Dimanche 5 mai 2013 - 6ème dimanche de Pâques, Année C

Pas de panique ! (la Transfiguration de Raphaël)

Actes 15,1-2.22-29 - Psaume 66,2-3.5.7-8 - Apocalypse 21,10-14.22-23 - Jean 14,23-29
dimanche 5 mai 2013.
 

Il vaut mieux lancer cet appel à temps, quand les gens sont encore capables de se reprendre, sinon cela ne fera qu’attiser le trouble des esprits.

Un beau moment de panique qui menace est le tableau de Raphaël, sa dernière œuvre et non la moindre, intitulé « La Transfiguration ». Pourtant ce sujet n’a rien de dramatique et le traitement qu’en fait le doux maître est tout de sérénité divine. Mais, en réalité, le Christ transfiguré et sa suite n’occupent que le « ciel du tableau », le tiers supérieur, tandis que la majeure partie de la toile représente l’épisode qui suit en saint Luc, celui de l’épileptique que les disciples n’arrivent pas à guérir. Et, là, le climat change du tout au tout.

Autour du possédé convulsé, ses parents et autres protagonistes s’agitent en tous sens. Même la femme très belle qui semble refléter la lumière d’en-haut au milieu du groupe d’en bas, regarde les disciples à gauche tandis qu’elle désigne le garçon à droite. La confusion gagne et le malheur couve. Pourquoi ?

Tout s’éclaire quand on sait que ce tableau fut commandé en 1517, l’année même de la publication par Luther de ses fameuses thèses contestataires. Julien de Médicis, le commanditaire, était alors cardinal archevêque de Narbonne. Esprit éclairé et fervent catholique, il désirait la restauration de l’Église plutôt que la condamnation du moine dont les éclats en soulignaient la nécessité. Nul doute qu’il n’ait directement participé à la conception de l’œuvre avec Raphaël qui dirigeait alors le chantier de la basilique Saint-Pierre. C’est là que le tableau fut installé et non dans la cathédrale de Narbonne à laquelle il était destiné. On peut toujours l’admirer sur place, du moins l’excellente copie en mosaïque qui l’a remplacé comme c’est le cas pour la quasi totalité des toiles de Saint-Pierre.

À l’évidence, le jeune épileptique qui « crie et s’agite en écumant » à la consternation générale représente Luther. Bien que convulsé, il indique fermement le Christ à l’attention de tous. Les autres personnages, désorientés, semblent en pleine controverse incertaine, sauf la femme dont la beauté doit signifier la foi : elle désigne le garçon non pour l’accuser, mais pour faire la leçon aux disciples qu’elle regarde bien en face.

En effet, de même que dans l’évangile ils se montrent incapables de délivrer un garçon de son esprit d’agitation, de même les responsables ecclésiastiques du XVIe siècle éprouvent leur impuissance à juguler la crise ouverte par Luther. Ainsi, la vive réaction du Christ en Luc vaut-elle à nouveau pour eux : « Gens mauvais et sans foi que vous êtes ! Combien de temps encore devrai-je vous supporter ? »

Le diagnostic de Julien de Médicis sur son temps nous apparaît clairement prophétique avec cinq cents ans de recul. Par le tableau de Raphaël, il semble dire à ses contemporains : « Pas de panique, il est encore temps de nous convertir. » S’il avait été entendu, peut-être aurions-nous évité la grande déchirure de l’Église entre protestants et catholiques. Saurons-nous faire le diagnostic de notre temps aujourd’hui et, surtout, aurons-nous le courage d’en tirer les conséquences pratiques ?

En effet, mes frères, le pire qui puisse arriver à l’Église est que ses fils n’aient plus l’amour de Jésus Christ ni la foi en lui. Est-ce possible, me direz-vous ? Hélas oui. Sinon, Jésus ne dirait pas au conditionnel : « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle ». Faites bien attention, mes frères, nous sommes toujours tentés de devenir ces « gens mauvais et sans foi » que dénonce Jésus. Mais rassurez-vous : s’il le fait, c’est pour que nous revenions à l’amour de Dieu et à la fidélité, grâce à son pardon.

En effet, quand dans l’évangile d’aujourd’hui le Christ dit à ses disciples « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, ne soyez donc pas bouleversés et effrayés », c’est à nous aussi qu’il s’adresse. L’Église dans nos régions est secouée par ses divisions et semble se rétrécir inexorablement. Mais le pape François comme ses prédécesseurs, et notre évêque André aussi, nous invitent à l’espérance et au courage pour témoigner de l’Évangile.

Pas de panique, donc, frères : il est temps de demander l’Esprit Saint qui nous rendra forts pour la mission.