Dimanche 17 novembre 2013 - 33e Dimanche Année C

Comment Dieu intervient-il ?

Malachie 3,19-20a - Psaume 97,5-9 - 2 Thessaloniciens 3,7-12 - Luc 21,5-19
dimanche 17 novembre 2013.
 

De façon vraiment discrète, assurément, car lui-même demeure bien caché derrière les « causes secondes ». Au point qu’il en est réduit à donner des signes de sa présence et de son action. Mais, les signes, encore faut-il pouvoir les voir et, surtout, savoir les lire.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus évoque trois catégories de signes. D’abord les phénomènes cosmologiques, naturels. Ensuite, les événements de l’histoire des hommes. Enfin les persécutions des fidèles. Or, il s’agit à chaque fois de faits « négatifs ». D’où la difficulté à les lire comme signes de Dieu.

Devant les tremblements de terre et les inondations, que pensent les hommes, sinon que c’est un châtiment de Dieu ? Si Dieu punit ainsi sans distinguer les justes des méchants, c’est qu’il n’est pas bon. Donc il n’est pas Dieu, il n’existe pas. Quant aux guerres et à leurs conséquences, famines et massacres, elles ne sont signe que de la méchanceté de l’homme.

Enfin, les persécutions : vous avez entendu « avant tout cela », mais la particule grecque, « pro », signifie d’abord « devant ». En effet, il faut comprendre non une succession temporelle, mais une prééminence : « plus que tout » la souffrance du juste est un scandale.

Devant la croix, les hommes disent : « Si tu es le Fils de Dieu, descends, sauve-toi et nous avec ! » Ou bien Dieu qui ne sauve pas le juste persécuté est impuissant, ou bien il n’est pas bon ; dans tous les cas il n’est pas Dieu, il n’existe pas.

Or, nous le savons, frères, en Jésus Dieu s’est fait impuissant afin de subir, dans notre faiblesse, le mal qui nous tourmente. C’était afin de le supporter par amour, et ainsi de le vaincre pour toujours.

Ainsi, la Croix est la « pierre de Rosette » des signes de Dieu. Ce fragment de stèle gravée, trouvée dans la ville de Rosette par un soldat français, portait le texte d’un décret en trois langues, dont l’égyptien ancien, qu’on ne savait lire, et le grec ancien, qu’on connaissait bien. À partir de cet élément, les savants réussirent à déchiffrer tous les textes en hiéroglyphes qui restaient jusqu’alors impénétrables. Ces quelques lignes d’un sujet banal devinrent la clef d’un monde de découvertes.

De même, la croix du Christ nous apprend à lire tous les signes « des temps », c’est-à-dire de l’intervention de Dieu dans le monde. Dans les événements terribles de la nature et de notre histoire, c’est toujours l’ennemi qui tue et détruit. Et c’est toujours Dieu tout puissant qui limite son pouvoir afin de supporter le mal en vue de sauver l’homme dans le respect de sa liberté.

Forts de « la parole silencieuse de la croix », nous pouvons reconnaître la grandeur du Créateur dans la beauté de sa création comme dans l’aspiration à la bonté du cœur de l’homme, sans trébucher sur le scandale des catastrophes et des malfaisances qui les défigurent.

Bien plus, nous apprenons à discerner la splendeur divine dans les réalités les plus humbles et les plus fragiles. Voyez le signe de l’enfant, merveille entre les merveilles dans son innocence, sa faiblesse et sa dépendance. Voyez ce banal morceau de pain et la coupe simplement remplie de vin : celui qui contient l’univers vient les habiter de sa présence, il s’y fait nourriture ordinaire pour nous alimenter de sa divinité.

Désormais, frères, ne craignons plus nos faiblesses : Dieu tout-puissant vient les habiter et les remplir de sa présence afin de faire de nous les témoins de sa bonté infinie. N’ayons plus peur de l’ennemi tueur, car Jésus l’a vaincu au lieu même où il est mort. Ne nous laissons plus accabler par le péché, puisque l’Esprit nous est donné par Jésus ressuscité pour nous pardonner et nous relever. C’est ainsi que Dieu intervient pour notre salut et celui du monde.

Et certes le jour du Fils de l’homme viendra où tout sera manifesté. Quand ? Nous l’ignorons. Mais, comment, nous le savons : son intervention finale accomplira l’œuvre infiniment délicate et gracieuse, entreprise depuis le commencement, de son amour invincible pour nous.