Université de quartier - Jeudi 21 novembre 1996

En Avent les migrants II

jeudi 15 décembre 2005.
 

Adam connu Eve, sa femme, elle devint enceinte et enfanta Caïn.

Elle dit : j’ai procréé un homme avec le Seigneur.

Et en plus elle enfante son frère, Abel. Et voilà qu’Abel est pasteur de troupeau.

Alors que Caïn cultivait la terre.

Et voilà la fin des jours. Et Caïn apporte du produit de la terre en offrande au Seigneur.

Et Abel apporta lui aussi des premiers-nés de son troupeau et leur graisse.

Et le Seigneur regarda vers Abel et vers son offrande.

Mais vers Caïn et vers son offrande, il ne regarda pas.

Et Caïn brûle vivement, et il laisse tomber sa tête.

Le Seigneur dit à Caïn : Pourquoi es-tu brûlé, pourquoi laisses-tu tomber ?

Voyons, quand tu es bien disposé, tu tiens, n’est-ce pas ?

Et si tu n’es pas bien disposé, c’est qu’il y a, d’entrée, du péché là-dedans.

Il te veut. Alors, toi, prends le dessus sur lui.

Et Caïn dit à Abel, son frère

Et voilà que, comme ils sont dans le champ,

Caïn se lève contre Abel, son frère, et il le tue.

Le Seigneur dit à Caïn : où es ton frère Abel ?

Caïn dit : Je ne sais pas. Est-ce que le gardien de mon frère, c’est moi ?

Le Seigneur dit : Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie vers moi de la terre.

Maintenant tu es maudit plus que la terre

dont la bouche s’est ouverte pour boire le sang de ton frère, de ta main.

Quand tu cultiveras la terre, elle ne te donnera plus sa force.

Tu seras errant et vagabond sur la terre.

Caïn dit au Seigneur : ma faute est trop lourde à tenir.

Voici qu’aujourd’hui tu m’as chassé de cette terre

Je me cacherai en face de toi. Je serai errant, vagabond, sur la terre.

Et qui me trouvera me tuera.

Genèse 4, 1-14

A. L’ENSEIGNEMENT DE L’EGLISE

De l’enseignement de l’Eglise, nous tirerons trois notions capitales pour notre sujet :

la nature sociale de l’homme, les devoirs de justice, et l’amour des pauvres.

L’expression de "nature sociale de l’homme", bien attestée dans l’enseignement de l’Eglise, est instructive par sa formulation même : l’homme est social par nature, par essence. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique, au titre du "Bien commun" (N° 1905 à 1912), nous éclaire sur la façon dont cette nature sociale se manifeste. Le bien commun comporte trois dimensions essentielles : d’abord le respect des personnes, de chaque personne ; ensuite, la prospérité du groupe : que le groupe dispose en abondance de toute ressource bonne ; enfin, la durée et la sécurité d’un ordre juste.

En vertu de sa nature sociale, l’homme est en groupe, au sens fort du verbe être. Ce n’est pas seulement qu’il "existe" en groupe, qu’on le rencontre habituellement dans cette situation. L’homme est en groupe. "Il n’est pas bon que l’homme soit seul" (Gn 2,18). Et le groupe humain se caractérise par un bien commun à toutes les personnes qui le constituent. Le bien commun, d’une certaine manière, définit le groupe. C’est pourquoi l’on appelle aussi ce groupe, logiquement, une "communauté". La "communauté", c’est ce qui est à la fois à tous, ou ce qui est tous à la fois. L’expression même de "nature sociale de l’homme" indique une dialectique anthropologique fondamentale entre l’individu et le groupe, entre la personne et la communauté. Une "dialectique" parce qu’on ne peut pas placer l’une de ces deux réalités absolument avant l’autre. Et, si la communauté est tout entière définie par le fait de servir les personnes - ce qui est assez admis généralement - réciproquement, la personne est tout entière définie dans le fait de servir la communauté.

Cette dialectique se réalise de façon particulière en ce qui concerne les réalités matérielles, les biens de la terre. Il y a à ce sujet deux principes dans l’enseignement de l’Eglise : le principe du "droit à la propriété" et le principe de la destination universelle des biens. Autrement dit, les individus, les personnes, ont le droit fondamental de posséder des biens en propre mais, d’autre part, tous les biens de la terre sont absolument destinés à tous les hommes. Là encore il y a une relation dialectique entre deux principes qui semblent, plus encore que les termes d’individu et de groupe, devoir s’opposer. C’est dans le mouvement organisé de la vie selon ces deux principes à la fois que se réalise correctement la nature de l’homme. Et, précise le Catéchisme de l’Eglise catholique, l’autorité politique a le droit et le devoir de régler en fonction du bien commun l’exercice légitime du droit de propriété. Donc, si les deux principes sont fondamentaux, l’autorité publique a pour fonction de subordonner le droit de propriété au principe de destination universelle des biens. Au demeurant, nous sommes seulement les intendants des biens de la terre ; non seulement nous avons le devoir de les partager, mais nous devons même en donner la meilleure part à celui que nous accueillons.

