Dimanche 6 octobre 2013 - 27e Dimanche Année C

Heureux les sans emploi !

Habacuc 1,2-3 et 2,2-4 - Psaume 94,1-2.6-9 - 2 Timothée 1,6-8.13-14 - Luc 17,5-10
dimanche 6 octobre 2013.
 

Drôle d’idée cette exclamation. Sans emploi : autant dire chômeur. Et, le chômage, quel malheur ! Mais c’est littéralement le mot (en grec achréios) qu’utilise Jésus dans l’évangile : « Quand vous aurez fait tout ce que vous aviez à faire, dites : nous sommes des serviteurs sans emploi ».

Hier je visitais une malade clouée au lit depuis cinq ans par une tumeur au cerveau. Journaliste grand reporteur, encore jeune, elle aurait dû sillonner le monde pour ses enquêtes et passait ses journées entre quatre murs. Vous imaginez sa souffrance d’être ainsi sans emploi. Elle ne manque pas de me la confier chaque fois que je la vois, mais brièvement. Ensuite, elle se répand en actions de grâces : pour sa chambre, pour la vue sur le parc, pour le personnel soignant aimable et dévoué, pour les voisins, pour les visites... Mais surtout pour le Seigneur qui est toujours auprès d’elle.

Privée par la maladie de son métier passionnant, elle vit, dans la douleur et dans la foi, la béatitude des sans emploi. Quelle merveille, mes amis, à côté de laquelle pâlissent tous les prodiges dont rêvent les hommes. Par exemple : si je disais à cet ambon de pierre « descelle-toi et va te percher au sommet du ciborium ». Imaginez qu’il obtempère ! Nous serions stupéfaits et terrifiés, vous et moi. Mais il n’y aurait là que sottise.

Avec l’image de l’arbre, Jésus donne une telle explication aux Apôtres. Que veulent-ils, en effet, en demandant une augmentation de foi ? Un surcroît de pouvoir, sans doute. Comme si le problème était là ! Comprenez-le : l’arbre que vous voyez ici, c’est la croix sur laquelle fut planté le Fils éternel de Dieu qui s’était comme déraciné de sa divinité pour venir habiter au milieu de nous, dans l’amertume de ce monde lacéré de péché et de souffrances où les malheureux pleurent un océan de larmes. Ce mouvement prodigieux, il l’a accompli en réponse aux prières des pauvres du Seigneur de la première Alliance qui, bien que n’ayant pas la conscience claire des implications de leurs supplications, ont obtenu du grand arbre qu’il se déracine et aille se planter dans la mer.

Témoions d’une si grande grâce, ne mettons plus nos attentes dans les pauvres prestiges de ce monde. Ceux qui jouissent de toutes leurs facultés et ont la chance de pouvoir travailler de manière utile à la société et à l’Église, qu’ils en remercient le ciel ! Et ceux qui, pour quelque raison que ce soit, sont privés de ce bonheur, qu’ils ne perdent pas l’espoir. Surtout, que les uns et les autres s’unissent dans l’action de grâce pour la venue du Christ en notre chair et la demande qu’il vienne dans sa gloire.

Heureux, quelle que soit leur situation, ceux qui s’emploient à prier ensemble le Seigneur pour que son règne vienne.