Dimanche 21 juillet 2013 - 16e Dimanche Année C

L’homme : une espèce en voie de disparition ? ou la sexualité en danger

Genèse 18,1-10a - Psaume 14,1-5 - Colossiens 1,24-28 - Luc 10,38-42
dimanche 21 juillet 2013.
 

L’homme : une espèce en voie de disparition ? Je ne parle pas des catastrophes éventuelles comme une guerre nucléaire totale, toujours possible, hélas, ou un désastre écologique irrémédiable qui engloutiraient l’humanité dans l’eau ou le feu d’un seul coup. Il s’agirait alors d’un anéantissement foudroyant plutôt que d’une disparition progressive.

Non, je parle du chemin que nous prenons d’une dissociation systématique de la procréation et de la sexualité. Il est maintenant bien connu qu’avec les progrès rapides de la bio-ingénierie, notamment la manipulation de l’embryon humain, la situation prophétisée par Aldous Huxley, la production industrielle des bébés à partir du matériel génétique prélevé sur les individus existants, sera bientôt à notre portée.

Sauf que, dans « Le meilleur des mondes », les organismes ainsi produits restent sexués, ce qui permet aux intéressés devenus adultes de pratiquer une activité divertissante et sans conséquences. Beaucoup aujourd’hui n’y verraient d’ailleurs que des avantages. Mais c’est compter sans les mécanismes de l’évolution qui, nous le savons aussi, font régresser puis disparaître les organes devenus inutiles. Et cela assez rapidement.

Il est donc à prévoir que les humains issus de cette pratique se retrouveront bientôt affublés de corps, disons, « neutres », assez difficiles à imaginer d’ailleurs. Mais seront-ils encore humains ? Et même, accepteront-ils seulement ce vivre cette vie que nous leur auront inventée ? Ne maudiront-ils pas plutôt notre folie en faisant le choix massif et radical de l’euthanasie que nous leur aurons inventée aussi, bien logiquement en somme. Ne mettront-ils pas ainsi fin par désespérance à une existence que nous leur aurons donnée privée de sens ?

En effet, c’est la sexualité qui inscrit dans notre chair notre vocation à l’amour et son espérance indéracinable. L’évangile d’aujourd’hui met en scène deux figures qui n’en composent qu’une. « Une femme appelée Marthe le reçut dans sa maison ». La femme est une maison, la première de tout homme. Elle a la capacité de recevoir en elle celui qu’elle aime, puis de concevoir de lui un nouvel être auquel elle donnera la vie. Marthe représente la dimension active de ce mouvement et Marie la tournure passive, la passion toute d’accueil et de frémissement intérieur.

C’est pourquoi Abraham répond à ses visiteurs que sa femme Sara est à l’intérieur de la tente. Étonnamment, il assume à lui seul dans ce récit les rôles de Marthe et de Marie. C’est lui qui accueille, qui vaque aux occupations du service et qui se tient debout près de ses visiteurs pendant qu’ils mangent. À vrai dire, Sara est parfaitement associée à tout cela : restant dans la tente, elle y fait le pain, puis, la suite le montre, demeure attentive à tout ce qui se passe à l’extérieur, n’en perdant pas une miette.

Nous sommes tous spirituellement des femmes : face à Dieu, que nous soyons homme ou femme, notre âme est appelée à ce mystère d’accueil passionné et fécond qui s’illustre et se réalise de façon merveilleuse et décisive en la personne de la Vierge Marie, la mère de Jésus notre Sauveur. En ce sens, « il n’y a plus l’homme et la femme », comme dit saint Paul, et cela est bien. Mais ce qui nous menace, c’est qu’il n’y ait plus ni d’homme ni de femme.

Et cela serait la disparition de l’humanité. Dieu nous en garde ! Mais aidons-le à nous en garder.