Bien sûr, le bien commun dépasse radicalement les ressources matérielles au sens strict. Le bien commun est aussi, et d’abord, culturel, historique, juridique, coutumier : notre histoire, nos moeurs, notre langue, nos idéaux, nos héros, sont notre bien commun. Voilà donc comment nous pouvons savoir si nous faisons partie d’une communauté : en examinant si nous avons un bien commun, régi par une autorité convenable, en vue de l’heureuse existence du groupe et de ses membres.

Vous voyez ainsi que l’expression de "communauté politique", employée dans le Catéchisme de l’Eglise catholique, est finalement l’expression clé pour comprendre ce qu’est un groupe humain réalisant la nature sociale de l’homme. Le mot de "politique", je voudrais le rafraîchir un peu en remontant à ses origines : la ville grecque, la polis, est une communauté qui a magnifiquement pris conscience d’elle-même et théorisé sa propre réalité communautaire. Le premier objet de la politique est donc le règlement du bien commun : le respect des personnes, la prospérité du groupe, ainsi que la durée et la sécurité d’un ordre juste. Un groupe humain est une communauté politique.

Tout devrait aller très bien, normalement, si nous vivions selon notre nature, si tout groupe humain vivait comme une famille idéale, où chacun tient sa place de tout son coeur, où le père et la mère, notamment, se donnent entièrement au service de la famille, pour la prospérité des enfants en particulier. Mais les choses ne vont pas si bien que cela en général.

En fait, l’homme connaît des distorsions et des dysfonctionnements dans ce qui devrait être le développement normal de l’humain selon sa nature ; et le mot d’"injustice" ne signifie pas autre chose que cela. L’injustice est ce qui est contraire au bien de l’homme dans sa nature entière, qui est individuelle et sociale. Et parce qu’il y a des injustices, il y a des devoirs de justice. Sinon, on n’en parlerait pas. Si tout allait bien, on ne parlerait pas de justice : il n’y aurait que la vie, et le bonheur de vivre.

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous enseigne qu’il y a des "inégalités iniques". Toute inégalité n’est pas inique, mais il y a des inégalités économiques et sociales excessives, qui sont contraires à la paix et à la solidarité ; et toutes les formes de réparation de ces inégalités sont nécessaires et obligatoires. Le Catéchisme nous enseigne que les choses sont moins que les personnes, et que, oublier cela, dans les décisions de justice par exemple, est injuste ; que la réalité de la communauté humaine, si elle se vit pratiquement dans des groupes délimités de tailles différentes - famille, clan, tribu, ville, région, nation, fédération - n’en est pas moins, de droit et virtuellement, au-delà de toute délimitation, une fraternité universelle. Ce qui signifie d’abord l’égale dignité de toutes les personnes humaines. Nous sommes tous créés par Dieu dans l’égalité de la dignité, et rachetés par le sacrifice du Christ, dans l’égalité du prix que nous avons eu pour cela aux yeux de Dieu. Donc cette égalité fondamentale essentielle des hommes, et la dignité personnelle qu’elle signifie, impliquent des droits ; des droits fondamentaux, sur lesquels il est absolument injuste de revenir.

C’est pourquoi toute communauté humaine, et donc politique, a des devoirs envers les personnes qui sont en elles, quelles que soient les raisons que cette communauté aurait de ne pas vouloir favoriser ces personnes. Quelqu’un qui est là, quels que soient son statut ou ses fautes, a des droits fondamentaux qui entraînent des devoirs élémentaires correspondants pour la communauté.

Les communautés humaines sont comme des corps, des organismes. Elles sont donc aussi elles-mêmes, entre elles, en relation dans un rapport d’altérité, analogue à celui qu’entretiennent les personnes entre elles. De même qu’il y a nécessité de régler les relations entre les personnes, il y a aussi nécessité de régler les relations entre les communautés humaines, ou entre une communauté et les personnes extérieures à cette communauté. C’est un autre aspect des choses que celui des devoirs de la communauté à l’égard de ceux qui sont en son sein.

Au sujet de ces relations, notamment entre les nations, l’Eglise dit très fermement au N° 2241 du Catéchisme de l’Eglise Catholique : "Les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger." Ainsi, l’accueil de l’étranger est un devoir pour les communautés nationales, autant qu’elles le peuvent, et puisqu’elles sont riches. De même qu’il se posait des questions de justice à l’intérieur des communautés, il se pose des questions de justice entre les nations. Et à ce sujet, dit l’Eglise, il faut redéfinir les priorités et les échelles de valeur.

