Dimanche 19 mai 2013 - Pentecôte Année C

Je sais bien que je devrais, mais...

Actes 2,1-11 - Psaume 103,1.24.29-31.34 - Romains 8,8-17 - Jean 14,15-16.23b-26
lundi 20 mai 2013.
 

Qui ne se dit jamais cela ? Chacun a des idées, des principes, des valeurs, des convictions, des règles de vie que sans cesse il transgresse à l’occasion. Pourquoi ? Parce que : on n’a pas envie, on est fatigué, on a faim, soif ou sommeil, on boude, ou même on ne sait pas pourquoi !

Ce qui en l’homme peut savoir et vouloir, on l’appelle « l’esprit ». Ce qui peut se voir, se toucher, se peser, on l’appelle « le corps », ou encore « la chair ». C’est en ce sens tout simple et pratique qu’il faut entendre le discours de saint Paul sur la chair et l’esprit, et non comme une théorie sur la composition de l’homme. C’est notre expérience commune que nous nommons ainsi, et nous savons bien que Jésus a raison quand il dit dans l’évangile : « L’esprit est ardent, mais la chair est faible. » En somme, entre la chair et l’esprit, c’est un beau match, mais ce n’est pas toujours l’esprit qui gagne.

C’est pourquoi les peuples ont besoin d’une Loi. Dans un état de droit, tout ce qui n’est pas interdit est permis et tout ce qui n’est pas obligatoire est facultatif. C’est très libérant : du moment que je n’ai pas transgressé, ou du moins que je n’ai pas été pris, je suis présumé innocent. Les lois sont plus ou moins bonnes, mais le pire est l’absence de loi. Non seulement, alors, tous peuvent s’autoriser à faire n’importe quoi au détriment des autres, mais encore chacun devient son propre juge. Or, il n’est pire juge pour soi que soi-même. En effet, celui qui s’examine à l’aune de ses propres idéaux ne peut que se condamner lui-même avec rigueur. Moins la loi régit les mœurs et plus la culpabilité règne et dévaste les cœurs.

Donc, bien sûr, Dieu a donné à son peuple la meilleure des lois. « La loi du Seigneur est parfaite, chante le Psalmiste, qui redonne vie. Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur, le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard... plus désirable que l’or, plus savoureux que le miel ! » Elle est parfaite parce qu’elle se donne à deux niveaux. Le premier rejoint miséricordieusement notre besoin humain de loi. Les 613 commandements, 365 interdictions et 248 prescriptions, peuvent êtres observés rigoureusement, et celui qui agit ainsi sait qu’il plaît à Dieu. Mais la Loi indique aussi qu’elle ne s’épuise pas dans ces préceptes, ne serait-ce que parce qu’elle contient les commandements d’amour dont la portée est sans limite. Jésus l’explique clairement dans l’évangile pour dissiper toute prétention « pharisienne ».

Comme loi à la manière des hommes, la Loi donnée par Moïse est la meilleure des lois. Comme indiquant l’exigence absolue de son accomplissement dans l’amour, elle montre bien qu’aucun homme ne peut l’observer de façon parfaite. C’est pourquoi saint Paul va jusqu’à dire que « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance ». Mais, s’il l’a fait, c’était pour mieux leur ouvrir la porte de la foi et de la vie en Jésus Christ : c’est la Pentecôte.

Vous avez entendu dans le récit des Actes des Apôtres : un bruit venant du ciel comme un coup de vent, la maison remplie de ce bruit, le feu tombant en langues ... Tout ces détails évoquent clairement le don de la Loi sur la montagne du Sinaï. L’intention de l’auteur, saint Luc, ne fait pas de doute. D’ailleurs nous savons que, au moins par la suite, la fête juive de la Pentecôte fut comprise aussi comme fête du don de la Loi. En somme, à la Pentecôte, non seulement Dieu confirme le don de la Loi, mais il donne en même temps le moyen de l’accomplir. Car l’Esprit Saint vient en aide à notre esprit pour nous rendre capables de ce qui est impossible à l’homme. De plus, comme nous savons que c’est le don de Dieu, nous pouvons être fiers de faire ce qui est bien sans tomber dans l’orgueil : nous savons à qui dire merci ! C’est bien grâce au sacrifice de Jésus, à sa résurrection et à son ascension que nous est offert l’Esprit, qui est Dieu et don de Dieu.

Désormais, frères, nous ne pouvons plus nous contenter de dire « Je sais bien que je devrais, mais... » Il nous faut crier vers le ciel : « Viens en aide à ma faiblesse, Seigneur, afin que je puisse accomplir ta loi de vie ! » Prions ainsi, chacun pour lui-même et tous pour chacun. Ainsi nous serons ce peuple « ardent à faire le bien » qui inspirera une sainte envie à tous les hommes.