Vendredi 1er novembre 2013 - La Toussaint

Il faut voir le bon côté des choses

Apocalypse 7,2-4.9-14 - Psaume 23,1-6 - 1 Jean 3,1-3 - Matthieu 5,1-12a
vendredi 1er novembre 2013.
 

Cette injonction encourageante, souvent anodine, peut devenir odieuse si elle s’adresse inconsidérément à une personne plongée en plein drame. Par exemple, il faut y réfléchir à deux fois avant de dire à quelqu’un qui vient de perdre son emploi qu’au moins il va pouvoir faire la grasse matinée tous les jours.

Pourtant, les Béatitudes peuvent se comprendre comme une manière de nous dire : « Il faut voir le bon côté des choses. » Seulement, celui qui parle ici est un pauvre qui s’adresse au pauvre, cœur à cœur, et cela change tout.

Être pauvre, au sens littéral, c’est manquer des biens nécessaires à la vie. Le « doux » passe pour faible, il manque de répartie, de menaces de rétorsion ; il est un peu sans défense. Celui qui pleure est littéralement ici « dans le deuil », c’est-à-dire dans le manque profond de l’être cher qu’il a perdu. Quant à avoir faim et soif de justice, c’est bien sûr en manquer, c’est pour le moins éprouver péniblement l’injustice de ce monde.

Quel serait le bon côté de ces choses douloureuses, mes amis ? Seul le Christ nous le révèle : c’est que Dieu peut nous combler précisément dans nos vides et nos béances, dans nos blessures, nos fautes et nos défauts. Si seulement nous en faisons le lieu d’une prière, de cette prière du pauvre qui traverse le ciel. Alors, bien vite il nous répond. Et c’est ainsi que nous pouvons dire avec saint Paul : en ma faiblesse est ma force. En effet, celui qui a éprouvé ainsi pour lui-même la miséricorde de Dieu, sa promptitude à venir en aide au pauvre et au malheureux, ne peut qu’être à son tour miséricordieux, c’est à dire épouser la pauvreté et le malheur d’autrui pour mieux lui porter secours. Et son cœur est rincé des pensées mauvaises comme des intentions troubles, purifiée du mal qui vient de l’intérieur par l’amour qui le porte à sortir de soi pour rejoindre l’autre. Tel est le cœur pur qui déjà voit Dieu dans le pauvre, son frère.

Pourtant, le plus étonnant n’est pas là, mais dans le fait que ce pauvre sans pouvoir ni défense soit le combattant le plus redoutable dans l’affrontement majeur de l’histoire du monde : celui de la lumière de Dieu contre les ténèbres de l’ennemi. En effet, les persécutions qu’il subit sont les coups mêmes sous lesquels l’Adversaire plie : terrassé, il domine, assassiné, il triomphe. Tel est le mystère de la croix et son enseignement profond, celui que Jésus donne à la foule qui se presse autour de lui sur la montagne.

C’est pourquoi, en regardant le crucifié, nous devons voir le bon côté des choses, c’est-à-dire la victoire de sa sainteté. En lui d’abord, le premier né d’entre les morts, et ensuite en tous ceux qui sont nés de son côté, renés à la source sainte de l’eau et du sang que sont le baptême et l’Eucharistie. En ceux, en tous cas, qui vivent vraiment de cette grâce, et surtout en ceux qui l’ont vécue au point de prendre place dès maintenant dans le bonheur de l’assemblée qui, avec les anges, loue le Seigneur éternellement. C’est le beau côté de l’Église, la Jérusalem céleste, que nous contemplons aujourd’hui et qu’il ne faut jamais perdre de vue au long de notre pèlerinage sur la terre des hommes.