Dimanche 18 août 2013 - 20e Dimanche Année C

Un cœur transpercé

Jérémie 38,4-6.8-10 - Psaume 39,2-4.18 - Hébreux 12,1-4 - Luc 12,49-53
dimanche 18 août 2013.
 

Si je vous dis : « Un cœur transpercé », à quoi cela vous fait-il penser ? À la flèche de Cupidon plantée dans sa cible, sans doute. Mais, au fait, pourquoi cette image est-elle si parlante ? L’amour est-il vraiment une blessure, une douleur, un trait acéré qui perce comme l’éclair et reste fiché solidement pour longtemps, une souffrance, un accident (on « tombe amoureux »), enfin une maladie qui ne connaît pas de remède ?

En tout cas, à propos de cœur transpercé, nous aurions pu penser aussi à Marie et à la prophétie de Syméon qui annonce pour elle non une flèche, mais un glaive, une épée. Dans l’évangile d’aujourd’hui, en saint Luc aussi, Jésus parle de mettre « la division », mais dans le parallèle en saint Matthieu, c’est « le glaive », et il s’agit de « séparer ».

Si ces éléments semblent disparates, en réalité ils s’accordent à merveille pour nous donner à comprendre le mouvement de la conversion à laquelle Jésus appelle le monde. D’abord, aucun de nous ne peut se convertir autrement qu’en se laisser frapper en plein cœur par la Parole comme par un trait de feu qui allume en lui l’amour de Dieu. Et cet amour aussi ne se fait blessure et douleur.

Le changement de vie profond et évangélique ne peut être que la conséquence de ce coup de foudre. Même si le progrès semble long et laborieux, comme dans les amours humaines, il n’est authentique que s’il s’accomplit dans le mouvement de l’Esprit en nous qui prend sa source dans la croix de Jésus Christ. Comme dans les amours humaines, encore, il nous « sépare » de nous-mêmes pour nous unir au Fils de Dieu et, par lui, à tous nos frères. Le chemin n’est jamais sans embûches ni crises, comme une « maladie d’amour », mais le remède n’est pas ailleurs que dans la cause : ce feu de Dieu que le Christ est venu allumer sur la terre.

Et ce qui vaut pour chacun de nous vaut aussi pour les sociétés humaines à qui l’Évangile est proclamé. C’est pourquoi nous ne pouvons envisager une évangélisation tranquille, un développement paisible et sans à-coup de la Parole simplement parce qu’elle est proclamée. Même s’il se produit de telles phases - et grâce à Dieu il s’en produit ! -, elles ne peuvent durer toujours : nous sommes bientôt de nouveau confrontés à l’hostilité du monde dans les tribulations et les persécutions. Les prophètes de la première Alliance, notamment Jérémie, en ont déjà fait la douloureuse expérience.

C’est ainsi qu’au nom du Fils de Dieu, Prince de la paix, nous sommes parfois amenés à nous séparer de nos plus proches, et même d’être accusés de semer nous-mêmes la zizanie dans les familles et la société. Cela demeure une des plus grandes souffrances que la foi nous donne de supporter, comme Jésus lui-même a dû supporter d’être rejeté par les siens et accusé de diviser le peuple.

Mais de son cœur transpercé a jailli la source de toute réconciliation, comme elle jaillit de quiconque croit en son nom jusqu’à donner sa vie par amour pour lui afin que le monde soit sauvé.