Troisième point capital de l’enseignement de l’Eglise : l’amour des pauvres.

Avec cette expression, nous quittons, semble-t-il, le langage directement accessible à tous les hommes de bonne volonté. Mais je n’en suis pas sûr. Le Catéchisme cite la phrase du Deutéronome (Dt 15,11) : "Certes les pauvres ne disparaîtront pas de ce pays", phrase reprise par Jésus, notamment en Jean 12,8 : "Les pauvres seront toujours avec vous." Vous savez bien que cela ne signifie pas que l’Eglise, que Dieu, que le Christ, aient fait l’apologie de la pauvreté purement et simplement. Vous savez que le "shalom" promis par Dieu, c’est la paix, mais aussi l’allégresse, la prospérité et la fécondité. Mais Dieu s’enflamme contre ceux qui exploitent les pauvres, contre ceux qui "vendent le juste à prix d’argent et le pauvre pour une paire de sandales" (Amos 8,6). Remarquez ici le rapprochement prophétique entre le sort qui sera celui du Fils de Dieu venu en notre chair, "le juste vendu à prix d’argent", et ce "pauvre vendu pour une paire de sandales".

En tout cas, l’Eglise nous dit que l’amour des pauvres est incompatible avec l’amour des richesses ou avec leur usage égoïste (N° 2443 à 2449). Il nous faut entendre cette phrase dans toute sa force. C’est parce que notre société met son espérance dans les richesses plus que jamais, me semble-t-il, qu’elle est devenue tout à fait incapable de comprendre ce que signifie l’amour des pauvres.

B. ANTHROPOLOGIE

Sur ce chapitre, je me contenterait de résumer et de compléter ce que j’ai déjà dit dans la première conférence (voir document "En Avent, les migrants I").

Capital est d’abord de comprendre que l’homme est un migrant, et que l’histoire de la migration des hommes est vieille comme leur monde.

A écouter le débat public, on a l’impression que le "problème de l’immigration" auquel nous serions confrontés est un phénomène inscrit dans les cinquante dernières années, avec la reconstruction à la suite de la deuxième guerre mondiale, l’afflux de main-d’oeuvre étrangère, les trente glorieuses, les chocs pétroliers et "la crise".

C’est en fait, d’abord, chez nous une histoire qui remonte à bien plus de cinquante ans. Par le fameux mot : "C’est Mozart qu’on assassine", Saint-Exupéry, dans Terre des hommes, exprimait sa révolte en voyant un enfant polonais dormant sur une banquette du train qui ramenait ses parents expulsés de France. Ses parents étaient venus travailler à la reconstruction du pays, et ils étaient chassés par une modification de la législation sur les étrangers. Une exilée allemande dans la France de 1933, décrit son propre sort et celui de ses semblables : "Dans l’immense mer qu’est Paris, chacun vit dans une île, chacun est une île." La même année 1933, Henri Troyat, de l’Académie Française, prix Goncourt, de son vrai nom Lev Tarassov, dont la naturalisation avait interminablement traîné en longueur, écrit : "On eût dit que des scribes malveillants s’acharnaient à dresser des obstacles entre moi et la France."

Encore une fois, je renvoie ici au premier exposé : nous pouvons, de proche en proche en passant par l’époque de Clovis, remonter jusqu’à la tour de Babel et même jusqu’à Caïn : nous croyons qu’il y a des faits nouveaux dans l’immigration dans la France aujourd’hui ; mais non, il n’y a pas de faits nouveaux, c’est la continuation d’une histoire vieille comme le monde.

L’épisode de la tour de Babel, que j’ai cité la dernière fois, se termine par la dispersion des hommes sur la surface de la terre, avec le brouillage de leurs langues. Quant à Caïn, il vit sa malédiction dans l’errance, dans la migration éternelle. L’homme est un migrant, c’est un fait historique constant.

L’histoire de la migration de l’homme a toujours été une histoire de problèmes, de bruits, de fureur, de cris, de souffrances. Les mouvements de groupes sont forcément des mouvements difficiles, qui donnent lieu à des oppositions et à des conflits, parce que les groupes qui ne formaient pas d’avance une communauté politique ont à inventer une façon de vivre ensemble.

Anthropologiquement, la migration est un phénomène ambivalent. C’est, d’un côté, un mouvement de misère : on est poussé à migrer par l’indigence, ou du moins par l’espoir d’une vie meilleure ; et l’arrivée de migrants provoque, en général, une perturbation. Et, de l’autre côté, la migration est une sortie de soi libérante pour l’homme : un mouvement positif, un mouvement d’espoir, un mouvement d’entreprise, un mouvement de quête, un mouvement purifiant, parce que pour bouger, il faut être léger, donc il faut abandonner le superflu, il faut discerner le plus nécessaire, le plus important. C’est un approfondissement, qui fait aller à l’essentiel, c’est le risque de l’aventure, c’est la possibilité de rencontrer ce qui est différent, et ainsi de s’enrichir humainement.

