Dimanche 24 février 2013 - Deuxième dimanche de Carême - Année C

Ça change la vie

Genèse 15,5-12.17-18 - Psaume 261.7-9.13-14 - Philippiens 3,17 - 4,1 - Luc 9,28b-36
dimanche 24 février 2013.
 

À des degrés divers, un robot ménager épatant, un appartement plus confortable et plus adapté à la taille de la famille, un traitement moins agressif et plus efficace contre une maladie grave transforment l’existence de ceux qui en bénéficient. Et leur entourage voit bien qu’ils ont changé de visage.

Ainsi le visage de Jésus « devient autre » dans notre évangile. À la différence de Marc et Matthieu, Luc ne nous dit pas qu’il s’est mis à briller. Seul son vêtement devient d’un blanc éclatant. Évidemment, chers amis catéchumènes, le vêtement blanc du baptême que vous revêtirez bientôt vient de là. En effet, si la fête de Pâques qui approche va vous changer, c’est parce que sa Pâque a changé Jésus. Ce « passage » du Seigneur est un départ, un « exode », une sortie de ce monde pour aller au Père. Or, il s’accomplit en deux temps, c’est pourquoi il y a deux hommes qui s’entretiennent avec lui aujourd’hui.

Ces deux hommes sont, nous dit Luc, « Moïse et Élie, les apparus dans la gloire ». Pour lui, donc, plus que de la Loi et des Prophètes, il s’agit de leur expérience de « voir Dieu face-à-face ». En fait, ils ne l’ont pas vu, mais ils ont été vus de lui, « dans la gloire ». Et « ils dirent son exode qui allait se réaliser à Jérusalem ». En effet, Moïse est mort en vue de la Terre, il a été enterré et personne n’a trouvé son tombeau. Ainsi, il annonçait la mort de Jésus, sa mise au tombeau et son corps disparu. Quant à Élie, enlevé au ciel, il prophétisait la résurrection et l’Ascension du Seigneur. Mais Luc insiste en les présentant deux fois comme « des hommes » : c’est une manière d’affirmer que Jésus, lui, n’est pas seulement un homme.

D’ailleurs, à la fin, « on ne vit que Jésus, seul ». Littéralement, le texte grec dit que « seul Jésus fut trouvé ». En effet, Moïse et Élie n’ont pas été retrouvés. Mais Jésus, lui, est apparu ressuscité à ses disciples. Et, certes, son visage était changé. Dans sa Passion : « il n’avait plus figure humaine », comme il est dit pour le Serviteur souffrant d’Isaïe. Difficile pour nous d’imaginer comment il était ressuscité, mais nous savons que les disciples ne l’ont pas reconnu tout de suite. Non seulement, donc, Jésus fut trouvé après sa résurrection jusqu’à son ascension, mais encore il est trouvé toujours aujourd’hui : par-dessus tout dans son Eucharistie, par sa Parole et par le pain et le vin qui sont son corps et son sang, il est présent au milieu de nous. Mais quel est son visage ? Son visage, c’est vous.

C’est l’Église : persécutée et martyrisée comme lui, mais glorieuse comme lui de la Parole et de l’amour du Père. Du moins à condition que nous nous convertissions, que nous laissions l’Esprit Saint changer nos cœurs, en sorte que nous changions de vie. Chers amis catéchumènes, c’est bien votre chemin, déjà engagé au sein de notre communauté, et qui sera scellé par le baptême dans la mort et la résurrection du Seigneur au jour de Pâques. Mais c’est aussi notre chemin à tous, en carême et tout au long de notre vie chrétienne, jusqu’au jour où nous paraîtrons devant le Christ dans sa gloire, et nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est.

C’est pour cela que je vous disais, mercredi des Cendres, de demander l’impossible, de le demander en priant, comme la transfiguration de Jésus, selon saint Luc, se produit tandis qu’il est en prière. Que demandons-nous ? Des choses matérielles, sans doute, et c’est bien : nous avons raison de le faire. Mais saurons-nous demander, par exemple, l’humilité ? Les trois disciples choisis par Jésus pour assister à la sa transfiguration sont Pierre, Jean et Jacques : tous trois sont distingués, en effet, parmi tous. Pierre, c’est évident. Jean aussi, tant il est donné par Luc, surtout dans son « tome 2 », les Actes des Apôtres, comme l’égal de Pierre (nous le voyons aussi dans l’évangile de Jean). Quant à Jacques, ici c’est l’Apôtre, sans doute, mais on ne peut manquer de penser aussi au « frère du Seigneur » qui sera le chef de la primitive Église de Jérusalem, on le voit aussi dans les Actes.

Autrement dit, ces trois-là ont dû agiter les spéculations des chrétiens sur le thème : « Qui est le plus grand ? » C’est pourquoi la voix du Père proclame aujourd’hui : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi ». Bien sûr, il est « choisi » de toute éternité, le Fils unique. Mais surtout, nous devons comprendre que nos petites rivalités sont dérisoires quand il s’agit des élus de ce temps. Nous sommes tous susceptibles d’orgueil et de jalousie, de vanité et d’envie, car ce sont les deux faces de la même médaille, ou plutôt de la même fausse pièce. Le pape Benoît XVI nous donne une leçon merveilleuse. Dans la prière, il a entendu que, pour le bien de l’Église, il valait mieux qu’il soit remplacé. En effet, mes amis, nous sommes tous remplaçables, nous ne durons pas toujours, quelle que soit la façon éminente dont nous remplissons une fonction. Le Christ seul est « l’Élu », celui qui peut changer pour nous en sa Pâque, mais qui, comme Fils éternel unique et bien-aimé, est le même hier, aujourd’hui et toujours. C’est en lui que chacun de nous est choisi et bien-aimé, en lui seul.

Telle est notre foi : qu’elle change notre vie ! Écoutons cette Parole, mettons-la en pratique. Alors nous montrerons un visage du Christ plus fidèle à l’original et le monde verra mieux à quel changement il est appelé : passer de la mort et du péché à la vie bienheureuse du Dieu très saint !