Dimanche 9 juin 2013 - 10e Dimanche Année C

D’où êtes-vous ?

1 Rois 17,17-24 - Psaume 29, 3-6.12-13 - Galates 1,11-19 - Luc 7,11-17
dimanche 9 juin 2013.
 

De Bretagne, dirons les uns, ou encore du Nord, de Marseille ou du Béarn, des Antilles ou de Madagascar. Pour d’autres, c’est plus compliqué, plus diversifié ou moins net. Certains même ne se reconnaissent dans aucune appellation d’origine contrôlée. Pourtant c’est important, car la question de l’origine implique celle de l’identité.

C’est le cas pour le Christ lui-même. Benoît XVI nous montre dans son dernier livre qu’au fil des évangiles la question capitale de l’identité de Jésus apparaît conditionnée par celle de son origine. « Qui suis-je pour vous ? » demande Jésus en Marc. Il est de Bethléem en Judée, la ville de David dont il descend par Joseph, il est né de la Vierge Marie, répondent Matthieu et Luc. C’est pourquoi il est le Messie, le Fils du Très-Haut. Il vient de Dieu auprès de qui il était au commencement, précise Jean. Ainsi, mystère insondable, il est Dieu né de Dieu. C’est pourquoi la Pâque du Christ est son « passage de ce monde à son Père », sa traversée de la mort pour aller à celui de qui il vient.

L’épisode de la résurrection du fils de la veuve que nous entendons aujourd’hui est clairement la prophétie de la mort et de la résurrection du Seigneur lui-même. « C’était un fils unique », précise Luc et, à l’appel de Jésus, il « se redressa, s’assit et se mit à parler ». Ces derniers verbes évoquent, surtout en grec, la résurrection et l’ascension du Christ, « monté au ciel et assis à la droite de Dieu », puis la prédication de l’évangile par les Apôtres. Ce que confirme la dernière phrase du passage : « Cette parole se répandit dans toute la Judée et dans les pays voisins », qui annonce le mandat apostolique donné par Jésus juste avant son Ascension : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

« Et Jésus le rendit à sa mère », avez-vous entendu. En grec, c’est « il le donna », et non le rendit. Nous pensons aussitôt à la parole du Christ en croix, en saint Jean : « Femme, voici ton fils ». Le ressuscité de notre passage préfigure tout disciple qui, par le baptême, devient fils de la sainte Vierge Marie parce que frère de Jésus, fils de l’Église dont Marie est le type, mais aussi fils de « la Vierge Israël », devenue comme une veuve désolée, à qui Dieu avait promis par les prophètes la restauration et une multitude de fils. Ainsi, Luc nous montre, comme dans toute son œuvre, évangile et Actes, que Dieu n’est pas infidèle à son peuple quand il ouvre la porte de la foi aux païens. Car tous ces nouveaux-venus, loin de se substituer à Israël, lui sont donnés comme une descendance bénie. C’est d’ailleurs ce que chante Zacharie, le père de Jean Baptiste, dans le même évangile de saint Luc : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite son peuple ». Et toute la foule aujourd’hui reprend en chœur : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple ».

C’est le sens de la phrase célèbre du pape Pie XI qui se conclut par l’affirmation que « nous sommes spirituellement des sémites. » En effet, le 6 septembre 1938, dans le contexte dramatique de l’époque, il déclarait : « Par le Christ et dans le Christ, nous sommes la descendance spirituelle d’Abraham. Non, il n’est pas possible de participer à l’antisémitisme. L’antisémitisme est inadmissible. Nous sommes spirituellement des sémites. » Oui, par le baptême qui nous fait passer dans la mort et la résurrection du Seigneur, nous sommes aussi des fils d’Israël en accomplissement de la promesse faite à Abraham, notre père dans la foi, et à toute sa descendance bien-aimée.

Pour savoir qui nous sommes, frères bien-aimés, considérons d’où nous venons. Comme Jésus Christ, notre frère et notre Sauveur, et par lui, nous sommes chrétiens et enfants de Dieu. Car nous sommes « de la patrie spirituelle d’Abraham » notre père dans la foi, et nous sommes « d’en-haut » en celui qui vient de Dieu de toute éternité.