L’homme est un migrant : ce n’est pas seulement un fait historique, mais aussi une réalité existentielle que nous éprouvons dans toute notre histoire individuelle. L’embryon, dans le ventre de sa mère, semble l’être le plus sédentaire qui soit : il est là, il ne bouge pas, et tout lui arrive. Mais voyez comme il est en migration dans son corps, voyez l’aventure de migration intérieure qu’est le développement physique de l’être humain, dans le corps de sa mère, et ensuite jusqu’à sa mort : l’homme est un être qui passe, qui transite sans arrêt d’un état à un autre, qu’il espère meilleur, ou auquel il est contraint se rendre. L’homme est un migrant en lui-même, dans sa peau.

Si l’homme est un migrant, il aspire pourtant à la stabilité : le migrant n’a qu’un rêve, c’est de s’installer dans une terre généreuse d’où il n’aura plus envie ni besoin de sortir.

Pourquoi le marin est-il si content de partir, et si content d’arriver ? C’est, d’ailleurs, pour cela qu’on fait du bateau : pour partir, et pour arriver. On est content d’arriver parce que personne n’aime être secoué, trempé d’eau glacée, exposé au danger, à la casse, à la mort. Personne n’aime ça, pas même le marin. Vous me direz : pourquoi s’en va-t-il ? Comprenons déjà pourquoi il est content d’arriver : il va être à l’abri, au chaud, au calme, faire de bons repas et de bonnes nuits. Donc, pourquoi est-il parti ? Eh bien si l’on est plus content d’une chose que d’arriver, c’est de partir. Ah, l’allégresse de l’appareillage ! Parce que, je crois, tout abri est une prison. Et ce qu’on vit en prenant la mer, c’est un profond et merveilleux sentiment de libération. Voilà pourquoi Platon, dit-on, estimait qu’il y a trois sortes d’humains : les vivants, les morts, et ceux qui vont sur la mer. Les marins ne peuvent se résoudre à vivre comme les vivants ; mais ils ne désirent pas pour autant la mort. Ils vivent l’insatisfaction de vivre des hommes. Et le nomade, dans son désert, ne vit pas autrement. Le marin, le nomade, le migrant, rêvent du paradis où ils s’installeraient définitivement. C’est pour cela que les marins, parfois, finissent aux Açores, à Tahiti ou ailleurs en berniques de ponton. Mais le paradis qu’ils trouvent n’est jamais celui qu’ils avaient rêvé.

En effet, autant que la migration, la stabilité est une situation paradoxale pour l’homme.

Voyez les "grandes civilisations" : Sumer, Babylone, l’Egypte, la Grèce, Rome, la Chine. Que fait l’homme quand il réussit sa stabilité ? Il développe une concentration humaine qui représente un énorme potentiel dans tous les domaines. Il construit des oeuvres stupéfiantes, des "merveilles du monde", des jardins suspendus, des colosses de pierre ou de métal, des administrations prodigieuses, des systèmes juridiques, économiques, politiques et financiers phénoménaux. Et en même temps, il développe des vices insoupçonnés auparavant. C’est le paradoxe de la ville, c’est le paradoxe de la civilisation, que cette concentration, que cette accumulation d’hommes et de biens soient sous un aspect un développement humain merveilleux et, sous un autre, l’aggravation de l’injustice et de la perversion jusqu’à l’abomination.

On dit que le statut qu’une société accorde aux étrangers qui vivent en son sein est un bon indicateur de l’état moral de cette société. Quand le statut des étrangers est modifié dans un sens restrictif, cela signifie un recul de l’état de droit, et une régression qui pénalise non seulement les étrangers, mais tous les ressortissants. Cela s’observe, hélas, très bien dans notre histoire récente. Voyez comme la vie simple et fraternelle des nomades, de ce point de vue là, s’oppose à la vie de la ville. Dans le désert, tout étranger est un frère.

Mais nous ne vivons pas dans le désert, nous autres, bien au contraire, Parisiens que nous sommes, en particulier. Nous sommes l’Occident moderne. Nous sommes structurés par l’idéologie occidentale moderne : idéologie individualiste et universaliste, stabilisés par l’idée que nous représenterions l’âge de la maturité de l’homme. Voilà l’origine de tous nos problèmes spécifiques. Et j’en citerai quatre.

a. Le racisme comme idéologie.

