Dimanche 30 décembre 2012 - La Sainte Famille - Année C

Vous voulez vous affirmer ?

Samuel 1,20-22.24-28 - Psaume 83,3-6.9-10 - 1 Jean 3,1-2.21-24 - Luc 2,41-52
dimanche 30 décembre 2012.
 

« Il a besoin de s’affirmer » dit-on de quelqu’un pour l’excuser ou pour s’en moquer, en tout cas non sans quelque condescendance. En effet, un adolescent ou un débutant dans une fonction d’autorité, par exemple, pourra tenter un coup d’éclat sans autre motif que de marquer les esprits. Ne serait-ce pas le cas de Jésus qui échappe à ses parents aujourd’hui ?

Au contraire, nous dit Benoît XVI dans l’épilogue de son dernier livre, L’enfance de Jésus, ce qui apparaît comme une désobéissance ou une liberté intempestive à l’égard de ses parents est en fait l’expression de son obéissance filiale : « Il est dans le Temple non comme rebelle à ses parents, mais précisément comme celui qui obéit, de la même obéissance qui le conduira à la croix et à la résurrection ». Et, commentant la finale du passage, il conclut : « Après le moment où il a fait resplendir l’obéissance la plus grande dans laquelle il vit, Jésus revient à la situation normale de sa famille - dans l’humilité d’une vie simple et dans l’obéissance à l’égard de ses parents terrestres. »

La clef de cette interprétation est le verbe devoir dans l’expression de Jésus : « C’est chez mon Père que je dois être. » Benoît XVI explique : « Le fils, l’enfant, doit être chez son père. Le mot grec dei que Luc utilise ici, revient dans les Évangiles là où est présentée la disposition de la volonté de Dieu à laquelle Jésus est soumis. Il doit beaucoup souffrir, être rejeté, être tué, ressusciter, comme il le dit lui-même aux disciples. » C’est donc déjà ce devoir que Jésus évoque ici au début de l’histoire.

Il demeure néanmoins que ce récit suggère une « émancipation », une émergence de la liberté de l’adolescent vis-à-vis de ses parents. Mais quelle « liberté » ? D’emblée, Benoît XVI précise : « En tant que Fils, Jésus apporte une nouvelle liberté, cependant non celle de celui qui est sans aucun lien, mais la liberté de celui qui est totalement uni à la volonté du Père et qui aide les hommes à parvenir à la liberté de l’union intime avec Dieu. »

En cette fête de la Sainte Famille, chers amis, je voudrais prolonger avec vous cette méditation sur la liberté comme communion. Et tout d’abord en ce qui concerne la question de la fidélité dans le mariage. À première vue, il s’agit évidemment d’une limite, d’une contrainte, d’une servitude : interdiction d’aller voir ailleurs ! Mais si les deux époux reçoivent ensemble ce « devoir » comme un don de leur Père des cieux, s’ils le gardent comme un cadeau très précieux que leur fait celui qui est fidèle éternellement, alors ils peuvent le vivre en communion avec lui : leur propre union intime s’inscrit dans l’union intime avec Dieu et s’en enrichit. Du même coup, ils deviennent libres de ne pas céder aux tentations de ce monde, ils en sont libérés, car les délices que promettent les sirènes de l’adultère leur apparaissent à l’évidence empoisonnées par l’altération du bien si précieux de l’union avec Dieu qui donne tant de prix à leur union conjugale.

Ce que je dis ici, c’est l’expérience dont témoignent les couples fidèles sans qu’ils aient besoin d’en parler. En particulier, leurs enfants ne peuvent s’y tromper, eux qui, depuis l’âge le plus tendre, apprécient l’amour de leurs parents précisément dans la mesure où il est fidèle. Même les couples non chrétiens qui vivent ainsi leur mariage y goûtent l’union intime avec Dieu puisque le mariage est une disposition originelle du Créateur, et donc leurs enfants aussi. Telle est la foi de l’Église qui professe de plus le caractère suprême du mariage quand il unit les baptisés, car alors il s’agit d’un sacrement de l’Alliance nouvelle et éternelle en Jésus Christ mort et ressuscité pour le salut de tous les hommes.

Jésus lui-même, d’ailleurs, ne s’est pas marié. Ce n’était pas pour échapper au mariage, puisqu’il a accepté librement dans son incarnation de se soumettre aux liens naturels de la famille. Il aurait pu aller jusqu’à la situation normale de l’homme adulte qui est de « quitter son père et sa mère » pour s’unir à une femme et fonder avec elle sa propre famille. Bien élevé comme il le fut à n’en pas douter, ce n’est sûrement pas un besoin adolescent attardé de s’affirmer en refusant les contraintes du lien social qui l’en a dissuadé. Une chose est certaine, s’il a fait ce choix, c’est qu’il le devait : il l’a reçu comme un commandement de son Père, et donc comme un aspect de l’union intime avec lui dans laquelle il a vécu toute son existence humaine comme une vie reçue et donnée.

Si Jésus a ainsi donné sa vie, c’était afin que nous ne nous perdions pas dans l’acharnement à nous affirmer nous-mêmes, mais que nous trouvions plutôt notre bonheur et notre liberté dans son obéissance parfaite et vraiment divine.