Dimanche 17 mars 2013 - Cinquième dimanche de Carême - Année C - 3e scrutin pour les catéchumènes adultes

La vie sans la mort, c’est difficile à imaginer, aussi difficile que la chair sans le péché

Isaïe 43,16-21 - Psaume 125,1-6 - Philippiens 3,8-14 - Jean 8,1-11 (la femme adultère) - Avec les catéchumènes pour leur troisième scrutin : Jean 11,1-45 (La résurrection de Lazare)
dimanche 17 mars 2013.
 

La vie est mouvement et évolution. Le vivant engendre le vivant, semblable à lui et pourtant différent, toujours nouveau. Les générations doivent se succéder, les plus anciennes cédant la place aux plus jeunes. La matière des organismes morts se décompose. Réduite en éléments simples, elle devient disponible pour entrer dans la composition des suivants. Si le végétal se transforme ainsi dans la fraîcheur humide et parfumée des sous-bois en automne, par exemple, la chair animale en revanche subit le stade d’une putréfaction fétide. C’est pourquoi Marthe objecte à l’ordre du Christ d’ouvrir le tombeau : « Mais, Seigneur, il sent déjà ; voilà quatre jours qu’il est là. »

Cette remarque nous choque ou, pour le moins, nous semble déplacée dans l’évangile. Mais elle y a toute sa raison d’être. Pourquoi trouvons-nous, nous autres humains à la différence des animaux qui ne s’en offusquent guère, si repoussantes ces odeurs corporelles, sinon parce que la corruption de la chair en évoque pour nous une autre plus grave et plus terrible, celle de l’âme ? Bref, il s’agit ici du péché, et d’abord de l’incrédulité qui est la brèche où s’engouffre le péché. C’est devant cette brèche que Jésus, dans notre évangile, par deux fois se trouve saisi d’une forte émotion que le verbe grec employé, embrimaomai, suggère être de colère autant que d’horreur.

Bien sûr Jésus, le Prince des vivants, ne peut que détester la mort. Mais il sait que l’aiguillon de la mort, c’est le péché, comme le dira saint Paul. Autrement dit, si la mort est entrée dans le monde par la jalousie du démon, elle est déjà désamorcée lorsque le péché est vaincu par la foi. La souffrance et la mort nous poussent à douter de la bonté de Dieu ou de sa puissance, comme les acteurs de notre passage, jusqu’à Marie sœur de Lazare elle-même, et c’est ce manque de foi qui cause la grande émotion de Jésus. Ce manque de foi est aussi la plaie principale qui frappe notre temps, et d’abord notre vieille Europe.

Or, qu’est-ce qui arrive quand on ne croit plus en Dieu ? On se trouve livré à l’idole des idoles : Mammon, l’Argent. La passion désordonnée qui frappe beaucoup de nos contemporains pour les biens de ce monde les aveugle. Ils perdent de vue la valeur d’usage de la richesse dans l’ivresse du prestige dont elle les pare. Cet égarement ne leur procure que des plaisirs trompeurs, il les rend tristes et envieux sans remède. Et, surtout, des milliards d’hommes, de femmes et d’enfants à travers la planète payent la folie de quelques uns. Déjà le pape Jean-Paul II nous mettait en garde contre un danger pire que l’athéisme théorique du « Bloc de l’Est » qui venait de tomber : l’athéisme pratique du matérialisme occidental.

Ce n’est pas par hasard, frères, que sont qualifiés de corrompus, comme on dit pour les cadavres, ceux dont la morale se dissout dans la monnaie. Ce n’est pas non plus un hasard si le pape qui nous est donné aujourd’hui par le Christ est un ami des pauvres et un adversaire résolu de la corruption. Qui d’autre pourrait faire sortir du tombeau une société pourrie par l’argent depuis trop longtemps ? Chers amis catéchumènes, Dieu fait déjà grandir en vos coeurs la foi de votre baptême. Mais ce qu’il reste en vous d’attachement idolâtrique aux richesses d’ici-bas s’y oppose. Semblables à nous tous, les hommes tombés au pouvoir de l’ennemi depuis le premier péché, vous étiez « des morts par suite de vos fautes », comme dit saint Paul.

Au moment de votre baptême, avant de confesser la foi de l’Église, vous serez invité à renoncer à Satan, à ses œuvres et à ses séductions. Mais déjà Dieu veut vous libérer du péché sans l’aiguillon duquel seulement la mort n’est plus à craindre. Votre chair sans le péché sera semblable à celle du Christ. Alors, d’avance libérée de la mort, votre vie rendra toute gloire à Dieu.