Le racisme, tel que nous le connaissons, est une maladie de l’Occident moderne. Il n’existait pas ainsi auparavant. Avant, il y avait la xénophobie ordinaire - le fait de craindre l’étranger et de le repousser -, xénophobie "naturelle" chez l’homme, qui est simplement une timidité : timidité, cela veut dire peur, peur de l’autre. Vivre en homme, c’est surmonter sa timidité et sa xénophobie. Notre Occident moderne a inventé le racisme au sens propre de l’idée qu’il y aurait des races humaines distinctes : une race x, une race y, une race z, quelle que soit la façon dont on les caractérise. Cette idée est absolument fausse, scientifiquement fausse.

Les Anciens n’avaient pas une seconde de doute à ce sujet. On voyait passer à Rome, par exemple, des grands et des petits, des frisés et des crépus, des barbus et des poilus, des blonds et des bruns, des noirs et des jaunes, des gros et des secs, selon une variété de caractères combinés de bien des façons ; et l’on savait très bien que si les caractères humains, merveilleusement divers, sont distribués selon certaines combinaisons et non selon d’autres, cela n’empêche qu’il n’y a qu’une espèce humaine, et que tous ces caractères peuvent se rencontrer de toutes les manières si on les redistribue, ce qui se réalise très aisément, en se mariant et en faisant des enfants.

Dans les textes de l’antiquité, le mot race au sens moderne n’existe pas ; les mots que nous traduisons parfois par "race" signifient tour à tour famille, lignée, descendance, nation, voire histoire. Pour l’antiquité, la "génération", la transmission génétique de la vie, est métaphorique de la réalité de la communauté. Un enfant adopté, cela ne fait aucun doute, est un enfant comme les autres, parce que la réalité communautaire est de l’ordre du droit et de la coutume. Ainsi l’on manipule la généalogie symbolique que constituent les ancêtres éponymes en les associant de différentes manières pour signifier le rapprochement des groupes, leur fusion ou leur alliance : ils deviennent frères, ou père et fils, ou sont déclarés un seul et même personnage sous deux noms différents.

L’idée, l’erreur scientifique, du racisme est une invention occidentale moderne, caractéristique non seulement de la misère de notre pensée, mais de l’incroyable aveuglement sur nous-mêmes qui est le nôtre.

Vous me direz : "Etre moderne, c’est justement ne pas être raciste. Les racistes, ce sont les affreux conservateurs rétrogrades. Le moderne n’est pas raciste !" Eh bien, le raciste a un pendant qui est son frère ennemi et son semblable, c’est l’antiracisme ; qui est la négation de la différence, sur la base de l’idée désastreusement infatuée que l’on a de soi. Le parallèle est immédiat avec la question du machisme et du féminisme, autre invention moderne et autre paire de frères ennemis, semblablement désastreux. Le machisme qui thématise une supériorité "raciale" du mâle et le féminisme qui soutient l’indistinction des sexes sont les deux aspects d’une même misère moderne de pensée.

b. Deuxième problème de notre Occident moderne, la négation du lien social radical.

Notre idéologie individualiste pense l’homme à partir de l’individu supposé autonome et suffisant. Et pour "libérer l’individu", l’on croit nécessaire de nier le lien communautaire préalable. Ce qui donne une situation dont on ne peut pas sortir : quand on a nié le lien social radical, fondamental, en niant que l’homme soit fondamentalement dépendant de l’homme, on ne peut le repenser ensuite. Nous n’avons alors que des caricatures de lien social, comme dans les doctrines du libéralisme et du socialisme, autre paire de frères ennemis dont l’un vaut l’autre. Le libéralisme en tant que doctrine philosophique conçoit l’unité du lien social comme contrat entre les individus. Le socialisme conçoit l’unité comme celle d’une classe, ce qui n’est finalement une unité d’intérêts. L’un et l’autre ignorent la réalité essentielle de la nature sociale de l’homme.

c. Troisième type de problèmes : nous ne savons plus qui nous sommes.

Nous ne savons plus vraiment ce qu’est une communauté politique. Nous ne pensons et fonctionnons qu’en termes de communauté économique. Ils sont risibles, ceux qui critiquent au nom de la nation française l’Europe telle qu’elle se fait actuellement parce qu’elle serait pensée comme communauté économique ! Alors que ceux qui parlent ainsi n’ont de conception de la nation française qu’économique : est français celui qui a droit au gâteau ! C’est notre troisième problème : nous ne savons plus ce qu’est vraiment la politique ; nous faisons de l’économie, et de la pire. Nous pensons la réalité humaine en termes de partage du gâteau et non pas en termes de communauté fondamentale. Nous sommes comme les familles qui se déchirent à l’occasion de l’héritage. Les frères et soeurs qui s’affrontent ainsi manifestent par là que leur fraternité était déjà terriblement dégradée. Nous pensons les biens comme un butin à négocier. Le bien commun se réduit pour nous à cela : le gâteau sur lequel il ne faut pas être trop nombreux ; et dont chacun espère qu’il aura la plus grosse part, pour être sûr de ne pas en avoir moins que le voisin.

d. Quatrièmement, nous avons des problèmes de pensée.

