Dimanche 10 mars 2013 - Quatrième dimanche de Carême - Année C - Deuxième scrutin pour les catéchumènes adultes

Il n’y a pas de place pour deux ici

Josué 5,10-12 - Psaume 33,2-7 - 2 Corinthiens 5,17-21 - Luc 15,1-3.11-32 ou Jean 9,1-41 (l’Aveugle-né)
dimanche 10 mars 2013.
 

Pourquoi ? Parce que la place est trop petite ? Ou plutôt parce qu’elle est trop élevée ? Au sommet, le pouvoir ne se partage pas, c’est bien connu. C’est pourquoi l’ascension est sans pitié : pour un élu qui va au bout, combien sont éliminés en chemin !

Dans notre évangile, c’est plutôt l’inverse : que d’histoires pour un seul éliminé, au bout du compte ! Convoqué, interrogé, ré interrogé, l’aveugle-né finit par être « jeté dehors, expulsé ». Pour quel motif ? Parce que, disent-ils, « tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance ! » C’est bizarre. Sans doute, on considérait à l’époque que le handicap d’un aveugle-né était forcément le châtiment d’un péché. Soit. Mais justement au moment où il se fait jeter, l’homme n’est plus aveugle, il est guéri. Donc il n’y a plus de motif.

En fait, à travers lui c’est bien sûr Jésus qui est visé. Le procès de l’aveugle-né est d’avance celui du Christ en sa passion. D’avance ou de nouveau, en fait. Vous avez entendu que « les Juifs s’étaient mis d’accord pour exclure de la synagogue tous ceux qui déclareraient que Jésus est le Messie ». Cette décision n’est évidemment pas un fait du vivant de Jésus sur la terre : elle renvoie au temps des premiers chrétiens. Et à tous les temps depuis, c’et-à-dire à aujourd’hui aussi. Tout disciple de Jésus Christ devient son représentant, et peut donc se retrouver accusé comme lui, à sa place.

En ce sens, il n’y a pas de place pour deux ici : devenir chrétien, c’est devenir le Christ. Notre homme n’avait rien demandé. Il est guéri. Puis, au fil du procès qui lui est fait, sa foi s’éveille et s’affermit. Au début, il sait tout juste le nom de Jésus et ce qu’il lui a fait. À la fin, il comprend que « si cet homme-là ne venait pas de Dieu », il ne pourrait rien faire de tel. La croissance de la foi en lui l’a transformé progressivement en celui en qui il croit de plus en plus clairement. C’est pourquoi l’on dit à celui qui vient d’être baptisé : « Tu es une création nouvelle, tu as revêtu le Christ ». Et aussi : « Reçois la lumière du Christ ». La vie de baptisé est une illumination et une recréation qui réalise ce que dit saint Paul : « Ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. »

Le Christ ne vous expulse pas de vous-même. Il fait sa demeure en vous, avec le Père et l’Esprit Saint, de sorte que vous ne faites plus qu’un avec lui. Il n’y a pas de place pour deux en un seul homme. Mais, ici, aucun n’est éliminé, les deux ne font plus qu’un dans l’amour, comme le Père, le Fils et l’Esprit au nom de qui nous sommes baptisés ne sont qu’un seul nom, un seul Dieu.

Non seulement cette venue de Dieu en moi n’est pas une aliénation mais, au contraire, elle m’en guérit. Chacun de nous n’est-il pas double ? Avec l’amour et la haine en lui. L’égoïsme et la générosité. La sagesse d’estimer les autres supérieurs et le fol orgueil qui me fait me prendre pour le nombril du monde et tous les autres pour des moins que rien. La lumière du Christ dissipe en moi l’homme de ténèbres, le vieil homme attaché follement à lui-même, pour donner cours à l’homme créé nouveau dans la justice et la sainteté de la vérité. La réconciliation avec Dieu en Jésus Christ est du même coup réconciliation avec moi-même, et donc aussi avec les autres. Quelle joie et quel soulagement, n’est-ce pas ?

Mes amis, il n’y a pas de place dans la vie éternelle pour ce qui est triste et laid dans votre vie. Laissez-vous soulager de cette part de vous-mêmes qui pactise avec le péché et la mort. Alors l’amour que vous êtes pourra resplendir dans la joie du Seigneur, aujourd’hui et pour les siècles des siècles.