Nuit du lundi 24 au mardi 25 décembre 2012 - Nuit de Noël

Il ne s’appelait pas Joseph, elle ne s’appelait pas Marie. Mais c’était par une nuit tout aussi sombre.

Isaïe 9,1-6 - Psaume 95,1-3.11-13 - Tite 2,11-14 - Luc 2,1-14
lundi 24 décembre 2012.
 

Eux aussi pouvaient paraître fous aux yeux des sages de ce monde, mais ils ne l’étaient pas : ils étaient portés par l’espérance. Leur pays était vaincu, occupé, humilié. Officier d’une armée défaite, il devait partir bientôt pour une mission incertaine. Tous deux se connaissaient peu, ne s’étaient rapprochés que récemment, et voilà qu’ils décidaient de se marier, sachant qu’ils seraient séparés moins d’un mois après leurs noces, sans savoir quand ils pourraient se retrouver, ni même être assurés que ce jour viendrait. C’était en décembre 1940, dans une petite ville du Béarn située en bordure de la ligne de démarcation. Là naquit l’année suivante un petit garçon qui ne devait connaître son père que bien plus tard, à un âge où il ne put lui dire, malgré toutes les recommandations, que « Bonjour Monsieur » avec le plus grand sérieux. Mais la famille était enfin réunie, et le resta jusqu’au jour où la bonne mort sépara les époux, au terme de longues années d’un grand amour fécond, et non sans la ferme espérance de se retrouver bientôt dans le Seigneur.

Vraiment, les parieurs n’auraient pas misé un sou sur eux quand ils prirent leur décision stupéfiante. Mais ils la prirent en toute lucidité, mettant leur confiance en Dieu, et ils n’ont pas été déçus. J’ajoute que, sinon, je ne serais pas là pour le raconter, car c’étaient mes futurs parents, et leur premier petit garçon mon aîné de neuf ans.

Cette histoire n’est qu’une entre mille, entre le milliard de celles qui se rattachent directement à l’événement que nous célébrons cette nuit. Tous leurs héros et héroïnes rejoignent Joseph et Marie dans leur action de grâce émerveillée devant l’enfant qui nous est donné à aimer. Je ne sais pas chacune de vos histoires, mes chers amis, mais là où la vie est accueillie et assumée dans la foi, là est à l’œuvre mystérieusement la grâce de Noël. Voyez Joseph et Marie : ils ont librement décidé de se marier, de consentir au mariage l’un avec l’autre, dans des conditions invraisemblables. Ils ont accueilli l’enfant que Dieu leur a donné. Tout enfant semble une responsabilité trop grande pour un homme et une femme, avec leurs faiblesses et leur fragilité. Mais que dire, alors, d’un nouveau-né qui est le propre Fils de Dieu !

Cet enfant a librement accepté la vie humaine, il a consenti à en assumer, justement, la faiblesse et la fragilité. Il est allé jusqu’à subir la mort de la croix comme un don libre de soi, un sacrifice parfait de sa personne à son Père du ciel par amour pour lui et pour ses frères de la terre. C’est pourquoi Dieu l’a ressuscité en sorte que, vraiment, il est là parmi nous cette nuit, vivant dans tous ses états, notamment en celui de petit enfant, de nouveau-né vagissant, lui, la Parole éternelle du Dieu tout-puissant.

Que cet enfant soit Dieu, c’est ce que la foi atteste, mais c’est aussi ce que notre espérance en acte confirme : qu’est-ce qui nous donne tant d’assurance pour accepter et assumer l’aventure de la vie, en particulier celle du mariage et de la famille, celle de s’unir, homme et femme, pour s’aimer et aimer ses enfants, sinon le don prodigieux de l’incarnation du Fils de Dieu ?

Oui, mes amis, même ceux qui ne le savent pas rendent témoignage à ce mystère quand ils se marient, et quand ils accueillent et éduquent leurs enfants. Comme aussi tous ceux qui relèvent le défi de la condition humaine par l’amour et l’espérance invincible de l’amour. Ils témoignent ainsi du merveilleux dessein de Dieu pour notre humanité, dessein qu’il a conçu depuis le commencement et dont il scelle l’accomplissement cette nuit en donnant l’enfant Jésus à Joseph et Marie : à son père selon la loi et à la Vierge bénie, la mère de Dieu, qui veillent sur lui et veilleront sur nous, sur chacun des enfants de la terre, jusqu’au bout de notre aventure au monde.