Parce que nous ne savons plus ce qu’est un argument de tradition ou un argument d’autorité, nous pensons qu’il faut tout démontrer. Bien entendu nous en sommes incapables. Alors nous ne pensons pas : nous négocions.

C. LE SALUT EN JESUS CHRIST.

Chrétiens, nous croyons à une histoire de salut, dont la Bible témoigne. Et cette histoire de salut est une histoire de migrations. Voyez Abraham quittant sa terre, voyez les Hébreux en Egypte, voyez l’Exode dans le désert.

Parvenu en Terre Promise, Israël ne cesse pas d’être dans la condition de migrant. Dans le livre du Lévitique (Lv 25,3) Dieu dit aux fils d’Israël : "Oui, la Terre est à moi. Vous vivez chez moi comme des émigrés et des hôtes."

Voyez le Seigneur Jésus lui-même : l’Incarnation n’est-elle pas une migration ? Le Verbe de Dieu s’est fait chair, Dieu a planté sa tente parmi nous, le Fils de l’homme n’avait pas une pierre où reposer sa tête : il s’est fait nomade. La Pâque du Seigneur n’est-elle pas, comme la migration, une mort pour une vie ? Et la Résurrection est un passage, une migration de la terre au ciel dans laquelle nous sommes tous entraînés.

Pour l’Eglise, il ne peut logiquement pas en être autrement que pour son Seigneur.

-  L’auteur de la première épître de saint Pierre s’adresse "aux étrangers de la dispersion". Etrangers, dispersés, voilà ce que sont les chrétiens. La paroisse, selon une bonne étymologie, c’est la parrochia : la communauté de ceux qui sont "à côté de la maison", ou de la maison d’à-côté. C’est-à-dire ceux qui ne sont pas vraiment chez eux.

-  L’auteur de la lettre aux Hébreux (Hb 13,12-14) écrit : "Jésus, pour sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert en dehors de la porte. Sortons donc à sa rencontre en dehors du camp, en portant son humiliation, car nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous sommes à la recherche de la cité future."

-  Dans la 2ème épître aux Corinthiens (2Co 5,1-10), nous lisons : "Car nous le savons, si notre demeure terrestre, qui n’est qu’une tente, se détruit, nous avons un édifice, oeuvre de Dieu, une demeure éternelle dans les cieux, qui n’est pas faite de main d’homme, et nous gémissons dans le désir ardent de revêtir par-dessus l’autre notre habitation céleste. Oui, nous sommes pleins de confiance, et nous préférons quitter la demeure de ce corps pour aller demeurer auprès du Seigneur."

Enfin, cité par le Catéchisme de l’Eglise catholique, l’auteur de l’épître à Diognète énonce : "Les chrétiens résident dans leur propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes leurs charges comme des étrangers. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre l’emporte sur les lois."

Le chrétien, en effet, ne peut pas ne pas être étranger à bien des choses de ce monde. Quant à sa véritable patrie, il y aspire avec ardeur et impatience. Et son coeur est sans repos tant qu’il ne demeure en Celui qui est sa Patrie, comme dit saint Augustin.

De la tour de Babel à la Jérusalem céleste, de Caïn à la Pentecôte, le salut réalisé en Jésus Christ est la recréation de ce monde. Une recréation qui surpasse absolument la première.

a. Le mystère de l’humanité

Le mystère de l’humanité, nous le vivons tous. Que nous soyons juif, grec ou barbare, homme d’hier, d’aujourd’hui ou de demain, nous vivons tous l’humanité comme ce mystère que l’être humain soit foncièrement un migrant, que l’être humain ait constamment le désir d’un ailleurs, qu’il soit lui-même, dans son développement personnel physique et psychique, en passage permanent de l’état où il est à un autre état qu’il espère meilleur ou en lequel il est contraint de se rendre.

Ce mystère est, d’autre part, celui d’une fraternité si profonde en humanité, qu’elle nous est évidente dans la rencontre de l’autre, de son regard, de son visage, si seulement nous sommes dans la simplicité des conditions de vie, et que la dignité de l’autre ne nous est pas voilé par la dégradation du regard qui résulte d’une certaine prospérité.

Enfin, ce mystère est que nous soyons si séparés : pourquoi sommes-nous si séparés si nous sommes frères ? Pourquoi sommes-nous si éparpillés et divisés entre nations, peuples, "races", langues, générations, sensibilités et cultures ?

Comme, en particulier, la différence de langues est significative et révélatrice ! Avec mon propre frère, ma propre soeur, mon propre conjoint, mon propre père, ma propre mère, je peux me trouver dans une relation si dégradée que nous n’ayons plus rien à nous dire. Les êtres les plus proches peuvent se retrouver dans l’impossibilité de se dire même un mot l’un à l’autre, alors qu’ils ont la même langue, la même histoire et le même sang.

