Dimanche 28 juillet 2013 - 17e Dimanche Année C

Qui est-ce qui fait non, non, non, non ?

Genèse 18,20-32 - Psaume 137,1-3.6-8 - Colossiens 2,12-14 - Luc 11,1-13
dimanche 28 juillet 2013.
 

Il peut venir plusieurs idées. Mais si je précise : Qui est-ce qui fait non, non, non, non sans le dire ? Eh bien, par exemple les participants à une discussion « de marchands de tapis » qui échangent des prix entrelacées d’arguments. Chacun, sans le dire, répond non à chaque fois : - Cent ? - non, dix - non, quatre-vingts - non vingt et ainsi de suite jusqu’à ce qu’ils tombent enfin d’accord, quand ça se passe bien, par exemple sur quarante. Or, pour Dieu avec Abraham, c’est tout le contraire. Il répond oui à chaque fois : - Cinquante ? - oui - quarante-cinq ? - oui - quarante ? - oui - trente ? - oui - vingt ? - oui - dix ? - oui. On peut d’ailleurs se demander pourquoi notre père dans la foi s’est arrêté là puisque, visiblement, le Seigneur ne refusait jamais. En tout cas, il a bien essayé. Et vous, jusqu’où allez-vous avec votre Père des cieux ?

Chacun peut d’ailleurs se poser déjà la question au sujet de son père sur la terre. En particulier, devenu adulte, quand on se penche sur le passé, sur son adolescence et sa jeunesse, avec leur folie, leur grâce et leurs déceptions : en ce temps-là, qu’ai-je demandé à mon père ? Lui ai-je demandé ce dont j’avais vraiment besoin et qu’il avait si grand désir de m’accorder ? N’ai-je pas plutôt cherché parfois à obtenir ce dont il avait raison de penser qu’il aurait trahi ses devoirs envers moi s’il y avait consenti ? Et ne l’ai-je pas à l’occasion plongé dans la tristesse d’avoir cédé à mon caprice ?

Un bon père est à l’affût des bonnes demandes de ses enfants. Il met toute sa joie à les recevoir et à y répondre largement. Tel est notre Père du ciel dans son amour et sa générosité : ne le croyez-vous pas ? Jésus, pourtant, nous l’affirme et nous l’enseigne de toutes ses forces. Si je reviens sur les épisodes douloureux de mon existence qui me laissent un goût amer de désillusion et de culpabilité, je verrai sûrement que toute ma faute est d’abord dans ce silence que j’ai gardé au lieu de l’invoquer. Lui ai-je demandé de me garder du mal au moment où la tentation m’assaillait ? Ai-je prié pour éviter les chemins où l’épreuve m’attendait à chaque tournant ? Ai-je imploré son pardon quand j’était tombé afin de me relever plus fort et plus déterminé à suivre la voie du vrai bonheur ? Me suis-je tourné vers lui pour recevoir de sa main le pain de cette terre, celui de sa parole et son propre Fils donné au monde pour qu’il soit sauvé ? Lui ai-je rendu grâce pour la bonne éducation reçue de mes parents et de mes maîtres, et demandé la docilité de la recevoir encore ? En effet, il prépose fidèlement ses serviteurs pour dispenser la sagesse à ses fils jusque dans leur grand âge.

N’est-ce pas effrayant, mes frères, toutes ces prières qui ne se font pas ? Toute cette prière qui ne s’est pas faite quand justement le Père n’attendait que cette brèche dans notre humanité pour venir la combler de sa lumière et de sa grâce ? Et pourquoi ce mutisme obstiné, tête baisée comme Caïn en qui se méditait le meurtre de son frère, pourquoi sinon parce que je manquais de foi ? Je n’avais qu’à dire alors : « Notre Père qui es aux cieux... » Mais justement, direz-vous, quand la foi me manque, je ne veux pas ouvrir la boucher pour prier, évidemment. Mais précisément, c’est quand la foi nous manque qu’il faut énoncer : « Que ton nom soit sanctifié » ! Priez donc contre votre cœur, puisqu’il a le tort de ne pas croire. Laissez prier en vous l’Esprit de Jésus, lui qui n’a pas peur de venir en vous pécheurs.

Dans l’angoisse, dans le doute, en plein marécage morne de nos obsessions et de nos dépressions comme dans l’absurde excitation de nos égarements, laissons venir en nous le Notre Père. Répétons-le, mentalement ou à vois haute, sans craindre de rabâcher : chaque nouvelle prière est un pas de plus du Seigneur qui se fraie un chemin vers notre cœur. Ne laissons aucune déception remporter la partie dans nos vies, aucun désarroi éteindre en nous les gémissements de l’Esprit : même s’il nous semble frapper à une porte murée, que notre plainte s’élance sans repos vers le ciel qui semble vide. Et si le temps est au beau fixe, si le cours de notre existence s’avère paisible et riant pour un temps, rendons-en grâce avec joie. Et disons : « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite ! » Afin que la mémoire du monde en douleur d’enfantement, et des souffrances de l’Église en travail de la mission, nous garde de tomber dans une tranquillité trompeuse. Nous serons ainsi gardés de l’égoïsme et de l’orgueil, ces grands péchés sournois qui corrompent les dons les meilleurs. En tout cas prions, frères, prions sans cesse. Si je prie vraiment, c’est l’Esprit Saint qui prie en moi : je suis donc déjà exaucé, puisque comblé de celui qui est Dieu et le don de Dieu.

À l’inverse, chaque fois que je ne prie pas, c’est que je laisse « le démon muet » me fermer le cœur. Ainsi, sans le dire, je fais non, non, non et non à Dieu. Quel dommage ! Alors, vite, accueillons la parole de celui qui est tout entier Amen à son Père et portons vers lui ardemment toutes nos demandes.