Dimanche 20 octobre 2013 - 29e Dimanche Année C

Cela va mal finir. À moins que...

Exode 17,8-13 - Psaume 120 - 2 Timothée 3,14 à 4,2 - Luc 18,1-8
dimanche 20 octobre 2013.
 

Les médecins savent bien jouer sur ce registre menaçant pour nous pousser à suivre le traitement prescrit, comme Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui.

La prescription, c’est de pratiquer la prière sans cesse ou, plus littéralement, « en tout temps ». La menace, c’est que, si nous ne le faisons pas, la foi risque de s’éteindre complètement.

Lui-même nous a montré ce que signifie « prier en tout temps ». Au long de sa vie publique, toutes ses guérisons et ses bienfaits furent le fruit de sa prière : le Fils de l’homme ne fait rien de lui-même. À la veille de sa passion, il a prié pour que la coupe s’éloigne, mais il a dû la boire. Au jour de sa mort, il s’est écrié : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » : il a prié jusqu’au bout « sans tourner mal ». C’est littéralement la tournure en grec, il faut prier en tout temps « kai mè enkakein », que la liturgie rend par « sans se décourager ».

Tourner mal, c’est laisser sa foi tiédir et s’éteindre. En effet, la foi qui ne prie plus est morte. Celui qui cesse de prier parce que l’épreuve est trop dure ou, à l’inverse, parce que l’abondance étouffe le désir, prend la responsabilité de l’extinction de la foi au point que le Fils de l’homme en sa venue pourrait ne pas la trouver sur la terre. Jésus ne dit pas « mais le Fils de l’homme quand il viendra... », comme si lui-même avait soudain un doute à ce sujet et se décourageait, il dit : « À moins que (« plèn » en grec) le Fils de l’homme... » C’est-à-dire qu’il nous met devant notre propre responsabilité : nous devons prier sans cesse, à moins que nous ne soyons prêts à vouer le monde et nous-mêmes au diable. Le diable, c’est « l’adversaire » évoqué par la veuve dans la parabole. L’ennemi de Dieu et des hommes ne cesse de nous guetter et de tenter de nous séparer du Seigneur en éteignant notre foi. Il nous tente dans l’épreuve de la souffrance et de l’échec, mais aussi dans le succès et l’abondance. Il fait flèche de tout bois. C’est pourquoi nous devons prier « en tout temps ».

Quand nous, « les élus », prions ainsi nuit et jour, Dieu « patiente sur nous ». C’est en effet ce que dit le texte grec et non pas « est-ce qu’il les fait attendre ? ». Dieu patiente parce qu’il supporte avec nous ce temps d’angoisse : le Fils est mort une fois pour toutes, mais il accompagne toutes nos épreuves jusqu’à la fin du monde. Dieu patiente aussi parce qu’il laisse le temps à chacun de se convertir. Et cela ne l’empêche pas de « faire justice en vitesse » : aucune prière n’est sans réponse, même si ce n’est pas celle que nous attendions. Ainsi Jésus demandait que la coupe s’éloigne, et le Père a envoyé ses anges le réconforter (en saint Luc). Il a crié son angoisse d’être abandonné (en saint Marc), et le Père l’a ressuscité.

Alors, à moins que nous ne tournions mal au point d’abandonner la foi, et donc de préparer une terre où le Christ viendrait dans sa gloire sans la trouver, prions en tout temps. Il n’est pas de circonstance où la prière ne soit possible, fût-ce une pure plainte arrachée dans la détresse où le souffrant dit sa tentation de voir en Dieu un juge insensible et indifférent. Notre Père est capable de le supporter avec patience, et il répondra bien vite à ce cri par une grâce dont il est la source inépuisable.