Dimanche 29 septembre 2013 - 26e Dimanche Année C

Il y a des injustices criantes

Amos 6,1a.4-7 - Psaume 145,5-10 - 1 Timothée 6,11-16 - Luc 16,19-31
dimanche 29 septembre 2013.
 

Mais il suffit d’insonoriser pour qu’elles rejoignent l’immense cohorte de celles qu’on a réduites au silence. Comment en faire la liste ? L’esclavage moderne, la torture, l’exploitation des enfants, le chômage de masse, le terrorisme, la misère aux quatre coins de la planète, la faim, la honte d’avoir faim... Peut-on combattre efficacement ces fléaux ?

Car nous voudrions y mettre fin, bien sûr, mais nous sommes si souvent impuissants ! Alors la tentation est grande de faire comme le riche de la parabole : ignorer le monde extérieur pour mieux profiter de l’opulence du chez-soi. Au-delà de cette limite, ce qui se passe ne me regarde pas. Curieuse expression, au demeurant, « Ça ne me regarde pas » : en fait c’est moi qui ne regarde pas.

À l’opposé, certains ont parfois voulu mettre fin à toute injustice par des méthodes telles que le remède fut pire que le mal. En particulier, le communisme a prétendu faire mieux que la charité chrétienne, et il a fait pire que la pire cruauté des bêtes. Dès le début du 20e siècle, un auteur comme Léon Bloy aperçoit clairement que les hommes ne peuvent mettre fin au drame de la misère, et qu’elle demeure pourtant un scandale contre lequel il est nécessaire de toujours s’élever avec force.

Dans la foi, notre protestation contre l’injustice devient prière : « Viens, Seigneur Jésus ! » Car seul Dieu peut mettre fin absolument à tout mal. Il l’a fait potentiellement dans le sacrifice de la croix, il le fera complètement au jour de la venue du Christ en gloire. Mais si notre vie ne s’inscrit pas maintenant dans le mouvement de la justice et de la charité, notre prière est vaine. Si nous ne luttons pas de toutes nos forces pour réduire les injustices et soulager les souffrances de tous les êtres, notre foi est vide.

C’est pourquoi la portée de la parabole d’aujourd’hui est double. Le riche représente aussi la caste des prêtres du Temple « vêtus de vêtements de luxe » qui vivaient des sacrifices quotidiens (« chaque jour des festins somptueux ») mais « ne se souciaient guère du désastre d’Israël ». En effet, déjà au temps d’Amos le seigneur dénonçait un culte détestable, car replié sur lui-même et ne contribuant pas à la sanctification du peuple.

Mais en notre temps le risque est toujours là. Sommes-nous saisis de compassion pour tous nos frères humains qui ignorent le Christ et sa grâce ? Dire : ça n’a pas d’importance, pourvu qu’ils se conduisent bien selon leur religion propre, c’est comme penser que les pauvres n’ont pas besoin de plus que ce qu’ils ont, que ça leur suffit bien, à eux ! Oui ou non trouvons-nous notre joie dans le trésor de la foi ? Et nous voudrions laisser dans la tristesse païenne ceux qui sont sans espérance ? Croyons-nous avoir mérité le bonheur d’être chrétiens, ou qu’il est dû à notre nature particulièrement exquise, seule capable de le goûter ? Mais, sinon, comment pourrions-nous nous accommoder tranquillement de cette injustice criante que tant de nos frères humains de par le monde ne connaissent pas le Christ ?

Le souci pressant de nos frères humains dont les besoins de pain ou d’espérance crient vers le ciel doit nous animer pour plus d’efficacité, mais il ne nous fera pas perdre la joie s’il est vraiment inspiré par l’Évangile. Car la pauvreté évangélique nous dispose à tout recevoir comme des enfants qui ne prétendent pas tout savoir ni ne veulent tout avoir, mais se laissent combler par l’amour de leurs parents et rendent amour pour amour.