Dimanche 4 août 2013 - 18e Dimanche Année C

L’esprit qui est dans les choses

Qohélet 1,2 et 2,21-23 - Psaume 89,3-6.12-14.17 - Colossiens 3,1-5.9-11 - Luc 12,13-21
dimanche 4 août 2013.
 

L’esprit qui est dans les choses se reconnaît à la façon dont il vient ou s’en va. Un nom s’emplit de poésie divine parce que l’être qui le porte a ravi notre cœur. Mais le cadeau qui nous enchantait semble odieux quand l’amour s’est perdu.

À propos de cadeau, le blé dont il est question dans notre évangile n’en est-il pas un ? Certes, il a coûté à produire : dur travail de la terre, semailles et soins au long de la croissance, et le joyeux labeur de la moisson. Le grain a gardé la mémoire du Créateur qui l’a fait pour nourrir les vivants et refaire leurs forces. Et aussi son intention qu’il soit partagé entre les travailleurs, et devienne pain rompu pour les repas de la famille. Le blé n’a pas oublié qu’il était conçu comme un pur cadeau avant que le péché ne le condamne à n’être tiré du sol qu’à la sueur des fronts. Il a gardé en lui l’esprit de vie et de partage de sa création.

Cet esprit, l’a-t-il écouté, l’homme qui l’amasse en abondance en ne pensant qu’à lui ? Il l’éteint plutôt et le bafoue dans son égoïsme. Mais le peuple qui l’élève par les mains du prêtre le réveille par sa prière fervente : « Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donne ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes : il deviendra le pain de la Vie ! » Et ce ne sont pas seulement le pain et le grain, mais toutes choses au monde qui portent en elles l’esprit de vie et de partage de la création, esprit de don et de partage de la vie.

Pourtant, cette vie même est fugace : elle passe si vite ! Qohélet le dit : « Tout est vanité ». Le mot en hébreu désigne la buée née de la respiration des hommes et des bêtes dans l’air froid du matin, une vapeur qui monte et disparaît aussitôt. Oui, la vie est un passage si bref qu’il faut bientôt tout laisser en héritage. Si fort pourvu soit-il, l’homme qui pense surtout à transmettre ses biens aux enfants de la femme avec qui il leur a donné la vie accepte la pauvreté radicale de sa condition humaine. Tandis que le riche de la parabole ne songe qu’à prolonger sa propre existence sans autre but que lui-même. Oui, il éteint et bafoue l’esprit de pauvreté et de passage qui est en toute chose de ce monde.

Tandis qu’en cet esprit nous pouvons vivre même l’effacement de la vieillesse et de la mort dans la paix de qui se sait une simple buée montant vers le ciel un instant, comme disparaît une flamme dans un souffle. Ainsi disparut à leurs yeux l’Ange du seigneur venu annoncer aux parents de Gédéon la naissance d’un fils. L’homme qui veut tout retenir pour lui-même empêche l’esprit de pauvreté et de passage, de transmission et d’héritage qui nous dit en toute chose ici-bas notre vocation à la vie d’en-haut. Écoutons saint Paul nous en parler avec ardeur pour ne pas ressembler à cet homme au cœur de fer, de plomb et de pierre, car il sera brisé, fondu et rongé.

C’est le sort dont le Seigneur nous sauve, et lui seul. Son sacrifice d’amour, lui qui a pris notre condition de vie et de partage, mais aussi de pauvreté et de passage, nous libère de la mort venue dans le monde par la jalousie de l’ennemi. Il éveille en toute la création l’esprit d’amour plus fort que la mort qui gémit dans l’attente de sa rédemption. Les arbres des forêts dansent de joie devant l’arbre de la croix, les masses de la mer se soulèvent d’espérance à la vue du Sauveur englouti dans la mort, la campagne tout entière est en fête autour du tombeau où dort le Fils qui va soulever le monde.

Il est la Source des sources : de lui jaillit l’Esprit qui réveille tout esprit de vie et de partage, de pauvreté et de passage, et d’amour plus fort que la mort qui dormait au silence des choses. Il vient ranimer la terre desséchée avec ses ossements entassés depuis la nuit des origines. Voilà ce que nous allons maintenant célébrer dans l’Eucharistie de Jésus, depuis la présentation des dons jusqu’à la doxologie sur le pain de la Vie et le vin du Royaume : par la puissance de l’Eprit Saint, voici que ressuscite tout esprit qui était dans les choses au commencement, esprit de joie et de louange à la gloire du Dieu vivant.