Dimanche 24 novembre 2013 - Christ, Roi de l’univers Année C

Son centre est partout et sa périphérie nulle part

2 Samuel 5,1-3 - Psaume 121,1-7 - Colossiens 1,12-20 - Luc 23,35-43
dimanche 24 novembre 2013.
 

Giordano Bruno, au 16e siècle, utilise cette description du cercle infini pour dire l’immensité de l’univers. Nous savons aujourd’hui que l’univers est fini, donc Bruno se trompait. Cela ne méritait pas d’être brûlé. Au siècle suivant, pour parler de Dieu, Pascal reprend la métaphore en l’étendant à la sphère, faisant ainsi allusion à l’Être selon Parménide, le philosophe présocratique. Mais Dieu englobe-t-il vraiment l’univers ?

Rappelez-vous : au commencement, Adam et Ève furent chassés du jardin d’Éden, le « Paradis », pour leur éviter de demeurer éternellement dans le péché et le malheur. En effet, l’Arbre de vie était au milieu du Jardin, et il donnait l’immortalité à qui en mangeait. C’était donc un acte de miséricorde du Créateur qui prévoyait de libérer sa créature de la malédiction qui pesait sur elle. Or, cet acte n’était pas sans lui coûter : pour maintenir en vie l’homme pécheur, Dieu devait en quelque sorte se retirer lui-même, voiler sa sainteté et brider sa toute-puissance.

En Exode 33, après le grand péché du Veau d’or, Moïse demande à Dieu de venir quand même avec lui conduire le peuple vers la Terre. Mais le Seigneur lui répond : « Si j’étais un seul jour avec vous, je vous exterminerais ! » Pourtant, comme Moïse insiste, Dieu accède à sa demande. Ainsi ce passage est une prophétie de l’Incarnation et de la Passion : en Jésus, Le Tout-puissant se fait impuissant et le Saint est « fait péché » afin de devenir le compagnon de l’homme pécheur et mortel, et de pouvoir le libérer.

En somme, par son incarnation et le sacrifice de la croix, le Christ envahit les régions du péché et de la mort. C’est ce que la Tradition a appelé la « descente aux enfers » : il ne s’agit pas de l’enfer de la damnation, mais du séjour des trépassés selon la conception antique. Désormais, tout homme qui meurt « s’endort dans le Seigneur », à moins de le refuser tout à fait, ce qui serait la damnation éternelle. Voilà pourquoi Jésus dit au malfaiteur qui l’implore : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis ». Le jour même de sa mort, Jésus ne monte pas au ciel, il descend au tombeau.

En effet, selon la méditation juive, les justes morts étaient déposés par Dieu dans l’antique paradis, rouvert pour la circonstance, dans l’attente de la résurrection finale. Ainsi, tout homme, sauf refus de sa part, est déposé dans le véritable Paradis qui est le corps de Jésus mort, en vue de la résurrection. Jésus, comme « Tête du corps », est né, mort, ressuscité et monté aux cieux : ce sont ses « états », comme dit saint Jean Eudes. Mais ces états restent à accomplir en nous, « pour son corps qui est l’Église ».

Ainsi, depuis le sacrifice de sa Pâque, le Christ règne sur l’univers. Mais règne-t-il en tout point ? Non tant qu’un cœur d’homme lui reste fermé. C’est pourquoi ce Roi incomparable se fait humble visiteur pour frapper doucement à la porte de chaque cœur. Pour chacun de nous il a soupiré sur la croix : « J’ai soif ! » Et chaque fois que l’un de nous s’ouvre à lui par la foi, la joie est grande parmi les anges de Dieu.

N’attendons pas la fin du monde qu’annonce la fête d’aujourd’hui pour répondre avec l’espérance du « bon larron » à la quête du Seigneur. Chacun de nous n’est qu’un point infime dans l’univers, dans l’espace et le temps du monde. Pourtant chacun est aussi le centre de l’attention du Dieu dont l’empire est sans limites. Et notre humanité est cette périphérie menacée des ténèbres extérieures qu’il rejoint par son Fils pour y faire régner l’amour, la justice, le bonheur et la paix pour toujours.