Dimanche 24 mars 2013 - Dimanche des Rameaux et de la Passion - Année C

La paix du ciel sur la terre

Les Rameaux : Luc 19,28-30 - La Passion : Isaïe 50,4-7 - Psaume 21,8-9.17-20.22-24 - Philippiens 2,6-11 - Luc 22,14 à 23,56
dimanche 24 mars 2013.
 

Après l’évangile des Rameaux

« Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! » : cela ne vous rappelle rien ? Ce chant des disciples ressemble à celui des anges à Noël, sauf qu’ici la paix est au ciel et non sur terre, ce qui nous intéresse peut-être moins. Nous en reparlerons après la Passion. Pour l’heure, acclamons le Seigneur de tout notre cœur.

Après la lecture de la Passion

Enfin le repos ! Enfin la paix ! Mais c’est la paix du tombeau. Après toute la violence du monde déchaînée contre un innocent. Et encore, Luc reste très discret sur les débordements de brutalité qui apparaissent chez les autres évangélistes. Peut-être est-ce pour mieux faire pressentir de quelle violence intérieure ils sont le débordement, de quelle guerre au cœur des accusateurs et des persécuteurs de Jésus. La paix a disparu de la terre à l’heure des ténèbres.

Nous comprenons maintenant pourquoi les disciples tout à l’heure ne chantaient que la paix dans le ciel. Mais elle a disparu de tous les cœurs sauf d’un seul : celui de Jésus. En dépit de tout ce qu’il subit, sur la croix même, il dit : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Prodige bien plus stupéfiant que tous ceux de la sortie d’Égypte et de l’histoire de l’Alliance, plus étonnant que tous les miracles du Christ : serait-il possible qu’un cœur d’homme ne cède à aucune colère, aucun ressentiment, aucune révolte ni aucun désespoir dans une telle souffrance et une telle injustice ? Sachons nous étonner, nous qui ne supportons pas qu’on nous marche sur les pieds, nous qui nous offusquons de la moindre contrariété. Comprenons, mes frères, que ciel où règne la paix, c’est le cœur de Jésus. Le paradis qu’il promet « aujourd’hui même » au malfaiteur repentant, lui qui sera au tombeau à la fin de ce jour, c’est son propre corps promis à la résurrection.

C’est pourquoi, chers amis, permettez-moi de vous inviter à une démarche simple, au moins cette semaine. Chaque fois que nous aurons l’occasion d’une impatience, petite ou grande, pensons à la patience du Christ en sa passion. Rendons grâce pour cette paix céleste qui habite son cœur, adorons le Fils de Dieu subissant tout par amour pour les pécheurs que nous sommes. Cette offrande de prière sera agréée, nous en serons aussitôt récompensés. Et nous pourrons fêter le Christ, notre Pâque immolée, avec un cœur assez pur pour en recevoir toutes les grâces.

Et nous entrerons « dès aujourd’hui » dans le repos de Dieu qui est un cœur en paix avec lui et avec nos frères.

Éditorial de ce dimanche

SAINTE PATIENCE !

Cette exclamation s’accompagne souvent d’un sourire indulgent, surtout quand il s’agit d’enfants turbulents. Jésus a dû sourire en entrant à Jérusalem aux acclamations des disciples puisque Matthieu précise dans son parallèle qu’il s’agissait d’enfants. Luc, que nous lisons en cette année C, omet quant à lui toute mention de branchages agités pour accueillir le Christ. En effet, palmes ou rameaux font référence aux espérances nationalistes d’Israël. Luc ouvre la scène à une interprétation plus universelle. Pour cela, il prête ici à la foule presque le chant qu’il plaçait dans la bouche des anges à Noël : « Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! »

Pourtant, Jésus ne doit guère avoir le cœur à la joie, tant il sait que cette ville qui lui fait un triomphe le mettra bientôt au rang des malfaiteurs sur la croix. C’est pourquoi dans la suite immédiate du passage d’aujourd’hui Jésus pleure sur Jérusalem : « Si tu avais reconnu, toi aussi, en ce jour ce qui peut te donner la paix ! Mais, hélas, cela est resté caché à tes yeux. » Ce Christ qui se lamente sur les malheurs qu’il voit se préparer pour la ville sainte sera bientôt bafoué par les gardes dans la maison même du grand prêtre : « Ils lui avaient voilé le visage et ils l’interrogeaient : Fais le prophète ! Qui est-ce qui t’a frappé ? » Ainsi Luc fait apparaître l’immense « ironie » de la Passion : ceux qui voilent et moquent le Prophète sont eux-mêmes aveugles à la visite du Seigneur et sourds à la Parole du salut.

Pour la suite de la passion, Luc reste muet sur la plupart des violences subies par Jésus selon les autres évangélistes. C’est que, pour lui, le point capital n’est pas « comment » le Seigneur a subi sa passion mais « pourquoi ». Sa réponse à cette question, il nous la livre par deux paroles qu’il met dans la bouche du Crucifié : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » et « Amen, je te le déclare, aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » Puis il conclut : « Alors Jésus poussa un grand cri : Père, entre tes mains je remets mon esprit. Et après avoir dit cela, il expira. »

Voilà pourquoi le prêtre peut dire au pénitent : « Que Dieu notre Père vous montre sa miséricorde : par la passion et la résurrection de son Fils, il a réconcilié le monde avec lui et donné l’Esprit Saint pour le pardon des péchés ; par le ministère de l’Église, qu’il vous donne le pardon et la paix. »