Dimanche 13 janvier 2013 - Baptême du Seigneur Année C - « Fête des baptisés » - Baptême de deux petits enfants : Olivier et Ély

Cavalier, à cheval !

Isaïe 40,1-5.9-11 - Psaume 103,1-4.24.25.27-30 - Tite 2,11-14 et 3,4-7 - Luc 3,15-16.21-22
dimanche 13 janvier 2013.
 

Voici votre ordre de mission. Le cavalier l’attrape, salue et file au triple galop. Au bout d’un moment, il s’arrête et se demande : au fait, où dois-je aller ?

Cette histoire était pour moquer gentiment le tempérament de cette arme d’élite. Mais beaucoup de jeunes aujourd’hui se retrouvent un jour ou l’autre dans une situation semblable : ils s’arrêtent et se demandent : au fait, où vais-je ? Plus rien n’est évident : ni le métier, ni le lieu de résidence, ni l’état de vie. Arrivés à l’âge adulte, beaucoup de garçons et de filles ont fait bien du chemin dans une direction ou dans une autre, sans l’avoir vraiment choisi ni assumé. Alors ils s’angoissent et vont à pas de plus en plus lents, comme à reculons, dans une vie où ils ne se retrouvent pas.

Chacun, en effet, est le cavalier de lui-même, il lui faut chevaucher sa propre existence : ce qu’il est, ce qu’il a reçu de ses parents, de ses éducateurs, de ses fréquentations, de la société en général, des forces et des faiblesses rassemblées dans une personnalité, la sienne, qu’il doit conduire librement avec lucidité. Mais quel désarroi si l’on n’a pas de but ! Pour certains, la seule nécessité de survivre occupe toutes leurs énergies. Au moins n’ont-ils pas de problèmes existentiels, mais on ne peut souhaiter ce sort à personne. Au contraire, ce qui est désirable est de trouver un sens à sa vie, une belle raison de la recevoir et de la donner.

Pour Jésus, aujourd’hui, ce sens se révèle en pleine lumière. Il est celui que le Père appelle à donner sa vie pour que les hommes n’aillent plus à la mort par le chemin du péché. Tel est son ordre de mission. Le baptême dans l’eau suivi de la venue sur lui de l’Esprit Saint signifie ce qu’il accomplira par sa mort sur la croix et sa résurrection, d’où découleront le don de l’Esprit à la Pentecôte et la mission évangélique. Bien sûr, le rôle de Jésus est singulier : il est l’unique Sauveur de tous les hommes. Mais, en recevant et en accomplissant sa vocation, il ne réalise pas seulement notre libération du péché, il nous indique aussi le sens de notre propre vie rachetée : donner sa propre vie pour ceux qu’on aime.

Or, ce sens est déjà inscrit dans notre humanité par Dieu dès sa création : il a fait l’homme homme et femme pour qu’ils s’aiment et donnent la vie ensemble. Le sens de la vie de l’homme, créé homme et femme, ce sont les enfants. C’est vrai aussi pour ceux qui ne procréent pas eux-mêmes, qui n’engendrent pas leurs propres enfants. Permettez-moi de dire que j’en suis témoin, avec beaucoup d’autres. Qu’on soit parent ou non, si l’on reçoit sa vie de Dieu avec action de grâce, tout ce qu’on fait, on le fait pour les enfants. Homme, si les enfants ne donnent pas un sens à ta vie, où le trouveras-tu ? Si tu n’amasses qu’en vue de toi-même, que te restera-t-il, sinon de manger à en crever ?

Mais il y aurait pire que de ne pas trouver de sens : ce serait de le renverser. Si les parents sont d’abord pour les enfants, alors les enfants le leur rendront bien en acceptant de bon cœur la vie reçue d’eux afin de la transmettre à leur tour. Ainsi, de génération en génération, notre humanité se tourne vers l’avenir, incarnant une espérance que vient confirmer et remplir le Fils de Dieu donné et ressuscité. Tel est déjà le signe de l’enfant de la crèche. Il est là aussi pour que chacun puisse se dire, même s’il n’est pas parent lui-même : cet enfant m’est confié, à moi aussi, pour que je lui donne ma vie, pour le faire grandir. Et je recevrai de lui en retour un sens à ma vie. Mais une société qui renverserait ce mouvement de don ouvert sur l’avenir, qui se mettrait à considérer l’enfant d’abord comme la satisfaction du désir de chacun d’en avoir, s’installerait dans le plus mortel des égoïsmes. « Qui veut garder sa vie pour soi la perdra, qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera », dit Jésus : voilà la bonne nouvelle du baptême, mes amis.

Olivier, Ély : à cheval ! Ou plutôt : en vie ! La vie que vous ont donnée vos parents reçoit d’eux aussi le sens qu’ils vous indiquent en la servant de tout leur cœur. Ils vous élèvent, ils vous éduquent en vous donnant le meilleur d’eux-mêmes, en vous donnant eux-mêmes, quitte à diminuer pour que vous grandissiez. Ils le font dans la foi au Fils de Dieu qui s’est anéanti pour donner au monde la vie, et Dieu l’a ressuscité dans la gloire. Oui, Olivier, Ély, croyez-le, c’est parti pour la gloire.