Dimanche 1er septembre 2013 - 22e Dimanche Année C

Quelle stratégie pour gagner ?

Siracide 3,17-18.20.28-29 - Psaume 67,4-7.10-11 - Hébreux 12,18-19.22-24a - Luc 14,1a.7-14
dimanche 1er septembre 2013.
 

Quelle stratégie pour gagner ?

La réponse est dans la question : il faut adopter la stratégie gagnante. Sauf que la formulation est simplificatrice. La vie n’est pas toujours comme une partie d’échecs ou un match de football. C’est souvent beaucoup plus compliqué, comme par exemple en Syrie actuellement.

Faut-il attaquer, intensifier la diplomatie ou ne surtout rien faire ? Ces diverses options peuvent se discuter en termes de risques, de morale ou d’efficacité. Mais la question essentielle est celle des objectifs : quel résultat veut-on obtenir ? Faire cesser les massacres ? Sûrement, nous le souhaitons tous, tous les hommes de bonne volonté le souhaitent, mais qui en a le pouvoir ?

Nous savons aussi que les objectifs de ceux qui ont du pouvoir sont bien plus nombreux et divers que le seul espoir d’un apaisement : les enjeux économiques, militaires et politiques sont multiples et substantiels. N’allons pas penser trop vite que ces motifs devraient disparaître devant l’urgence d’arrêter le drame : il y a aussi bien des drames humains en jeu derrière ce qui semble une guéguerre entre les dirigeants de ce monde.

Seront-ils à la hauteur de la situation, se demande-t-on souvent ? En tout cas, dans la mesure où ils sont parvenus au sommet du pouvoir, il ont fait la preuve de leur capacité à l’atteindre. Souvent ils ont pour cela mis en œuvre quantité de stratégies subtiles et efficaces au long de nombreuses années de travail patient. Ils ont même forcément pratiqué l’humilité en maintes circonstances : il faut en avaler, des couleuvres et des offenses, il faut en supporter, des compromis et des coups bas, des compromissions et des courbettes, avant de pouvoir tenir la dragée haute à ses adversaires, surtout ceux de son propre camp.

En somme, le premier conseil de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui, peut-être avec une pointe d’ironie, nous rappelle à quel point nous sommes capables d’élaborer des stratégies subtiles et de les appliquer avec patience et humilité pour parvenir à nos fins quand il s’agit de nous élever au-dessus des autres. Se mettre au fond quand on a de bonnes chances d’être amené à la place d’honneur, tout le monde peut tenter cela à l’occasion. En revanche, personne au monde n’applique le second conseil de Jésus : n’inviter ni parents ni amis ni notables au repas que l’on donne, mais seulement des marginaux. En effet, quel intérêt ? L’intérêt, dit Jésus, vous sera versé à la résurrection des justes. Il faut y croire. Mais justement le chef des pharisiens qui le reçoit à sa table et à qui Jésus s’adresse doit y croire, puisqu’il est pharisien. Seulement, une chose est de croire en paroles, une autres de mettre sa foi en actes.

Or, nous savons qu’à ce moment de l’évangile, Jésus est « épié » par ses adversaires, comme une proie par le chasseur. Peut-être bien que ce chef qui l’invite à sa table n’a d’autre intention que de le piéger. Juste avant, d’ailleurs, des pharisiens sont venus le prévenir qu’Hérode cherchait à le tuer. Or, le contexte donne à penser que cette sollicitude est feinte, qu’elle n’a d’autre but que de l’intimider pour qu’il cesse son action.

Jésus n’est pas dupe, il démasque ses opposants et tient bon pour accomplir la mission donnée par son Père : il poursuit sa route qui bientôt s’achèvera à Jérusalem. Là, le piège se refermera : les chefs de son peuple le livreront aux Romains pour qu’ils le crucifient comme séditieux, lui qui n’a jamais voulu s’élever sur l’échelle du pouvoir de ce monde, lui qui l’a même refusé quand il lui était offert. La stratégie de Caïphe, adoptée par le grand conseil, a atteint son but : « Il veut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple ». C’est l’évangéliste Jean qui nous le rapporte, ajoutant : « comme il était grand prêtre cette année-là, il fut prophète en révélant que Jésus allait mourir pour la nation. »

Ici se révèle la seule stratégie parfaitement juste et efficace de l’histoire, la seule qui se soit fixé un but suprême, immense et définitif, et qui l’ait atteint : celle de Dieu qui a résolu de sauver l’humanité pécheresse en livrant son Fils, le Saint et l’innocent, à la mort infâmante des criminels. Le croire en paroles, c’est bien. En actes, c’est mieux. Croire pour de bon, c’est mettre toutes ses stratégies à l’école de celle de Dieu, pour les petites comme pour les grandes choses de ce monde.

La stratégie gagnante de Dieu pour nous, c’est que tout ce que nous aurons accepté de perdre par amour en ce monde, nous le retrouverons au centuple dans le Royaume à venir.