferme, on prend, on pose, on repose, on lit, on écrit, on relit, on appelle, on rappelle, on balise, on mobilise, soigneusement, posément, attentivement. On se projette en pensée dans le temps à venir pour mieux anticiper ses nécessités, on se plaît à se voir prêt à toute éventualité.

Quand on n’a pas le temps, c’est moins bien. On s’agite, on se dépêche, on va trop vite, on fait des bêtises. On a peur d’oublier quelque chose, surtout le plus important. Bientôt c’est la panique et la catastrophe s’annonce. Pourtant, il y a pire : c’est de n’avoir rien à préparer. Quand on n’attend rien, à quoi bon n’être pas pressé ? Il n’y a plus qu’à tuer le temps. Boire pour oublier qu’on existe, qu’y a-t-il de plus triste ?

Ainsi, cet homme qui s’installe dans la rue refuse la solution qu’on lui propose : ce serait simplement être mis de côté, maintenu à survivre, mais pour quoi ? Il préfère être là pour nous voir passer, subir des conditions de vie qui nous épouvantent mais pouvoir rêver que lui arrive par miracle ce qu’il déclare désirer : un logement, un travail et une femme qui l’aime.

Sa présence est pour nous un malaise, un appel et une provocation. Surtout pour ceux d’entre nous qui ont tout ce dont il rêve, et que cela n’empêche pas de passer chaque jour dans l’inquiétude et l’insatisfaction. Et qui se disent : déjà, j’ai tellement de mal à vivre avec ce que ce malheureux recevrait comme un bonheur ineffable, que serait-ce si je devais tomber dans son état ! Quelle angoisse.

Mais il y a encore pire ! Car certains sont pourvus de ce dont tout le monde rêve, apparemment, puisque ces objets brillants s’étalent avec impudeur à pleines pages de nos magazines sur papier glacé, ces choses inutiles qui ne seraient sans doute pas si désirables si elles ne coûtaient si cher. Certains, donc, en ont déjà tellement qu’ils ne savent plus où les mettre. Et voilà qu’ils prennent la fuite pour ne pas avoir à partager ! C’est stupéfiant. Ces derniers sont peut-être les plus malheureux : sous leur sourire obligé de comblés de la vie, ils n’ont même plus rien à en attendre. Quelle pitié !

Sans l’espérance de la venue de celui qui naît dans la crèche, que ce monde est triste malgré sa beauté et ses plaisirs. « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons » dit l’Apôtre en prêtant sa voix à l’humanité sans espérance. Si nous ne mettons nos espoirs qu’en cette vie, nous sommes les plus malheureux des hommes, ajoute-t-il. Oui, frères, sans la petite lumière de l’Avent qui seule peut réchauffer le lieu le plus profond de nos âmes, cette vie est triste à mourir.

Alors, quand on arrive à mon âge, qu’on a eu la grâce et le bonheur de recevoir cette lumière au berceau, et même avant, puis de la garder tout le temps comme de loin le bien le plus précieux du monde, et qu’on voit cette flamme trembler et vaciller, presque sur le point de s’éteindre autour de nous, comment ne pas avoir le cœur glacé ?

Ne le savons-nous pas : ceux qui portent l’attente du Seigneur savent mieux que les autres le prix de cette vie. C’est parce qu’elle vaut la peine, parce qu’en elle se prépare le monde nouveau où sera recueilli tout l’amour de l’histoire, qu’ils la vivent et la partagent de si grand cœur. Qu’on y prenne garde : ce que l’on refuse de partager ne vaut pas qu’on s’y attache ! Mais, si le monde qui nous est donné vaut d’être aimé, c’est parce que l’enfant de la crèche y vient faire sa demeure : à cause de lui, ne faisons plus de mal et partageons en frères tout ce qui est bon. C’est ainsi seulement que nous pourrons témoigner en vérité de l’espérance venue en l’hiver de notre humanité perdue.

Allons, frères, nous avons juste le temps de nous préparer à Noël ! De laisser le Seigneur lui-même ranimer notre foi en lui, cette foi qui porte l’espérance du monde. Nous l’avons reçue avec action de grâce, partageons-la avec générosité. En attendant ainsi le Christ, nous connaissons déjà la joie de sa venue, cette joie plus forte que toute la tristesse du monde et qui remplit nos cœurs en ce jour pour briller sur tous les enfants de la terre.