Dimanche 31 mars 2013 - Jour de Pâques - La Résurrection du Seigneur

Encore la ténèbre !

Actes 10,34a.37-43 - Psaume 117,1-4,16-17,22-23 - 1 Corinthiens 5,6-8 - Jean 20,1-9
dimanche 31 mars 2013.
 

Nous sommes dimanche de Pâques, le soleil brille enfin et l’évangile nous parle d’un matin « alors qu’il fait encore sombre ». En fait, littéralement : « alors qu’il y a encore la ténèbre ». Voilà qui nous rappelle l’évangile de Luc, très proche de la version johannique, que nous avons entendu cette nuit situer l’épisode du tombeau vide « à l’aube profonde ». Des nombreuses femmes évoquées en Luc, il ne reste en Jean que Marie-Madeleine. Sans doute parce que la femme aimante sait mieux que quiconque ce que signifie la perte de l’être aimé qui était comme la chair de sa chair, et le vide irrémédiable que sa disparition laisse en elle.

En effet, la résurrection du Seigneur ne va pas compenser sa perte pour ses disciples. Il leur apparaîtra, mais sans se laisser retenir, à la grande déception d’abord de Madeleine. Tout ce qui leur reste est un tombeau vide et le souvenir des paroles du Maître à la lumière desquelles brille le témoignage de l’Écriture. Voilà ce que signifient le linceul resté là et le voile roulé à part, à sa place, comme le souligne ensuite l’évangéliste. Pour croire, il faut accepter cette perte et la recevoir comme un renoncement à soi-même, une mort au vieil homme qui doit laisser place à la vie du Christ. Voilà pourquoi Pierre et l’autre disciple entrent dans le tombeau du Seigneur.

Ce mouvement est complémentaire de la conception du Christ dans le croyant, semblable à celle d’un enfant au sein de sa mère, dont je parlais cette nuit. Dans le baptisé, le Christ est formé mystérieusement pour grandir en se nourrissant d’un aliment spirituel, en même temps que lui-même « entre au tombeau » pour s’établir dans le Seigneur qui accomplit le sacrifice de sa vie pour ses amis. Ainsi se réalise la parole de Jésus à son dernier repas avant d’entrer dans sa passion (Jean 15,4) : « Demeurez en moi comme moi en vous. »

C’est pourquoi aussi, en saint Jean toujours, se trouvent au pied de la croix justement Marie et l’autre disciple. La première est « le modèle de la sainteté » car elle conçoit le Christ en elle par la foi. L’autre est le type de toute humanité qui s’unit au Christ en étant plongé dans sa mort pour recevoir sa vie.

Le Christ ressuscité nous remplit de sa lumière au secret de notre être croyant : ainsi se lève sur nous l’aube profonde de Pâques. Mais la ténèbre est encore là tant que je reste plein de moi-même. Seulement si nous nous laissons vider de notre humanité attachée à elle-même grâce au Christ qui s’est « vidé de lui-même », qui s’est anéanti pour nous arracher au néant, nous recevons la grâce du tombeau vide. Alors sa lumière brillera en nous ce matin et pour la vie éternelle.