Dimanche 7 avril 2013 - Deuxième dimanche de Pâques, de la divine Miséricorde

Le Seigneur est-il avec vous ?

Actes 5,12-16 - Psaume 117,1-4.22-27.29 - Apocalypse 1,9-11a.12-13.17-19 - Jean 20,19-31
dimanche 7 avril 2013.
 

La question se pose aujourd’hui comme au temps des Apôtres. Aujourd’hui, je vous ai déjà souhaité deux fois : « Le Seigneur soit avec vous ! » Alors, qu’en est-il ?

Pour les Apôtres, certes, le Christ ressuscité leur apparaît. Mais ce n’est que de manière fugace, sous une apparence déconcertante et sans qu’ils puissent le retenir. Ce n’est plus comme avant. D’ailleurs, au cours d’une apparition, il leur parlera à l’imparfait du temps où « il était encore avec eux ». Ce qui ne l’empêchera pas de promettre : « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde. »

Cette dernière formule nous donne une clef pour distinguer deux modes de présence : avant Pâques il est encore avec ses disciples, après la résurrection il est déjà avec eux. « Déjà » par rapport à la « Parousie », le jour où il viendra dans sa gloire pour juger les vivants et les morts. Sa présence actuelle est une anticipation de celle qu’il établira de façon définitive à la fin du monde.

Avant Pâques, Jésus est là qu’on le veuille ou non, pour ceux qui le suivent et pour ceux qui le rejettent. Mais ensuite, c’est différent : sa présence n’est que pour ceux qui croient en lui, ou du moins qui acceptent de devenir croyants, comme Thomas.

Mais il ne faut pas s’y tromper : la présence de Jésus n’en est pas moins réelle. N’allons pas nous imaginer que la foi qui anime le disciple est la présence elle-même, ce serait alors une simple autosuggestion. Comment, donc, comprendre ce mode de présence « déjà là » ?

Jésus ressuscité salue ses disciples par trois fois aujourd’hui du souhait : « La paix soit avec vous ». C’est d’ailleurs la formule utilisée par l’évêque à la place du « Le Seigneur soit avec vous » habituel. Ainsi pouvons-nous comprendre qu’il y a une équivalence entre la présence du Seigneur et celle de sa paix, celle qu’il nous donne « non pas à la manière du monde ».

Et cette paix est celle que le Christ démontre en sa passion, cette passion dont, ressuscité, il montre les plaies à ses Apôtres. C’est la paix du cœur du Fils de l’homme qui, « couvert d’insultes, n’insultait pas, accablé de souffrances, ne menaçait pas ». Cette paix de son âme, paix véritablement divine, authentique expression de la « divine miséricorde », est inimaginable pour nous. Or, c’est celle que, ressuscité, il nous donne, si seulement nous l’accueillons par la foi.

Cette paix est nécessaire particulièrement aux Apôtres et à leurs successeurs. Elle signale les vrais martyrs du Christ qui ne se contentent pas de souffrir à sa suite, mais le font comme lui, c’est à dire par amour de tous les hommes, même de leurs bourreaux. Elle conditionne le vrai gouvernement par mandat du Christ, c’est-à-dire non pour dominer mais pour servir.

Mais cette paix, offerte à tous les disciples, en fait les vrais témoins de son amour. Pensons-y, mes frères, quand la colère, le ressentiment, l’envie, l’amertume, l’orgueil, l’impatience ou la jalousie nous mordent le cœur et troublent notre esprit. Rappelons-nous alors la passion du Seigneur, les souffrances et la mort qu’il a endurées pour nous et pour la multitude, et jetons-nous à ses pieds en nous-mêmes en disant « Mon Seigneur et mon Dieu ».

Alors, les épreuves et les désagréments ne nous apparaîtront plus comme au regard du monde, avec ses convoitises et ses craintes, mais sous le signe du Royaume que nous espérons, celui que le Christ viendra établir au dernier jour. La perspective de notre vie cachée en lui nous fera supporter joyeusement ce qui nous accablait et désirer surtout les biens qui dépassent tout ce qui peut monter au cœur de l’homme, ces biens que le Seigneur seul peut donner, et qu’il nous donnera en abondance.

Car aussitôt il sera déjà là en personne avec nous, nous disant : « La paix soit avec vous ». Et sa présence sera notre force et notre joie.