Dimanche 3 février 2013 - 4e Dimanche Année C

Était-ce une maladresse ?

Jérémie 1,4-5.17-19 - Psaume 70,5-8.15.17.19 - 1 Corinthiens 12,31-13,13 - Luc 4,21-30
dimanche 3 février 2013.
 

Dans le contexte du projet de loi sur le mariage, la question s’est posée au sujet d’une initiative dans l’enseignement catholique, et plus encore à propos de diverses interventions gouvernementales qui tendent à imposer à marche forcée une profonde évolution de société comme si c’était une évidence incontestable. Mais il est probable que, justifiés ou non, ces actes ont été soigneusement calculés pour produire leurs effets escomptés. Dans ce cas, il ne s’agit pas de maladresses, mais de coups plus ou moins réussis.

Et la « sortie » de Jésus à la synagogue de Nazareth, est-ce une maladresse ? On pourrait estimer préférable de le penser plutôt que d’imputer au Seigneur une provocation délibérée visant à produire chez ses familiers une réaction d’hostilité allant jusqu’à la volonté de meurtre. En effet, un tel « coup » ne conviendrait guère au Christ, lui qui réalise certainement de façon parfaite en sa personne le programme de la charité chanté par saint Paul aujourd’hui : « L’amour prend patience, l’amour ne se réjouit pas de ce qui est mal. »

Pour comprendre ce passage, il faut tenir compte du projet littéraire de l’auteur : Luc nous donne ici à entendre que Jésus n’a pas caché à ses frères juifs la vérité au sujet de sa mission, avec ce qu’elle pouvait avoir de décevant pour eux. Ce que l’évangéliste résume dans l’épisode de la synagogue de Nazareth, c’est que le Christ, au fil du temps, l’a courageusement et clairement annoncée, non pour provoquer le dépit et l’hostilité, mais bien que le risque fût grand de rencontrer une telle réaction. C’est par amour pour eux qu’il a ainsi osé la vérité plutôt que d’essayer d’avancer masqué. « L’amour trouve sa joie dans ce qui est vrai. »

Mais quelle est cette vérité exactement ? C’est que le Messie de Dieu ne vient pas procurer à son peuple toutes les satisfactions du monde, de préférence aux autres hommes. Lui-même montre le chemin en ne refusant ni la souffrance ni la mort, mais en les acceptant pour l’amour de tous. « L’amour supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. »

Comprenons, mes frères, que ce programme est pour nous aussi, bien sûr. Dans la douleur de l’épreuve, nous allons jusqu’à reprocher à Dieu de ne pas s’occuper des siens comme il le devrait. Saint Thérèse d’Avila elle-même ne dit-elle pas un jour à son « bon capitaine » : « Si c’est ainsi que vous traitez vos amis, il ne faut pas vous étonner d’en compter si peu ! » Mais, comme elle goûtait le bonheur d’être comptée justement au nombre des amis du Seigneur, ce mouvement d’humeur passager ne l’empêcha pas de continuer à le suivre de nuit comme de jour.

À nous de prouver, frères bien-aimés, que Dieu ne s’est pas montré maladroit en choisissant de nous donner ainsi le salut par son Fils Jésus Christ : suivons-le avec constance, et nous ne perdrons pas notre récompense. Pour défendre l’institution merveilleuse et divine du mariage, comme pour tout témoignage que nous devrons rendre à la vérité, ne craignons pas tant les maladresses que le silence qui nous rendrait complices du mauvais coup qui se prépare.

« Ne tremble pas devant eux, dit le Seigneur, sinon c’est moi qui te ferai trembler devant eux. » Tenons fermes dans la vérité au sujet de l’amour révélé par le Christ et, le jour où nous le verrons face à face, il n’aura pas à rougir de nous.