Mais si je rencontre un homme que je ne connais pas, dans une situation toute simple, comme un Berbère assis dans le désert, alors que chacun de nous ignore le premier mot de la langue de l’autre, simplement par une tasse de thé partagée nous nous découvrons en vérité dans notre fraternité fondamentale. Miracle magnifique de la pauvreté de la rencontre. Secret du langage primordial du pain et du thé, et du pauvre cadeau échangé. Secret de Matthieu 25 : "J’avais faim et vous m’avez donné à manger. J’avais soif et vous m’avez donné à boire."

Il n’est pas écrit : "Je t’ai tapé dans le métro et tu m’as donné cent balles." Ou : "Je t’ai fait un show-biz sans frontière et tu m’as fait un chèque." Il est question de la rencontre véritable où l’on se découvre frères et semblables, semblablement pauvre en humanité de faiblesse et de besoin. Il est question de faire ensemble un seul pauvre, aspirant à l’unité en Dieu, au salut de notre humanité. Un seul pauvre en celui qui s’est fait justement un avec l’autre pauvre pour que nous puissions tous deux faire un en lui.

Caïn dit à Abel son frère Et voilà que comme ils sont dans le champ, Caïn se lève contre Abel son frère et il le tue. Etrange texte biblique : il manque la suite après "Caïn dit à Abel son frère" Etonnant miracle du texte biblique qui nous indique la parole absente entre les deux frères, qui parlaient pourtant la même langue, comme le noeud du drame. C’est le défaut de parole, le manque à parler, qui est lourd du meurtre du frère.

C’est pourquoi par miséricorde Dieu brouille les langues des hommes qui construisent la tour de Babel. Afin que l’homme retrouve la chance de la parole primordiale, la parole essentielle qui fait frères les hommes, celle qui accompagne inséparablement le partage du pain.

Dans l’histoire, Abel est comme en trop. Eve enfante Caïn et dit : "J’ai procréé un homme avec Dieu" ; et puis, "en plus", elle enfante son frère Abel. "En plus". A la fin des jours, Caïn apporte du produit de la terre en offrande au Seigneur. Et Abel apporta "lui aussi" de son troupeau et de leur graisse. Voyez-vous le petit Abel qui suit derrière son frère, qui vient s’ajouter en plus, en trop, de sorte que Caïn en aura assez et voudra le supprimer ? Abel est en trop, pour Caïn.

Voilà pourquoi le Seigneur lui explique, avant que l’irréparable soit commis : "Pourquoi es-tu brûlé, pourquoi laisses-tu tomber ta tête ? Quand tu es disposé au bien tu tiens..." Comprenez : Si tu ne tiens plus ta tête droite vers le ciel, tournée vers moi, c’est que tu n’étais pas disposé au bien ; et si tu n’es pas disposé au bien, c’est qu’il y a, d’entrée, du péché là-dedans. Alors, attention !" Ma traduction est plutôt une transcription littérale de l’hébreu. Le résultat est bien moins littéraire que du bon français, mais beaucoup plus compréhensible. Dieu explique à Caïn ce qui lui arrive, et l’avertit.

Et Caïn va accuser Dieu de son malheur. Il va lui dire : "Tu m’as chassé de la terre." Dieu n’a jamais chassé Caïn ! Il a dit : Regarde ce que tu as fait ; et regarde les conséquences de ton acte. Il lui explique. Dieu nous explique. Sa parole nous poursuit d’une tendresse inlassable. Il nous explique, et nous fuyons : "Je me cacherai de ta face", dit Caïn. Et nous le fuyons. Sinon ils m’auraient écouté et je les aurais guéris, dit le Seigneur.

Dieu nous explique que toute malédiction, tout malheur, est liée inséparablement à notre péché qui est oubli de sa parole, soupçon et mensonge sur lui et, du même coup, méconnaissance du frère, puis rupture du lien avec lui, perte de la parole et meurtre.

Le livre de la Genèse, en tous ses récits primordiaux, nous explique cela. Il nous explique que Dieu ouvre une histoire de rédemption pour nous au moment même où nous nous laissons tomber à la suggestion de l’enfer. Voyez comme Abel est claire figure du Christ sauveur, lui qui est enfanté "en plus", lui le "pasteur de troupeaux", qui vient derrière Caïn avec son agneau - un être vivant comme lui, et qui le représente, en sorte que c’est lui-même qu’il offre symboliquement en sacrifice -, et qui est agréé par Dieu, bien sûr, mais qui est tué par son frère, jaloux. Il venait le sauver et, par jalousie, il l’a tué.

