Dimanche 6 janvier 2013 - Épiphanie du Seigneur

Plan de bataille, « plan com » ou plan B ? On dirait bien que le plan de Dieu est un plan B.

Isaïe 60,1-6 - Psaume 71,1-2.7-8.10-13 - Éphésiens 3,2-3a.5-6 - Matthieu 2,1-12
dimanche 6 janvier 2013.
 

Le « mystère du Christ » dont parle saint Paul, « C’est que les païens sont associés au même héritage » qu’Israël. Autrement dit, depuis le commencement Dieu avait prévu de choisir un peuple parmi tous pour établir son alliance avec lui afin que, le jour venu, tous les autres puissent y entrer à leur tour. Seulement, il semble que ce plan ait échoué puisque la nation première élue n’a pas reconnu le Christ.

L’évangile d’aujourd’hui paraît nous le confirmer. Le plus étonnant de notre passage est que tout Jérusalem soit pris d’inquiétude à la venue des mages : au lieu d’aller adorer les premiers, ceux qui savent où est né le roi des Juifs laissent les païens les précéder et se gardent de les suivre. Dans la lettre aux Romains qui récapitule l’affaire, saint Paul explique ainsi le drame de l’évangile : c’est le refus des Juifs qui a permis aux païens de découvrir le Christ et de croire en lui. Mais n’est-ce pas là une façon de faire contre mauvaise fortune bon cœur ?

Il faut d’autant plus s’étonner de l’aveuglement du peuple choisi que le « plan communication » de Dieu était parfaitement monté. La première lecture, si consonante avec l’épisode de la venue des mages à la crèche, nous montre à quel point le prophète Isaïe avait annoncé l’événement. De même, en évoquant un passage du livre des Nombres par la mention de « l’astre » annonciateur du roi à venir et en citant le livre de Michée au sujet de Bethléem, l’évangile confirme que toute l’Écriture de la Première alliance prophétisait ce qui s’est accompli en Jésus Christ.

Toutefois, saint Paul précise que Dieu « ne l’avait pas fait connaître aux hommes des générations passées comme il l’a révélé maintenant par l’Esprit à ses saints Apôtres et à ses prophètes ». Ce qui était jusqu’alors obscur et voilé apparaît désormais en pleine lumière : c’est le mystère de l’Épiphanie que nous célébrons aujourd’hui. Le Nouveau Testament affirme et montre clairement que Jésus est le Messie promis à Israël « selon les Écritures », c’est-à-dire l’Ancien Testament, le propre Fils de Dieu sauveur de tous les hommes. Pourquoi donc, alors, décidément, le refus et l’aveuglement d’Israël à la venue de celui qu’il attendait ? C’est que le dessein de Dieu était aussi un plan de bataille. Et dans ce combat inouï, les morts sont du camp qui remporte la victoire.

Nous le voyons dès maintenant dans l’épisode qu’évoque la finale de notre passage : l’inquiétude et la colère d’Hérode vont se tourner contre les enfants nés depuis deux ans. Le massacre des saints Innocents prélude à la mort du Juste qui en révèle le sens. Sur la croix, Jésus dira : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » En effet, les hommes qui font le mal sont l’instrument plus ou moins aveugle du Mauvais, lui qui a le pouvoir de la mort et qui est menteur et homicide depuis le début. « Nous ne combattons pas contre des forces humaines », dit encore saint Paul. Le Satan, l’adversaire dans la bataille de Dieu, c’est celui qui atteint son but suprême dans le supplice du Fils unique. Mais la puissance du Saint renverse sa défaite en victoire, car, là où les hommes ne voient qu’un malheureux châtié, se dresse en réalité celui qui offre sa vie librement pour la vie de tous. Ainsi, même ceux qui refusent la volonté de Dieu l’accomplissent malgré eux.

C’est pourquoi, non, le plan de Dieu n’est pas un plan B. Ses chemins sont droits et ses décisions irrévocables, bien au-dessus de nos chemins et des menées de nos volontés. Dans son refus, le peuple bien-aimé peut se croire abandonné, mais celui qui dit sur la croix « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » s’offre d’abord pour lui. Dans les ténèbres de son égarement, il a part aux souffrances du Christ à l’heure des ténèbres, et ses tourments sont accueillis par Dieu avec faveur.

Que ferons-nous donc, frères bien-aimés, nous qui recevons la grâce de la pleine lumière ?

Offrons à Dieu une foi pure, docile à la révélation intégrale du mystère consigné dans l’Écriture et gardé fermement par l’Église, l’Épouse fidèle : ce sera notre cadeau d’or. Célébrons ce mystère dans la joie, ici même et dans toute notre vie priante sanctifiée par la miséricorde du Dieu tout-aimant : ce sera notre cadeau d’encens. Enfin, courons avec courage au combat spirituel, résistant au péché par la puissance de l’Esprit et supportant avec patience les épreuves qu’il nous sera donné de subir : ce sera notre cadeau de myrrhe, cet aromate qu’on utilisait pour embaumer les morts et qui évoque donc la passion du Christ.

C’est ainsi que nous serons fidèles à notre vocation de responsables du plan de Dieu, rayonnant sur le monde l’annonce et l’effet de son amour tout-puissant en faveur des hommes qui allaient dans les ténèbres. Ce sera pour la joie des anges dans le ciel et pour notre bonheur éternel.