Dimanche 10 février 2013 - 5e Dimanche Année C - Entrée en catéchuménat d’adultes

On ne trouve que ce qu’on cherche

Isaïe 6,1-2a.3-8 - Psaume 137,1-5.7-8 - 1 Corinthiens 15,1-11 - Luc 5,1-11
dimanche 10 février 2013.
 

Mais les découvertes au hasard, me direz-vous ? Certes, cela arrive. Il y a même un mot pour cela, un mot bizarre : la sérendipité. Mais si quelque chose se découvre à moi, ce n’est pas moi qui trouve, c’est plutôt que je suis trouvé. De plus, si je n’ouvre pas suffisamment ma recherche, si je suis bloqué sur mon idée préconçue de ce que je cherche, alors cela pourra me crever les yeux, si cela n’apparaît pas comme je l’imaginais, je ne le verrai pas. Nous en avons tous l’expérience !

Ainsi, mes amis, faut-il dire que vous avez trouvé Dieu, ou bien que lui vous a trouvés ? En tout cas, vous voilà bien pêchés et embarqués dans la barque de Pierre. La comparaison de l’évangile est surprenante. Celui qui était comme un poisson dans l’eau, sorti de là, se sent mal et ne tarde pas à mourir. C’est pourquoi nous disons parfois ne pas pouvoir vivre en chrétiens dans ce monde pécheur. En effet, il nous faut « passer par la mort » pour entrer dans une vie nouvelle et survivre ici-bas.

La pêche est une métaphore du baptême : vous aurez à renaître de l’eau et de l’Esprit. Plongés dans la mort du Seigneur, vous serez consacrés dans l’Esprit Saint du Ressuscité qui vous sanctifiera. Ainsi, la sainteté n’est pas une option, une spécialisation pour quelques virtuoses. C’est votre vocation réelle et nécessaire, et pour tout dire vitale. Il vous faut passer de la condition du péché à celle de la sainteté de Dieu, programme terrifiant comme l’atteste le prophète Isaïe : « Malheur à moi, je suis un homme perdu ! »

Ce passage s’appelle la conversion. De quoi s’agit-il ? Justement du changement d’attitude fondamentale qui consiste à renoncer à la volonté de trouver ce que je cherche comme je le voudrais pour consentir à être trouvé comme je suis. En somme, c’est l’entrée dans l’humilité des saints. Si saint Paul nous semble orgueilleux parfois dans ses déclarations, c’est que nous ne sommes pas aussi humbles que lui. Lui n’est pas gêné par ses glorieuses actions car il ne doute pas un instant que ce soit l’effet de la grâce divine et non le butin de sa rapine. Il est comme le Christ Jésus « qui n’a pas considéré comme une proie d’être dans la condition de Dieu, mais s’est anéanti. » Au jour de votre baptême, nous vous demanderons de renoncer au péché pour consentir à la foi de l’Église.

La conversion est une véritable mutation. Au cours de l’évolution, avons-nous appris à l’école, les vivants sont sortis de la mer. En somme, les poissons extraits de l’eau ont appris à vivre à l’air libre. Pour vous, ce changement ne sera pas l’affaire de millénaires et de générations successives, mais le temps du catéchuménat. Dans un peu plus d’un an, nous l’espérons, vous recevrez le baptême avec d’autres qui sont entrés ou entrerons en catéchuménat comme vous. Et comment se produira ce changement merveilleux ? Comme il a commencé : par la Parole. Celle qu’invoque Pierre quand il dit à Jésus, littéralement : « Sur ta parole je jetterai les filets. »

Alors, de poissons, vous deviendrez pécheurs, vous aussi. Dans l’Église, corps du Christ, vous aurez part à sa mission de faire, des hommes, des disciples. Pourtant, vous ne cesserez pas d’être vous-mêmes poissons, disciples. Et donc de devoir vous convertir de plus en plus, comme nous tous, ce dont le carême est signe et moyen. Comme saint Paul, nous portons l’Évangile tel un étendard et un appel à la face du monde, et nous ne cessons de lui être soumis pour qu’il nous sanctifie. « Poisson », en grec, se dit Ichthus, acronyme de Ièsus Christos Théou Uios Sôter, c’est-à-dire Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur. Voilà l’Évangile et voilà le poisson qui le porte !

C’est pourquoi Jésus dit : « Cherchez et vous trouverez ». Cherchez Dieu, non par votre volonté propre de mettre la main sur ce que vous voudriez qu’il soit, mais en vous laissant trouver par lui, tels que vous êtes. Le péché, c’est de vouloir imposer à Dieu sa volonté propre. La sainteté, c’est de se laisser prendre par sa volonté d’amour et de salut sur nous. Vous avez déjà été trouvés par lui et il a commencé à vous sanctifier. Continuez sur ce chemin, avec l’aide de vos accompagnateurs et celle de toute l’Église.

Ainsi vous montrerez aux hommes celui qu’ils cherchent sans le connaître, lui qui les a déjà trouvés en son Fils bien-aimé.