Ambivalence de la figure de la migration : figure de malédiction, figure de misère, figure d’errance et de malveillance ; et figure de rédemption, dans une pauvreté qui nous ramène à avant, avant l’oubli de la parole et le mutisme assassin.

Voilà toute notre histoire des hommes : c’est l’histoire de la restauration de l’homme dans son rapport à Dieu et à l’homme. L’histoire de la restauration de l’unité. Voilà aussi pourquoi nous sommes en butte à l’ambivalence de la prospérité. Parce que la prospérité vécue dans l’abattement de Caïn est vécue contre Dieu et contre le frère. Déjà dans l’épisode du fruit défendu le serpent suggérait à l’homme de prendre contre Dieu ce que Dieu offrait en fait à l’homme. Dieu offrait à l’homme l’arbre de vie au milieu du jardin. Et l’homme a cru qu’il fallait s’emparer de l’égalité avec Dieu contre Dieu. Moyennant quoi, en fait de fruit, il s’est trompé : il a pris celui de l’expérience du bonheur et du malheur, il s’est enfoncé dans la connaissance du malheur.

La prospérité et le rassemblement vécus dans la perversion, au lieu de réaliser la fraternité, démultiplient le cycle infernal du meurtre et des vengeances, de la dégradation des rapports humains et de l’humanité bafouée. Telle est la clé de l’épisode de Babel, auquel fait un terrible écho l’aventure du Troisième Reich : Ein Reich, ein Führer, eine Sprache (Un seul Empire, un seul Guide, une seule langue). Nous sommes enfoncés dans notre mort et dans notre damnation quand nous nous établissons efficacement dans la prospérité sans charité. Voilà pourquoi il est écrit : "Malheureux, vous les riches !" Et voilà pourquoi il n’y a pas de chemin de rédemption pour nous qui ne soit de quelque façon un chemin de pauvreté. Mais sur ce chemin, l’errance au désert devient route de l’exode et voie de la libération.

Il n’y a pas d’autre sens à notre vie que le salut : la réalisation de notre unité, selon le voeu profond de notre humanité fraternelle, en dépit des forces de mensonge et de mort qui la défigurent. Toute autre tentative de donner un sens à sa vie est une affreuse méprise. N’êtes-vous pas saisis de voir et d’entendre comment s’exprime à notre époque le projet principal de "profiter" ? Comme s’il n’était d’autre espérance pour l’occidental moderne que de "profiter" plus, mieux, en tout cas au moins autant que les autres !

Mais notre vie n’a aucun sens si ce n’est celui de s’inscrire dans l’aventure de la restauration, de l’instauration, de la fraternité humaine. Et cette aventure n’est pas sans Dieu.

Que notre société en soit à n’envisager la question des migrants que comme le problème de la gestion économique des émigrés, c’est effrayant. Comment n’avons-nous plus la passion de l’homme, la passion de l’autre ?

L’amour se nourrit de différence et de pauvreté. On ne peut aimer que pauvre, on ne peut aimer que l’autre. Comment rêvons-nous un monde où nous serions tous pareils et pareillement riches ?

Il nous faut, nous chrétiens, mais aussi tous les hommes de bonne volonté, reprendre raison, reprendre parole. Logos : verbe, parole, raison.

Il nous faut aimer être particuliers, dépendants, dérangés par ceux qui sont différents. Il nous faut aimer avoir à comprendre les autres, à les connaître et à faire avec eux une communauté qui sera forcément nouvelle, de ces nouveaux liens. Il nous faut aimer recevoir chez nous ces hommes et ces femmes qui viennent d’ailleurs, et qui nous rappellent à notre humanité.

A Babel, les hommes construisent efficacement le monument de leur satisfaction, de la satisfaction de leurs désirs insatiables de puissance et de gloire. Mais chacun n’est qu’un fragment de la machine sociale, et tous sont moulus dans le projet insensé de se faire Dieu en collectivité. Tandis que la Jérusalem nouvelle descend du ciel comme un cadeau de Dieu, pour une fête où les mains se prennent comme au jour des noces, dans l’émotion pure d’accueillir la vie de l’autre comme la sienne.

Tandis que la parole est restée en travers de la gorge de Caïn, en sorte qu’il a tranché celle de son frère, le don de Dieu à la Pentecôte réalise la communication de tous dans la diversité des langues, signe de la fraternisation des groupes humains, par-delà toute incompréhension et toute peur, par l’accueil mutuel.

L’Eglise est le signe, la réalité et le moyen de cet accueil-là qui est notre salut. Chrétiens, nous devons être en tête de cet accueil, afin que la parole que n’a su dire Caïn soit prononcée, que le meurtre du frère soit évité, et qu’ensemble nous puissions retrouver notre vocation, qui est d’être sauvés ensemble.


UQ en avent les migrants II 1996