Jeudi 15 août 2013 - Assomption de la Vierge Marie

« Jusqu’à ce que la mort nous sépare »

Apocalypse 11,19 et 12,1-6.10 - Psaume 44,11-16 - 1 Corinthiens 15,20-27a - Luc 1,39-56
jeudi 15 août 2013.
 

« Jusqu’à ce que la mort nous sépare » : c’était la formule consacrée pour le mariage, mais maintenant on ne le dit plus. Pourquoi ?

La mort sépare, c’est sûr, nous en faisons tous l’expérience. Pourtant on parle aussi d’être réunis dans la mort, justement en particulier pour des époux qui se suivent sur ce chemin de tout le monde.

Mais ce n’est pas la mort qui réunit puisqu’elle sépare, nous l’avons dit. Ce sont seulement les restes de l’un et de l’autre qu’on peut rapprocher dans la tombe. Mais les corps se décomposent et se dispersent jusqu’à ce qu’il n’en reste rien. Si vous croyez au Grand Tout, vous pouvez penser qu’il rassemble en lui toute chose à la fin. Mais il est presque aussi difficile de croire au Grand Tout qu’à rien du tout.

Alors il faut croire à quelque chose comme les esprits ? Mais dans quoi se réunissent-ils ? Dans le Grand Esprit ? En fait, il est aussi difficile de croire que de ne pas croire à quelque chose après la mort.

En tout cas, la foi chrétienne est autre chose : c’est la résurrection de la chair, une fois et pour toujours. En célébrant aujourd’hui l’Assomption de la Vierge Marie, c’est bien une résurrection de la chair que nous proclamons. La première après celle de son fils Jésus Christ.

« Je n’arrive pas à y croire » me disait l’autre jour un papa qui préparait le baptême de son enfant. Bien sûr ! Personne ne peut « y arriver ». Pourtant je voudrais dire deux choses à ce sujet.

La première, c’est que, si difficile soit-il d’y croire, cette foi est très logique, bien plus que les autres croyances que j’ai évoqué jusqu’ici.

Car il est une mort qui réunit en séparant, c’est celle du Fils de Dieu. Jésus ressuscité est, nous dit la lettre aux Hébreux, « séparé des pécheurs ». Et, en effet, sa mort nous sépare du péché lorsque nous y avons part. Car elle nous sépare de l’attachement égoïste à soi-même qui nous empêche d’aimer Dieu et son prochain. Ainsi, si nous avons part à la mort du Christ séparé des pécheurs, nous lui sommes unis pour la vie éternelle. En premier lieu la Vierge Marie, bien sûr. Sans péché depuis sa conception, elle est libre de l’attachement malheureux à soi-même, libre de renoncer à elle-même pour aimer Dieu et son prochain. Elle le manifeste en s’élançant, joyeuse, vers Élisabeth pour l’assister dans sa grossesse au lieu de rester fascinée par la sienne, pourtant miraculeuse.

Ainsi, la mort de la Vierge ressemble à celle de Jésus dont la passion fut le passage du Fils de ce monde au Père. La première, elle prend aussitôt ce chemin ouvert par le Christ, le chemin de l’unité parfaite en Dieu bienheureux. Et tous les saints s’apprêtent à la suivre en foule, au jour où il viendra dans la gloire avec eux pour accomplir son œuvre.

Je le répète, cette perspective n’est pas plus absurde qu’une autre proposition, au contraire : ce n’est pas la mort qui peut nous réunir, mais la vie de Jésus ressuscité victorieux de la mort par sa passion.

Pourtant, deuxièmement, on ne vous demande pas de formuler votre foi en la résurrection de la chair. Car cette foi n’est pas la vôtre, ni la mienne, mais celle de l’Église. Ce n’est pas une opinion majoritaire ou non, qui changerait avec le temps. Elle est fondée depuis le début de l’Alliance de Dieu avec son peuple. C’est celle de la Vierge Marie « qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ».

La louange d’Élisabeth et le cantique de Marie résument l’ensemble de l’histoire du salut : l’élection d’Abraham et de sa descendance jusqu’à l’accomplissement de toutes les promesses de Dieu consignées dans les Écritures par la naissance, la vie et la mort de Jésus, Messie d’Israël et Fils unique et éternel de Dieu, sa résurrection, son ascension et la mission apostolique.

Alors, confiance. Même si vous dites : « Je n’arrive pas à y croire », quand vous venez à la messe de bon cœur, vous êtes uni à la foi de Marie, vous n’en êtes pas séparé. Car l’humilité de votre aveu d’impuissance à croire par vous-même est comme de mourir à vous-même, à votre orgueil et à votre prétention humaine. Et la foi est offerte en récompense à l’humilité, comme pour la Vierge Marie.

Alors célébrons avec humilité cette Eucharistie, frères, et croyons-le de tout notre cœur avec Marie : rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, pas même la mort, puisqu’il est ressuscité.